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jeudi 26 novembre 2009 13:10

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Twitter veut faire son beurre

par Astrid Girardeau

tags : économie , réseau social , twitter

Dessin François Ayroles

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Etes-vous twoosh ou hashtag ?

Après trois ans d’existence, le site vient enfin d’être traduit en français. Trop tard : les habitudes sont prises.

Partenariats avec les moteurs de recherche Google et Bing (Microsoft), lancement des versions espagnole et française, géolocalisation des messages, accords avec Orange, etc. En un mois, Twitter a plus évolué qu’en trois ans d’existence. Et ce n’est que le début. Ses dirigeants viennent de faire toute une série d’annonces, notamment l’ouverture de comptes payants et l’arrivée de la publicité. Objectif : monétiser le contenu, développer un modèle économique stable et être rentable. Lors d’un colloque mardi, à Tel-Aviv, Biz Stone, l’un des cofondateurs, a ainsi assuré que Twitter « commencera à gagner de l’argent l’année prochaine ».

Depuis son lancement en 2006, le site n’a jamais rapporté un centime. Il ne dépense pas beaucoup non plus, ni en infrastructure ni en salaires (83 employés). Après avoir levé successivement 35 et 100 millions de dollars (23 et [67 millions d’euros]) en février puis en septembre, Twitter est aujourd’hui valorisé à un milliard de dollars. Quatre fois plus qu’en début d’année. « Nous avons plein d’argent à la banque », a indiqué Biz Stone pour souligner la sérénité financière de Twitter. Depuis 2008, les offres (et rumeurs d’offres) d’achat circulent. Facebook d’abord, puis Google et Apple. Toutes refusées. « Vendre l’entreprise ne nous intéresse définitivement pas », a répété Biz Stone, tout en précisant qu’une introduction en Bourse est envisageable. Il compte multiplier les acquisitions et les partenariats, comme avec Google et Bing. Le premier pour intégrer les « tweets » (lire ci-contre) dans ses résultats de recherche, le second pour lancer un moteur entièrement dédié à Twitter. L’enjeu pour Google et Bing : récupérer le flux de données en temps réel. Car Twitter est aujourd’hui considéré comme le lieu le plus réactif en matière d’actualité. Un breaking news alimenté par des millions d’utilisateurs dans le monde, capables de témoigner, en direct et en 140 caractères, depuis leur ordinateur ou téléphone portable. A Tel-Aviv, Stone a également indiqué vouloir nouer des accords avec des médias : « Je suis impatient de voir ce qu’on va pouvoir créer si nous leur ouvrons nos portes. »

Car le site est conscient d’avoir changé. Décrié en 2007 pour sa futilité et son nombrilisme, il est aujourd’hui présenté tour à tour comme une source d’information, une arme de communication et un vecteur de démocratie. En témoigne le changement, la semaine dernière, du slogan en « What’s happening ? » (« Quoi de neuf ? ») (lire aussi ici). « Twitter n’est pas un réseau social, il s’agit d’un réseau d’information, a d’ailleurs déclaré Evan Williams, le président du site, lors du Web 2.0 Summit à San Francisco, en octobre. Cela montre au monde ce qui vous intéresse. » Et cette information a de la valeur. Le site est finalement peu visité par rapport à Facebook, auquel il est souvent comparé (58 contre 300 millions de visiteurs uniques par mois en 2009). Mais une partie de sa communauté est composée de prescripteurs (journalistes, blogueurs, etc.). De plus, Twitter offre aux marques une instantanéité, un coût faible et un rapport direct aux consommateurs. Ce qu’ont bien intégré, aux Etats-Unis, des sociétés comme Comcast ou Dell. Cette dernière, qui utilise Twitter pour des promotions, a réalisé un chiffre d’affaires de 2 millions de dollars (1,32 million d’euros) via le site au premier semestre 2009.

Les célébrités et les politiques - très friands de Twitter -, c’est bien. Mais les entreprises et les marques, c’est mieux. Surtout pour rapporter de l’argent. D’ici à la fin de l’année, ceux qui le souhaitent pourront, en échange d’un abonnement dont le coût reste à préciser, avoir accès à une série d’informations quantitatives et qualitatives (statistiques, commentaires, etc.) leur permettant de mesurer et analyser leur présence sur le site. « Et devenir ainsi de meilleurs twitterers », a assuré Biz Stone. Il a également confirmé l’arrivée de la pub. Ce qui, là aussi, couvait depuis quelques mois. En septembre, les conditions d’utilisation indiquaient ainsi que le site pourrait « inclure de la publicité ciblant le contenu ou l’information transmise via les services eux-mêmes, les requêtes effectuées grâce aux services, ou d’autres types d’information ». La pub, décrite comme « fascinante », « non traditionnelle », « vraiment cool », par Dick Costolo, le directeur général de Twitter qui n’en peut plus d’enthousiasme.

Avec une légère baisse des visites en octobre, le site souhaite aussi renforcer son développement sur mobile, en passant des partenariats avec les opérateurs locaux, comme récemment avec Orange. Et se développer à l’étranger en multipliant les traductions (après l’espagnol et le français, bientôt l’allemand et l’italien).

« Les mini-messages de Twitter, c’est pour faire chic, mais c’est pas là que ça se passe », déclarait il y a peu Frédéric Lefebvre, le disert porte-parole de l’UMP. Sans vouloir le contredire, les faits montrent qu’au contraire, plus que jamais, Twitter est LE lieu. Mais pour combien de temps ? Car, l’outil est apprécié pour sa simplicité et l’absence de pollution publicitaire. Un équilibre fragile que pourrait déstabiliser une recherche effrénée de rentabilité.

Paru dans Libération du 26 novembre 2009


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