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lundi 14 avril 2008 18:28

  • dvd

« Polémique Système » : Michael Moore et eux

par Alexandre Hervaud

tags : documentaire , polémique

L’arroseur arrosé ? - DR

Michael Moore : Polémique Système, de Debbie Melnyck et Rick Caine (2006). Wild Side Vidéo. 14,99 €

En cette année électorale américaine, Michael Moore se fait (relativement) discret, se contentant de prêcher ses fidèles via sa newsletter. Un documentaire canadien sorti en dvd dresse un portrait peu flatteur du réalisateur et de ses méthodes.

Michael Moore : Polémique Système s’intéresse au parcours du documentariste trublion, de ses premiers armes dans la presse underground à sa Palme d’Or en 2004. Le titre original du film, Manufacturing Dissent (la Fabrication du Désaccord), est une référence à Manufacturing Consent (La Fabrication du Consentement ), excellent documentaire sur les médias et Noam Chomsky - qui intervient d’ailleurs dans ce film.

Dès le début de son documentaire, la journaliste Debbie Melnyck reconnaît son admiration pour Moore, une de ses indéniables influences. Initialement, l’œuvre n’avait d’ailleurs d’autre ambition que d’être un hommage au travail du réalisateur militant. Extrêmement proche de Roger et Moi (le premier film de Moore) dans sa structure, il en constitue même une sorte de...remake. Avec Moore en lieu et place de Roger Smith, l’ex-PDG de General Motors. « Il n’a jamais été aussi compliqué de mettre Michael Moore devant une caméra », clame l’affiche du film. Effectivement, le joufflu cinéaste, qui d’ordinaire ne se fait pas prier pour intervenir dans les médias, joue à cache-cache avec la réalisatrice, alignant les prétextes fumeux pour déserter à la moindre occasion.

Michael Moore et Debbie Melnyck

Qu’apprend-t-on de si infâmant sur Moore pour qu’il soit à ce point méfiant ? Qu’il prend des libertés non négligeables avec la chronologie. Qu’il ne précise pas toujours le contexte de prise de vue. Que ses montages ne brillent pas forcément par leur honnêteté. La plus grande remontrance vient de la bouche de cet observateur qui ose comparer Moore à son eternel nemesis, Bush : « Ils sont tous les deux de grands manipulateurs, avec la même vision confuse de la réalité. Ils sont très doués pour écarter tout ce qui s’y oppose ».

Moore reconnaît user du montage pour exprimer son point de vue, pas pour délivrer des faits d’une exactitude absolue. Son côté « entertainer politique » ne plaît pas non plus forcément aux Démocrates, qui n’ont toujours pas digéré son soutien à Ralph Nader en 2000 – les scores du candidat vert auraient privé Al Gore d’une victoire certaine. « Son succès est dû à la molesse de la gauche américaine », peut-on également entendre, entre autres gentillesses. Les plus virulentes sont appréciables dans les scènes coupées présentes dans les bonus, comme lors de cette table ronde entre documentaristes. Des confrères agacés qui fustigent l’œuvre de Moore, la comparant à de la mauvaise propagande. « Le pire, c’est que c’est le plus populaire de tous ! ». Et le spectateur, un peu mauvais esprit, de se demander si là n’est pas le motif principal de toute cette bile déversée.

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