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jeudi 16 septembre 2010 13:16

  • cinéma

Un « Dernier Exorcisme » pour la route

par Alexandre Hervaud

tag : Horreur

DR

Le Dernier Exorcisme, de Daniel Stamm, avec Patrick Fabian, Ashley Bell... 1h27.

L’exorcisme au cinéma, c’est un peu comme le porno : au bout d’un moment, difficile d’innover dans les scènes cruciales (possession, libération, etc.), souvent semblables d’un film à l’autre. D’autant que dans ce domaine, un certain William Friedkin est passé par là en 1973 avec son Exorciste, classique qui n’a rien perdu de sa puissance (sauf peut-être dans son inutile version director’s cut sortie en 2000). Dans le Dernier Exorcisme, le classique inspiré du best-seller de William Peter Blatty est d’ailleurs cité, au détour d’un dialogue, mais seulement sous l’appellation « le film ». Pas besoin de le nommer spécifiquement, le spectateur sait directement de quoi il s’agit. Un peu comme les Dents de la Mer viendrait immédiatement à l’esprit si un personnage parlait « du film » dans une série B branchée attaques de requins.

Bref, pour se faire remarquer en matière d’exorcisme au cinéma, le mieux est encore de trouver un angle un tant soit peu original, voire de mixer les genres. En 2005, L’Exorcisme d’Emily Rose lorgnait vers le film de procès en installant une bonne partie du métrage dans un tribunal. Cinq ans plus tard, le Dernier Exorcisme débarque avec le gimmick du faux documentaire, remis au goût du jour récemment par [REC], Vampires, etc. Le réalisateur de cette production Eli Roth (Hostel I et II) a d’ailleurs déjà donné dans ce domaine : en 2008, comme on l’évoquait il y a quelques mois, Daniel Stamm tournait A Necessary Death, un faux docu sur des suicidaires prêts à en finir devant la caméra. Repéré par Roth après la défection du premier réalisateur envisagé, Stamm, 34 ans et originaire d’Allemagne, se tire plus que bien de sa mission. Mais pour l’apprécier, encore faut-il ne pas partir avec de fausses attentes.

DR

« Mon film n’a rien à voir avec ceux que réalisent Eli Roth », prévenait Stamm il y a quelques jours, devant un parterre de fanboys venus voir le film en avant-première à l’Etrange Festival. Manière de prévenir les amateurs de gore craspec que son Dernier Exorcisme est plutôt avare en tripaille. Et, chose plutôt étonnante (et a priori rédibitoire d’habitude, mais pas là), le film est aussi radin en frissons. Certes, on mentirait en affirmant ne pas avoir eu quelques frayeurs intermittentes, mais contrairement à un [REC]² et son histoire démoniaque pas vraiment LOL, ce Dernier Exorcisme n’est pas bourré d’effets de peur facile (entrée surprise dans le cadre d’un chat noir, par exemple) et ne rechigne pas sur l’humour, bien au contraire.

Le personnage principal est un révérend désabusé, Cotton Marcus, qui ne croit plus lui même en la pratique de l’exorcisme. Une équipe de réalisateurs le suit pour tourner un documentaire sur son activité, et le montre en train d’haranguer ses fidèles qu’il décrit lui-même comme des écervelés capables de s’exciter sur n’importe quel sermon. Et pour le prouver, le voilà en train de réciter la recette du cake à la banane en pleine messe, entre deux Alléluia sans que personne ne s’en émeuve. Plus tard, alors que le récit se met en place et le voit arriver dans une ferme de Louisiane post-Katrina où une jeune fille semble être possédée, Marcus se livre à un simulacre d’exorcisme, avec accessoires de série B (un crucifix qui projette de la fumée, des petits haut parleurs diffusant des sons effrayants...). Ce n’est qu’après la manifestation de signes véritablement perturbants qu’il devra se rendre à l’évidence : la jeune Nell (surprenante Ashley Bell, dont le nom et le rôle rappellent une chanson d’AC/DC) a vraiment un truc qui cloche chez elle.

Bande annonce

On ne s’étendra pas sur la résolution du film, qui lorgne du côté du récent House of the Devil, un hommage sympathique aux films d’horreur 80’s tout juste sorti en DVD et VoD en France. Si l’aspect clairement « remonté » du film (avec plans de coupe, effets son), bien plus visible que dans Paranormal Activity ou Blair Witch Project, atténue le réalisme du film et pourra gêner les plus tatillons, il serait dommage de se priver pour autant de ce film d’horreur original (à prendre ici au sens non adapté d’un comic, d’un roman ni remake d’un hit des 80’s). Après Roth, Daniel Stamm s’est d’ailleurs trouvé un autre Pygmalion également amateur de scripts originaux (sauf sur son dernier film), M. Night Shyalaman. Le réalisateur controversé qui semble avoir perdu son mojo depuis un bail produira en effet le prochain film de Stamm, écrit par le scénariste du claustro Buried. Ce Reincarnate suivra un groupe de jurés délibérant sur le sort d’un meurtrier soudain titillé par des forces surnaturelles. Notre sixième sens nous dit que ça pourrait être pas mal.


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