mercredi 15 décembre 2010 18:47
Un « Global Steak » salé et saignant
par Isabelle Hanne
tags : documentaire , nourriture , Canal+
DR
Global Steak
documentaire d’Anthony Orliange
Ce soir à 20 h 50 sur Canal +.
« Demain, nos enfants mangeront des criquets. » Avec un sous-titre pareil, on pouvait redouter un documentaire alarmiste, à rendre carnophobe le plus grand amateur de steak. S’il tire des constats chiffrés un peu affolants — en 2050, il faudra doubler la production de viande, soit 36 milliards d’animaux d’élevage, pour satisfaire les 9 milliards d’êtres humains, tout en sachant qu’un Français dévore 92 kilos de bidoche par an —, Global Steak n’est en rien un pamphlet antiviande. La preuve : en fil rouge de ce documentaire, les pérégrinations du « boucher bohème » d’Asnières, Yves-Marie Le Bourdonnec. Le genre de type capable de s’émerveiller — « Elle est jolie comme tout ! » — en palpant la carcasse sanguinolente d’une vache haut de gamme à l’abattoir. Après Global Sushi, demain nos enfants mangeront des méduses, également produit par Capa et diffusé en février, Global Steak pose les enjeux de la consommation mondiale des vaches, des volailles et autres cochons, du Colorado à l’Aubrac en passant par l’Amazonie. Où l’on apprend que deux tiers de la viande bovine vendue dans les supermarchés, fast-foods, et plats préparés d’Europe, sont issus de l’abattage de vieilles vaches laitières. Que le cheptel brésilien, le deuxième au monde, est en partie responsable du déboisement de la forêt amazonienne. Ou encore, véritable film dans le film, que la France arrose l’Afrique de l’Ouest de ses poulets congelés et fait disparaître les aviculteurs locaux, incapables de faire face à cette concurrence. Global Steak dessine le très contrasté paysage agricole d’aujourd’hui. Avec, d’un côté, des élevages industriels hyperpolluants, feed lots aux États-Unis, véritables « usines à steaks », avec bovins gonflés aux stéroïdes et gavés aux céréales surprotéinées, ou élevages porcins en Bretagne qui déversent des « tonnes de merde » pleine d’azote dans les nappes phréatiques, responsables des fameuses algues vertes. De l’autre, des élevages écolo, sur paille pour les cochons, ou dans une ferme espagnole pour vaches massées, nourries au vin rouge et à la musique classique… En parallèle, on découvre des expérimentations scientifiques un peu inattendues, comme ce cochon transgénique qui rejette moins d’azote, et les recherches sur les insectes, très riches en protéines, pour en faire des substituts à la viande : larves, vers et les fameux « criquets ». Avec comme seule préconisation, le mot d’ordre de Le Bourdonnec : « Consommer moins et de meilleure qualité. » Paru dans Libération du 15 décembre 2010
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