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jeudi 21 janvier 2010 12:06

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UGC ne se projette pas dans le numérique

par Anastasia Lévy

tags : relief numérique , cinéma numérique , UGC

CC Daniel Leininger

Le film de James Cameron, exploité à la fois en 2D et 3D (relief), a révélé une exploitation à deux vitesses. En France, seules 650 salles sont équipées de projecteurs numériques, sur les 5 418 salles actives. Ce qui signifie que moins de 12% des salles ont potentiellement pu diffuser le film en trois dimensions. Pour la première fois de manière notable, il existe une réelle différence dans les entrées en 2D et en 3D. Alors qu’il est diffusé dans 450 salles en 3D, pour le double de salles au total, les premières ont engrangé 65% des entrées. Les cinémas qui avaient parié sur le numérique avant la sortie du raz-de-marée Avatar ont vu leur fréquentation exploser pendant les fêtes. Ces chiffres ont aussi souligné une anomalie dans le paysage des salles  : contrairement à ses concurrents (Gaumont, CGR…) ou son partenaire commercial (du moins pour le partage des cartes illimitées) MK2, le géant UGC, propriétaire notamment de l’UGC Ciné Cité des Halles, la salle de France la plus fréquentée, ne possède aucun projecteur numérique.

Le troisième exploitant français, par ce choix stratégique de non-conversion au numérique, a vu sa part de marché chuter « d’à peu près 20% » à cette occasion, selon son directeur général Alain Sussfeld. « Il est incontestable qu’Avatar a créé un différentiel entre les écrans numériques et les autres, confirme-t-il. Mais ce n’est pas un film qui fait une année et, en 2009, sur les sept premières salles, cinq appartiennent à UGC. » L’exploitant se défend comme il peut  : « Nous pratiquons une politique qui privilégie la diversité de l’offre. Là, il y a une concentration de l’offre : certains cinémas ont diffusé Avatar sur 5 ou 6 salles en même temps… » Argument qui pourrait paraître valable, s’il n’arrivait pas régulièrement qu’UGC réserve deux salles à ses blockbusters lors de leur sortie.

Sussfeld poursuit  : « Nous pensons que l’utilisation systématique de la 3D n’est pas un atout pour le spectateur. Avatar est un succès parce que c’est un grand film. » Le PDG d’UGC, Guy Verrechia, a toujours affirmé que son groupe serait le dernier à s’équiper. Posture que le triomphe d’Avatar rend aujourd’hui encore plus difficile à tenir. L’innovation des projections en relief est par ailleurs dissociable de la question plus générale du numérique. La France est le pays le mieux équipé d’Europe. Cependant, le directeur général d’UGC explique ses réticences face à ce qui lui apparaît comme un forcing technique dicté par les Etats-Unis  : « Nous sommes contre la méthode employée pour organiser la mutation technologique d’un réseau. Nous pensons que cette mutation doit être bien organisée. Aujourd’hui, il n’y a quasiment aucun gain de production en matière d’exploitation. Les seuls bénéficiaires du système sont les producteurs et les distributeurs. » Si UGC ne passe pas encore au numérique, c’est donc pour négocier une mutation financièrement moins désavantageuse. Argument que Jean-Michel Gévaudan, délégué général de l’ADRC (agence pour le développement régional du cinéma) comprend  : « L’utilité du numérique est très relative, voire inexistante, pour le spectateur, sauf pour la 3D. Et le coût est très important. Même pour des circuits, ça représente un niveau d’investissement très lourd. Et UGC a toujours dit qu’en matière d’investissement il privilégiait la qualité des salles. »

La projection numérique a néanmoins un avantage  : elle pallie définitivement la dégradation des copies 35 mm. Selon Frederic Monroe, le ­directeur commercial de la 20th Century Fox, distributeur d’Avatar, « le numérique permet une projection de même qualité quel que soit le lieu. Aujour­d’hui, la qualité des bobines qui arrivent dans de petites salles de province et qui ont déjà tourné dans plusieurs cinémas est très moyenne. Il reste encore un défaut de centralisation, qui consiste à faire plus ­attention aux projections à Paris qu’en province. »

Pour l’heure, un des inconvénients du numérique est l’absence de système standard. Les opérateurs privés utilisent plusieurs systèmes, les projecteurs et les écrans sont amenés à évoluer  : un surcoût supplémentaire pour les exploitants. Le Centre national de la cinématographie a proposé un projet de système de financement pour le numérique en salle. Il contient trois types d’aides aux exploitants  : un plan de financement pour ceux qui ont moins de 50 écrans, une garantie bancaire de financement pour tous les exploitants et la création d’un fonds de mutualisation, également disponible à tous. Il permettrait ainsi aux exploitants de ne pas supporter seuls la charge de la numérisation, mais aussi d’être une force de discussion face aux distributeurs. Un avis du Conseil de la concurrence, nécessaire à la mise en place du projet, est attendu courant janvier.

Paru dans Libération du 20 janvier 2010


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