lundi 10 octobre 2011 11:18
Un MIP un peu primaire
par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos
tags : politique , télé-réalité , MIP Cannes
Les candidats s’apprêtent à défendre leurs programmes télé. DR
Il est temps. Il est l’heure. Non pas le temps de tourner la page, parce que sinon à quoi ça sert qu’on se décarcasse sur celle-ci, mais de choisir son candidat à la primaire socialiste. Facile à dire car voilà que de douloureuses affres nous étreignent : lequel, laquelle ? Aucun des importants thèmes abordés lors des débats télévisés n’a réussi à les départager. L’hôpital ? Niquedouille, ils sont tous d’accord. L’école ? Que pouic niveau différence. L’économie ? Pff. Le physique, peut-être ? Le bronzage de Manuel Valls, la mèche d’Arnaud Montebourg… Non, enfin, soyons sérieux, élevons le débat : le seul sujet qui préoccupe vraiment les Français, c’est, comme diraient nos amis socialisses, le vivre ensemble devant la télé. De retour du Marché international des programmes (MIP), qui se tenait cette semaine à Cannes, le Dr Garriberts, aidé de son éminent confrère de The Wit qui présente à chaque édition aux acheteurs ébahis les nouveautés du monde entier, est en mesure de vous révéler le programme télé de chaque candidat. Attention, cet article pourrait changer le visage de la primaire. On l’a connu tout mou, le normal François Hollande, mais le combat pour la primaire l’a sacrément endurci. Limite il fait un peu peur. Limite on se demande s’il ne serait pas devenu un peu méchant. Ses ambitions télévisuelles sont à sa mesure : impitoyables (un peu) et cruelles (on exagère ?). Soit Tempted et The Pain Game. Dans le premier, il faut choisir — et sans barguigner, monsieur Mazerolle : deux équipes de candidats sont confrontées à de terribles dilemmes. Couper dans le budget de la Défense ou dans celui de l’Education ? Mieux : faire perdre 20 000 euros à son équipe ou mixer un poisson rouge. Avec Hollande, on mixe la poiscaille. Dans The Pain Game, ou tu gagnes, ou tu souffres. Chaque mauvaise réponse ouvre un choix : quitter le jeu ou accepter d’endurer une punition, du style épilation à froid ou léchage d’aisselles inconnues. Si le redressement du pays est à ce prix, le résolu François Hollande n’hésitera pas : oui aux dessous de bras de Ségolène Royal. C’est à croire que tout le MIP vote Ségolène Royal tant chaque nouveau concept semble sorti de la boîte à idées de Désirs d’avenir. Evidemment, Special Mission, venu de Russie, où de jeunes zazous réapprennent l’ordre juste au cours de véritables opérations militaires qui leur vaudront, s’ils en réchappent, un véritable grade dans l’armée. L’initiative norvégienne Babes on the Bus ne pourra que séduire l’élue du dépeuplé Poitou puisqu’il s’agit d’un genre d’Amour est dans le pré itinérant où les belles circulent en bus à la recherche du plouc charmant. L’éducation, on le sait, est la priorité de Ségolène Royal. Elle l’a promis : elle élue, les enfants seront heureux d’aller à l’école. Mais ils le seront plus encore si on leur fait miroiter la possibilité de participer un jour au jeu espagnol Involucion, qui consiste à jouer à pierre-papier-ciseaux avec un chimpanzé. Ce n’est plus de l’escalier social, ça, c’est le téléphérique de Darwin. Sans faire affront à la peut-être future présidente de la République (attendez, c’est qu’on veut notre émission à la place de celle de Cyril Viguier, nous), Martine Aubry s’habille comme un sac. Grâce à Whose Closet Is It Anyway ? c’est fini : dans ce genre d’On a échangé nos mamans version dressing, des fashionistas récupèrent les fringues d’une autre, donnant lieu aux riants quiproquos vestimentaires qu’on imagine. Déjà donnée assurément perdante, Martine Aubry devrait, en cas de victoire, susciter des vocations : oui, on peut avoir d’improbables talents et triompher du regard des autres. Oui, on peut être ce spécialiste pointu, capable, les yeux bandés, de reconnaître les poissons avec lesquels on le gifle et remporter Epic Win, jeu britannique par ailleurs totalement con. Arnaud Montebourg a beau être un ennemi de la télé-réalité, l’inverse n’est pas vrai. Prenez The Renovators, taillé sur mesure pour celui qui se voit en « président bâtisseur » : c’est tout bonnement un Masterchef de la retape de vieilles baraques. Le grand voyageur qu’est Montebourg (souvenez-vous de ses virées, racontées au cours des débats télé, au Carrefour de Besançon et chez Goodyear à Amiens) goûtera également le charme exotique de Slumdog Holiday, soit des vacances de pouilleux qui voient des familles occidentales séjourner chez des familles du tiers-monde. Etrangement, l’inverse ne se pratique pas. « Rentre dans ton pays, sale Espingouin bouffeur de paella pas cuite ! » C’est la traduction — certes libre — de Go Back to Where You Come From, télé-réalité australienne à visée éducative dont le principe ne déplairait pas à Manuel Valls : on fait vivre à quelques personnes animées d’une solide aversion pour les immigrés le parcours de réfugiés, et ça les calme bien vite. Sinon, on aurait bien ajouté à chaque débat de la primaire socialiste un finale à la façon du télé-crochet britannique Don’t Stop Me Now : le public vote en direct pour chaque prestation, et les candidats malheureux voient d’un coup le sol se dérober cruellement sous leurs pieds. Franchement, on y aurait bien vu Manuel Valls. Ah, dites, on allait oublier Jean-Michel Baylet alors que, pourtant, nombre des nouveaux programmes du MIP illustrent à merveille son destin politique, tel Next One (« au suivant »), quiz qui débite à la chaîne des candidats alignés en file indienne. Ou plutôt, il y a cette intéressante télé-réalité indienne, Crunch. Enfermés par couple dans une chambre et filmés 24 heures sur 24 (usual business), les candidats voient la pièce qu’ils habitent rapetisser chaque jour un peu plus. Le rapport avec Baylet ? Ben, la chambre aura beau devenir toute minus qu’il y aura toujours la place pour un congrès extraordinaire du Parti radical (cette blague a reçu le prix Jean-Lecanuet de l’humour parlementaire 1973). Paru dans Libération du 8 octobre 2011Hollande le dur
Royal en bus
Aubry fashionista
Montebourg en chantier
Valls à la trappe
Un bon coup de Baylet
Il y a 1 réaction à cet article.
Lire les réactions.Réagir à cet article.
Partager cet article
Partager Tweet
Actualit
Lib.fr
- En direct - Visite surprise de Hollande en Afghanistan
- Pour Chérèque, mieux vaut aider tous les salaires que hausser le Smic
- Géménos : Montebourg à la rencontre des Fralib
- Egypte : les Frères musulmans se disent en tête au premier tour
- Ceux qui divisent seront responsables en cas de défaite, prévient Dati


