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mardi 26 avril 2011 18:06

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Twitter et les politiques, c’est un peu court

par Marie Slavicek

tags : politique , twitter

Photo fs-phil, CC BY SA

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«Une collaboration poussée entre élus et électeurs»

Entretien avec Lionel Tardy, député UMP et grand utilisateur de Twitter.

Ségolène Royal, François Bayrou, Laurent Wauquiez ou encore Benoît Hamon, ils sont nombreux à être présents sur Twitter. Depuis la campagne très 2.0 de Barack Obama en 2007, les responsables politiques se laissent de plus en plus séduire par le site de microblogging et n’hésitent plus à l’intégrer à leur stratégie de communication. Le principe : les internautes disposent de 140 caractères pour poster un « tweet » (« gazouillis » en anglais) à la liste des personnes qui les « suivent » (« followers »). Par rapport aux États-Unis, où Twitter fait rage dans la classe politique, on est encore loin du raz de marée. Mais la présence des politiques français dans la « twittosphère » n’est plus un microphénomène.

En France, on dénombre environ 200 hommes et femmes politiques sur le réseau social. Sur les 31 membres du gouvernement, 20 y sont inscrits. « Les politiques ont conscience qu’utiliser les réseaux sociaux est devenu une nécessité. S’ils ne le font pas, ils laissent la voie libre à leurs opposants et aux critiques », explique Edward Basca, responsable du département politique au sein du cabinet Protection réputation, spécialisé dans le développement de la réputation internet. De là à être actif sur le réseau… Roselyne Bachelot n’a jamais tweeté et ne « suit » personne. Autrement dit, son compte est d’un degré d’interactivité zéro et ne lui sert strictement à rien. « Certains politiques ont une réelle envie d’avoir une présence sur la toile, mais ils ne s’y sentent pas à l’aise », poursuit Edward Basca. D’autres n’ont tout simplement pas envie de s’y mettre. D’où l’existence de certains comptes fantômes comme celui de Roselyne Bachelot. Mais si la ministre des Solidarités a, semble-t-il, renoncé à se mettre en connexion avec la « génération digitale », une poignée de politiques n’ont aucun mal à faire vivre leur compte Twitter.

 

 

Au sein du gouvernement, la « twittos » la plus active est incontestablement Nathalie Kosciusko-Morizet. Avec 68 826 abonnés et un peu plus de 1 500 tweets au compteur, la ministre de l’Écologie, décroche l’or haut la main, très loin devant Laurent Wauquiez (40 014 abonnés et 849 tweets) et Valérie Pécresse (13 480 abonnés et 338 tweets). L’opposition dispose aussi de ses as du tweet avec Benoît Hamon (49 843 abonnés, 1 070 tweets), Anne Hidalgo (15 905 abonnés, 3 093 tweets) ou Jean-Marc Ayrault (4 942 abonnés, 1 140 tweets). Malgré quelques scores honorables, on est encore loin du record Obama : le président américain est suivi par 7 397 850 personnes ! Son ex-opposant à la présidentielle John McCain totalise 1 715 271 de « followers ».

Les politiques français « gazouillent » donc pour le moment avec modération. Et force est de le reconnaître, ils papotent de pas grand-chose. « La communication politique est par définition un exercice extrêmement cadré, explique Edward Basca. La plupart du temps, ces comptes ne sont pas gérés par les politiques eux-mêmes mais par leur service de com. » Résultat, des déclarations à la troisième personne du type : « Retrouvez l’interview de Monsieur X en cliquant sur ce lien » ou : « Madame Y sort d’une réunion constructive avec Monsieur Z », trahissent le style de l’attaché de presse, qui tweete comme il rédigerait un communiqué. Dans le pire des cas, les politiques utilisent Twitter comme un agenda électronique public : « Je serai à tel endroit demain pour rencontrer des employés de tel secteur. » Pas franchement de quoi faire rêver l’internaute.

 

 

Dans ces conditions, pourquoi tweeter ? Le principe même de Twitter est fondé sur son interactivité. « Twitter devrait permettre aux politiques de jouer la carte de la proximité, en se rendant le plus accessible possible et en offrant la possibilité d’un dialogue direct », résume Edward Basca. C’est précisément là que le bât blesse. Les leaders politiques les plus influents de la twittosphère jouent rarement le jeu. Pour Bruno Cautrès, politologue, le Net et Twitter en particulier « devraient être une source d’info pour les politiques, un lieu où s’expriment des débats et des idées. Clairement, ce n’est pas le cas ». Au mieux, les politiques suivent une poignée de « twittos » importants. Ségolène Royal ne suit que 34 personnes, presque aussi peu que Christine Lagarde (31). Mention spéciale pour Dominique de Villepin qui suit… 2 personnes. En comparaison, Barack Obama suit un peu moins de 700 000 personnes. « Les politiques français n’ont pas forcément la culture de l’aspect participatif sur le Net. Ils sont ravis d’exprimer leur opinion. Quand il s’agit de lire les commentaires des internautes, c’est une autre paire de manches… » analyse Edward Basca. De là à penser que les politiques utilisent Twitter pour faire remonter des informations qui les concernent et de l’autopromotion pur jus, il n’y a qu’un pas.

Autre problème : la limite des 140 signes. Concentrer sa parole en aussi peu de place n’est pas vraiment le fort des politiques. Twitter « n’est pas à la hauteur du politique », avait affirmé en février 2010 Chantal Jouanno. « C’est un sms court. On ne peut pas dire grand-chose […] On ne peut pas développer un projet, des valeurs, on ne peut pas argumenter », avait ajouté l’actuelle ministre des Sports. « Twitter caricature la politique, affirme l’eurodéputé (UMP) Philippe Juvin. Écrire un message en 140 signes miniaturise la pensée. Ceux qui le font pratiquent une politique de spectacle. » « Ça oblige à la simplicité, à un sourire direct, à un coup de griffe », affirmait a contrario François Bayrou dans un tweet daté du 31 mars.

Certains font des efforts pour personnaliser leur compte et consolider une véritable stratégie de communication. C’est le cas par exemple du porte-parole du PS, Benoît Hamon, qui utilise Twitter aussi bien pour commenter les dernières mesures gouvernementales, que pour manifester son agacement lorsqu’il est pris dans les embouteillages : « A13 en travaux, essence en croix, station nulle part, arrgh, veux rentrer » (le 8 octobre 2010).

 

 

Quant à la limite des 140 caractères, le socialiste Arnaud Montebourg semble par exemple s’accommoder de ce handicap : il termine presque systématiquement ses tweets par des formules de politesse à rallonge comme « bien à vous » ou « bien cordialement ». Comme quoi, il n’a pas besoin de 140 caractères pour faire passer son message politique…

Paru dans Libération du 25 avril 2011

 

Sur le même sujet :

Twitter, la nouvelle arme des politiques (4 août 2008)


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