mardi 19 avril 2011 17:34
« Twin Peaks », retour à l’allumage
par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos
tag : série
Photo ABC
Twin Peaks, série de David Lynch et Mark Frost, Saison 1, épisodes 1 et 2/7, Arte, ce soir, 22 h 30. Que faisiez-vous il y a vingt ans et quatre jours ? Que faisiez-vous le lundi 15 avril 1991, alors que Jacques Attali inaugurait la Berd et que socialistes et communistes appelaient à une refondation de la gauche ? Ce jour-là, ce soir-là en fait, un homme parlait tout seul dans sa voiture. « Diane, disait-il, il est 11 h 30, j’arrive à Twin Peaks. » Voilà. Le monde ne serait plus jamais le même : sans Twin Peaks, on en serait encore à regarder, hagards, Magnum et McGyver. Suffit, pour s’en convaincre, de s’abandonner, dès ce soir, dans les bras d’Arte (1) : pour la première fois depuis vingt piges et son premier passage sur feu la Cinq, Twin Peaks est rediffusé sur une chaîne gratuite.
Générique Pour se remettre dans le citron le choc infligé par Twin Peaks à la télé des années 90, il faut se rappeler la qualité des séries américaines de l’époque. Alerte à Malibu vient de démarrer sur TF1, qui diffuse encore Côte Ouest et Rick Hunter. Aux Etats-Unis, le feuilleton de David Lynch débarque en avril 1990 sur ABC où triomphe toujours la sitcom Roseanne… De part et d’autre de l’Atlantique, la fiction se résume à des rires enregistrés ou des policiers en forme de menhir (Navarro sur TF1). Forcément, quand déboule une série signée Lynch, ça fait bizarre. Tellement que ça démarre en fanfare (plus de 30 millions de téléspectateurs aux Etats-Unis, pour le premier épisode), avant que la série ne dégringole dans les tréfonds de l’Audimat. Mais le mal est fait, et Twin Peaks va influencer durablement la télé américaine, lui injectant un sens de l’étrange, du malsain, du désaxé que l’on retrouve dans sa longue descendance : de X-Files à Desperate Housewives, de Dexter à Lost.
(1) Non sans coller un coup de boule à la chaîne culturelle qui ne propose pas de version multilingue de la série. Paru dans Libération du 19/04/2011
Lynch distille dans Twin Peaks pas mal des obsessions qu’il vient alors de dérouler au cinéma dans Blue Velvet (1986) et Sailor et Lula (1990) : le sexe, la terreur (les deux étant chez Lynch copains comme cochons), l’envers pas très reluisant de l’american way of life, les délires oniriques et des personnages plus timbrés les uns que les autres. Car dans Twin Peaks, en matière d’entonnoir sur la tête, il n’y en a pas un pour rattraper l’autre - depuis le héros, l’agent Dale Cooper fondu de tarte à la cerise, jusqu’au totalement cinoque BOB, personnage le plus terrifiant jamais inventé, en passant par celle dont la mort est le prétexte de la série, Laura Palmer, jeune fille modèle le jour, traînée la nuit. Autant de clés pour le labyrinthe Twin Peaks, autant de motifs pour les vingt ans de séries qui ont suivi.
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