jeudi 20 août 2009 11:40
Un « Numéro » pas très neuf
Survie et combats de machines dans un film d’animation produit par Tim Burton.
par Gilles Renault
tag : animation
DR
Numéro 9 de Shane Acker. 1 h 20.
Le supporteur le plus illustre de Numéro 9 se nomme Tim Burton. Le réalisateur de Sleepy Hollow et d’Edward aux mains d’argent a même poussé l’enthousiasme jusqu’à daigner suspendre quelques instants son adaptation en 3D d’Alice au pays des merveilles (avec Johnny Depp et Christopher Lee) pour répondre par téléphone aux journalistes français qui souhaitaient consigner sa ferveur. Ceci n’étant pas sans expliquer cela, au moins en partie, Tim Burton, dont le nom apparaît en gros en haut de l’affiche - jusqu’à entretenir volontairement l’ambiguïté sur sa fonction exacte dans le projet - est, avec Timur Bekmambetov (le metteur en scène de Wanted et Day Watch), le producteur de Numéro 9, premier long métrage de l’Américain Shane Acker. Lequel, officiellement, n’en revient toujours pas d’avoir eu l’opportunité de développer ici son court métrage de fin d’études. Un film de 11 minutes, qui avait tout de même reçu une citation lors de la cérémonie des oscars 2005. Malgré son titre en forme de maillot de foot, Numéro 9 ne flirte absolument pas avec l’univers du sport, mais bien avec celui de la science-fiction. Dans le futur proche d’une terre dévastée par les conflits et où l’homme a disparu de la circulation, des machines aux allures de Transformers font régner la terreur. Seule une poignée de créatures ressemblant à d’antiques poupées rafistolées tentent de manifester des sentiments avec leurs grands yeux écarquillés. Parmi celles-ci, figure en bout de liste un certain Numéro 9, qui « détient en lui la clé de la survie » communautaire et doit convaincre ses semblables de « quitter leur refuge de fortune » pour aller défier les géants tas de ferraille qui ne demandent qu’à les disloquer. Critique d’une course au progrès où l’être humain, en bon apprenti sorcier qu’il a toujours su être, finirait par provoquer sa propre perte, aussi bien que dénonciation de l’oppression liée au totalitarisme, Numéro 9 privilégie la vision sombre et grave d’une société « postapocalyptique » qui a déjà connu un nombre considérable de déclinaisons dans le cinéma et la littérature fantastiques. Sérieux et dépourvu d’originalité (sinon d’idée, ajouterait-on dans un mauvais jour), le film multiplie des scènes de poursuite entre les poupées de chiffons et les prédateurs qui maintiennent un rythme soutenu et ne manquent pas d’allure sur le plan graphique, renvoyant à « l’ère industrielle de l’Europe des années 50 ». Très répétitif, univoque et un chouïa assommant, Numéro 9 n’arrive pas à la cheville de son collègue siglé Pixar, Wall-E - autre héros solitaire du cinéma d’animation et d’anticipation, perdu dans les gravats d’une civilisation enfouie -, dont il n’apparaît jamais en mesure de contester la suprématie poétique, burlesque et mélancolique.
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