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mercredi 16 juillet 2008 08:09

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Un, deux, « Proies »… partez

Trouille. Gonzalo López-Gallego transcende une chasse à l’homme en usant de techniques proches du jeu vidéo.

par Bruno Icher

DR

Les Proies de Gonzalo López-Gallego avec Leonardo Sbaraglia, Maria Valverde… 1h30.

A la campagne, c’est bien connu, on sait s’amuser d’un rien. Faire fumer un crapaud jusqu’à annihilation du batracien par explosion ou crucifier un hibou à la porte de la grange. Et si le gibier vient à manquer, on peut toujours jouer au Comte Zaroff avec quelques potes qui aiment le grand air et mener la vie dure à des touristes égarés. C’est sur cette hypothèse plutôt conventionnelle, que le réalisateur espagnol Gonzalo López- Gallego a fondé le scénario de ses Proies mais, on va s’en apercevoir, pas seulement.

Un trentenaire ostensiblement citadin se fourvoie sur les routes désertes d’une montagne couverte d’épaisses forêts. Il tente de retrouver une belle brune qui a profité d’un furtif mais intense moment d’intimité dans une station-service pour lui faucher son portefeuille. Comme on pouvait s’en douter, il va retrouver la jolie pickpocket, mais aussi faire connaissance avec des chasseurs d’un genre pugnace qui ont vite fait de dissiper toute ambiguïté sur le caractère homicide de leurs pulsions ludiques.

Rien de fondamentalement surprenant donc, dans la première partie de ce survival âpre et oppressant. Il ne manque rien au cahier des charges de la chasse à l’homme en milieu hostile qui, de Delivrance à Rambo, a exploré à peu près toutes les ressources de ce type de situation. Entre trouille aveugle et rage impuissante, les Proies se débattent comme elles peuvent dans les sous-bois humides et les rochers des torrents. A l’instar de toute série B un peu sérieuse, la menace reste à la périphérie du champ de vision et ne se manifeste qu’au travers des aboiements des chiens, des craquements de branches mortes, des sifflements de balles qui déchirent le silence de la forêt ou de sombres silhouettes aperçues dans le lointain.

Ce classicisme narratif, auquel s’ajoute une orthodoxie formelle, réserve heureusement un retournement de situation plutôt gonflé. Car ce qui rend le film attachant, c’est que le basculement attendu prend une tournure résolument immorale. Les chasseurs ne sont ni des bouseux consanguins du bayou ni de féroces néonazis en manque de sensations… Mais la révélation de l’identité des assaillants rend la situation infiniment plus angoissante. Pour corser le tout, le cinéaste a eu l’audace d’employer un artifice bien connu des mordus du jeu vidéo : la vue à la première personne, passée à la postérité sous le terme FPS, First Person Shooter. Mouvements saccadés, arme pointée droit devant, cliquetis des cartouches.

Au-delà de l’effet saisissant, ce choix formel exploite un paradoxe intéressant. On sait depuis la naissance du jeu vidéo à quel point il flirte avec toutes les outrances, violence comprise. Et tous ceux qui partagent leur vie avec un joueur endurci peuvent le confirmer : il est bien plus difficile de supporter le spectacle de quelqu’un qui « joue » à être violent que de regarder ce qui se passe à l’écran.

C’est exactement ce à quoi Gonzalo López-Gallego nous invite. Dans le dossier de presse du film, il livre d’ailleurs cette prophétie : « Nous ne sommes qu’au début de cette tendance : les nouvelles générations sont fortement influencées par ces formes narratives et les amateurs de cinéma ne pourront y échapper. Dès que les jeux vidéo occuperont la place qu’ils méritent dans notre société, jeux et cinéma fusionneront de manière à créer de nouvelles formes de divertissement. » Voila déjà un bon début.


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