dimanche 28 novembre 2010 11:57
Un « Village » de choix
par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos
tags : série , histoire , France 3
Photo Charlotte Schousboe - France 3
Un village français
série de Frédéric Krivine, Philippe Triboit et Emmanuel Daucé
saison 3, épisodes 1 et 2/6
France 3, dimanche, 20 h 35.
Choisis ton camp, camarade. Fini de lambiner comme dans la première, fini de tergiverser comme dans la deuxième, la troisième saison d’Un village français est affaire de choix : assassiner des officiers allemands (ou pas), dénoncer des Juifs (ou pas), coucher avec un SS (ou pas) et résister (ou pas) mais surtout choisir. Entamée le 12 juin 1940, la série de France 3 s’ouvre cette fois le 28 septembre 1941 : trois mois plus tôt, les Allemands ont envahi l’URSS et la mort du pacte germano-soviétique résonne jusqu’à Villeneuve, le bled fictif du Jura, ce village français qui figure tous les autres. L’histoire se tend ; le scénario aussi. Schwartz, l’entrepreneur qui fait du bizness avec les Allemands, va en payer le prix : désormais, on « aryanise » les entreprises juives et le voilà face à celui qu’il va déposséder. Sa femme a comme un doute : « Aryaniser… Je me demande si on ne va pas trop loin. » Schwartz (Thierry Godard, dense, têtu) : « Autant que ce soit par des gens bien comme nous. » Mais Schwartz va choisir, impossible d’en dire plus sans flinguer le suspense, une nouveauté dans Un village français. En plus de Schwartz, on retrouve tous les personnages : le maire Larcher (Robin Renucci) hésitant encore et toujours. Sa femme Hortense (Audrey Fleurot) qui, après le flic de Vichy, s’amourache d’un SS. Son frère communiste Marcel (Fabrizio Rongione) qui, dans une belle scène à la Land and freedom de Ken Loach, doit trancher : « Est-ce qu’en tant que militant internationaliste on peut abattre un travailleur ? » Après les deux saisons déjà réussies, la troisième monte encore d’un cran. Et, ce qui ne gâche rien, voilà enfin une série française dont chaque nouvelle saison arrive à un rythme soutenu, un an seulement après la précédente, sur le modèle des fictions américaines. On doit cette production - prévue pour durer jusqu’en 2013 - à un trio à l’américaine, justement, qui voit le scénariste (Frédéric Krivine), le producteur (Emmanuel Daucé), le réalisateur (Philippe Triboit), avancer de conserve : pendant qu’on tourne, on monte ; pendant qu’on monte, on écrit ; pendant qu’on écrit, on tourne. Paru dans Libération du 26 novembre 2010
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