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jeudi 26 août 2010 11:03

  • cinéma

Un Blier plutôt bénin

par Eric Loret

DR : Wild Bunch Distribution

Le bruit des glaçons de Bertrand Blier
Avec Jean Dujardin, Albert Dupontel, Anne Alvaro… 1 h 27.

La Ligue contre le cancer est partenaire du film et l’on n’est pas sûr de comprendre pourquoi. C’est pour « briser le tabou », dit-elle. Il est vrai que Blier manie bien le marteau. On espère que ce n’est pas à cause de la thérapie inventée in fine par Charles Faulque (Jean Dujardin), à qui son cancer (Albert Dupontel) est venu rendre une visite forcément prolongée. Sinon, il n’y aura pas des trous que dans la Sécu. A part ça, du cancer, il est peu question.

Le Bruit des glaçons est un huis-clos classique à la Blier, où une menace de mort rend visite aux vivants pour leur agiter sous le nez la vanité de leurs valeurs, produisant un éventuel renversement de celles-ci. Le début va tambour battant, mais les répliques claquent un peu comme des balles à blanc, l’essentiel des quinze premières minutes étant déjà dans la bande-annonce.

Il faut dire que ça manque de personnel. Il n’y a que Dujardin, pas formidable quand il joue, mais idéal quand il ne fait rien, vrai piège à caméra, et Dupontel, assez crédible dans un rôle incroyable. Puis on découvre Louisa (Anne Alvaro), élément féminin indispensable et gouvernante sacrificielle, elle aussi suivie par son cancer (Myriam Boyer, en charge de cette jolie phrase : « il y a des cancers pour patrons et des cancers pour employés »). Charles Faulque est un écrivain goncourisé et alcoolique, traînant en permanence avec lui une bouteille de blanc dans un seau à glaçons (d’où le titre). Sa femme l’a quitté en emmenant leur fils. Il n’a pas de raisons de ne pas mourir.

Bertrand Blier a la chance d’avoir ses thuriféraires et ses indifférents. Dans nos parages, on serait plutôt de ces derniers. Le Bruit des glaçons n’est sûrement pas nul. Ce n’est juste plus notre tasse de thé. A la rigueur, on peut imaginer que Dujardin ouvrira peut-être les moins de 30 ans à l’ironie de Tenue de soirée ou de Trop belle pour toi. Exit cette fois l’irritation que provoque Blier. Le réalisateur définit son film comme « très spontané et pas agressif […]. S’il y a un ton de comédie, je ne l’ai pas voulu trop appuyé ». Il a préféré porter l’accent sur la figure de Louisa, sainte muette ou presque, un peu ordinaire, qui est amoureuse en secret de son patron. Le script évolue du boulevard absurde à la veine sentimentale, rejouant la scène de Riton Liebman et Carole Laure dans Sortez vos mouchoirs. C’est l’étrange et émouvant Emile Berling, aux yeux d’enfant cousus comme des boutons, qui se colle cette fois au rôle de l’ange pollinisateur. On se croirait alors, l’espace d’un instant, au bord d’un lit échappé de chez Raoul Ruiz.



Paru dans Libération du 25 août 2010.


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