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mardi 30 septembre 2008 11:20

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Un « Sagan » sans sagacité

Téléfilm. Sur France 2, un portrait partiel de l’auteur de « Bonjour tristesse ».

par Claire Devarrieux

tag : littérature

Sylvie Testud parvient à transmettre le rayonnement de Françoise Sagan. Photo Charlotte Schousboe

Françoise Sagan  : un charmant petit monstre (1/2), réalisé par Diane Kurys, avec Sylvie Testud, Lionel Abelanski, Pierre Palmade, 1 h 45. France 2, 20 h 50 (suite, demain à 20h50)

Françoise Sagan n’utilisait pas les confidences de ses amis pour alimenter ses romans. Elle puisait plutôt dans ses livres la fine sagacité qu’elle mettait au ­service de l’amitié. On ne trouve aucun écho de ces ­questions dans le film de Diane Kurys, présenté en deux épisodes. La version longue réjouira ceux qui attendaient que cela passe à la télévision. Elle les décevra aussi bien.

Un réalisateur qui adapte les Misérables de Victor Hugo n’oublie pas les chandeliers ni les égouts. De la même manière, Diane Kurys et ses scénaristes se sont donné un cahier des charges. Le casino  : oui, Sagan veut gagner des millions, en voici huit pour, au petit jour, acheter cash son manoir en Normandie. Les voitures à toute vitesse, l’hôpital, la morphine, elle ne décrochera plus de la drogue. Les lunettes de l’éditeur René Julliard, le prix des critiques pour Bonjour tristesse, et la phrase du père, M. Quoirez  : « Le plus raisonnable à ton âge serait de tout dépenser. » Et les chapeaux que sa mère, pendant la guerre, a voulu revenir chercher à Paris (mais n’était-ce pas, dans la légende, les cartons à chapeaux  ?). Et la petite musique, ras-le-bol de la petite musique, se plaignait la ­romancière.

Armée d’une orgueilleuse modestie, que Bernard Frank (interprété ici par Lionel Abelanski) veillait à entretenir, Françoise Sagan était-elle cet auteur capricieux qui s’ébroue dans le téléfilm  ? « Personne ne s’intéresse à ce que je fais », boude Sylvie Testud. On la voit taper à la machine de temps à autre. Elle fume, boit, se frotte le nez, poudre et cendrier à portée de main. Elle marche le long de la Seine, à différentes saisons de sa vie, plus qu’elle ne « bouquine », activité justement mise en valeur par sa biographe, Marie-Dominique Lelièvre. Enfin, elle s’occupe mal de son fils David  : c’est, avec la décrépitude, le thème de ce feuilleton peu littéraire.

Poupée cassée. Diane Kurys a exploité surtout les mémoires de Marie-Thérèse Bartoli (Chère Madame Sagan, Pauvert, 2002), secrétaire de 1982 à 1998 congédiée sans égard lorsque Sagan, les dernières années de sa vie, n’est plus qu’une poupée cassée de partout entre les mains d’une protectrice. Condensés, déplacés, les épisodes où Sagan fait servir le brouet prévu pour les chiens, reçoit la visite de François Mitterrand, ou celle de la police, viennent du livre de Bartoli.

Rien ne manque, parfois sous la forme d’un simple name dropping  : Sartre, Tennessee Williams. Mais Françoise Sagan est-elle là  ? Beaux regards de Sylvie Testud en « charmant monstre », ou en femme souffrante, silhouette sautillante d’oiseau inguérissable, pauvre visage à la Carson McCullers, que Sagan avait rencontrée aux Etats-Unis. En voix off, l’actrice est naturelle, au plus près de la voix intérieure et de l’écriture, pourrait-on dire. Elle est débarrassée du souci d’imitation qui a dû lui pourrir la tête pendant toute la durée du ­tournage.

Sylvie Testud a de brèves reparties (genre « merci », « au revoir », vraiment minimal) où la ressemblance avec le phrasé de Sagan est indéniable. La plupart du temps, sa diction est exaspérante. Par exemple, elle s’astreint à hausser le ton sur l’avant-dernière syllabe  : on n’entend que ça, qui sonne faux et tue les dialogues. Comment le charme de Sagan, qui était fameux, imaginatif, pervers et généreux, se serait-il exercé sur son entourage pendant un demi-siècle si elle avait été ce ludion artificiel  ? Où est passé son art de la conversation, bafouillis compris  ?

Ne pas croire cependant que ces trois heures d’images arrachées au calendrier de l’écrivain soient ­dénuées de séduction. Sylvie Testud est une actrice si formidable que, malgré la manière dont on lui fait dire son texte, elle parvient à transmettre le rayonnement de Sagan. De sorte que ses partenaires sont tous excellents  : Pierre Palmade en Jacques Chazot, Denis Podalydès en Guy Schoeller, Arielle Dombasle en riche Cruella. Jeanne Balibar est une splendide Peggy Roche, la styliste qui partagea longtemps la vie de Sagan, et dont la mort fut pour celle-ci un désastre. La mise en scène de Diane Kurys est pudique, ce qui convient à son sujet. Françoise Sagan était une personne réservée.

Paru dans Libération du 30 septembre 2008


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