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jeudi 17 septembre 2009 10:20

  • cinéma

« Un film réaliste, avec de la poussière et de la sueur »

Peter Jackson, producteur de « District 9 »  et du projet avorté « Halo », revient sur le film évènement.

par Olivier Séguret

tag : science-fiction

Acteur, producteur, réalisateur : Sharlto Copley, Peter Jackson et Neill Blomkamp DR

District 9 de Neill Blomkamp, avec Sharlto Copley, William Allen Young… 1 h 50.

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Aussi doué et prometteur que soit Neill Blomkamp, l’existence même de District 9, comme la réussite de sa mise en orbite planétaire, doivent beaucoup à son producteur, Peter Jackson. Pour accompagner la sortie mondiale du film, celui-ci n’a pas eu besoin de quitter la Nouvelle-Zélande où d’intenses activités le retiennent. Grande première pour votre serviteur et merveille du journalisme (et de la promo) moderne  : l’interview accordée a été réalisée en tête-à-tête virtuel via visioconférence, par satellite, dans un studio spécialisé du côté de l’Etoile. Déroutante expérience. Sur le large écran, la silhouette qui apparaît déconcerte  : frais comme un gardon quoiqu’ébouriffé, terriblement aminci et gigotant dans son fauteuil, Peter Jackson (le Seigneur des anneaux, King Kong, etc.) ressemble à un étudiant cinéphile qu’habite une intensité peu commune.

Comment avez-vous rencontré Neill Blomkamp et pourquoi l’avez-vous produit  ?
Nous nous sommes connus sur le projet Halo, l’adaptation pour le cinéma du jeu vidéo qui a fait la réputation de la Xbox. Neill vient du monde la pub et du clip vidéo. Comme moi, il est très imbibé par la culture du jeu. J’ai tout de suite reconnu en lui quelque chose de moi-même à son âge, ou de ce à quoi j’imagine avoir ressemblé vers 27 ans [Neill Blomkamp en a 30, ndlr]. On a rapidement été assez proches. On allait s’engager dans une affaire de longue haleine, avec de grosses pressions pendant deux ans. Il fallait quelqu’un de confiance. Et puis Halo a disparu… Tout est tombé par terre. Deux grands studios se partageaient la production  : Universal, qui avait la direction du projet, et la Fox. Après un changement de management dans le premier, le second a voulu reprendre les rênes du film. Résultat, après plus de quatre mois de travail intensif avec Neill, où nous avions avancé de nombreux chantiers, tout a été annulé. Quand on nous a appris la nouvelle, on a vraiment été détruits pendant plusieurs jours.

D’où l’idée de se remettre en selle très vite avec District 9  ?
Oui, mais ce n’est pas uniquement parce que je me sentais une dette vis-à-vis de Neill, qui s’était tellement investi dans Halo. C’était aussi parce que j’avais vraiment envie de le faire travailler et de travailler avec lui. On a donc très vite parlé de lancer un projet low-tech, encore qu’il soit difficile de parler de 30 millions de dollars en faisant comme s’il s’agissait de peu d’argent. Mais en tout cas, on ne voulait pas d’un truc à 100 millions de dollars, comme aurait probablement coûté Halo. Il faut aussi dire que resserrer les budgets a été rendu plus facile par le look très documentaire que Neill voulait de toute façon donner à son projet. Son idée de Halo n’était pas sans rapport avec ce qu’il a fait dans District 9. Il le voyait comme un film totalement réaliste, quasi-documentaire, engagé dans l’action, avec de la poussière et de la sueur. District 9 reflète en partie ce style.

Quel a été votre degré d’implication dans ce film  ?
Mon travail de producteur a été assez simple. Il y avait d’une part cet aspect technique et esthétique du film qui le faisait ressembler à un reportage télé, voire parfois à des images du Net. Et, d’autre part, il y avait la dimension très particulière du travail de Neill avec les acteurs. Il ne souhaitait pas du tout exécuter un traitement traditionnel de son script. Il laisse toujours une très large marge pour l’improvisation. Moi, je voyais chaque jour les DVD de ce qui avait été tourné, y compris les dialogues improvisés sous toutes leurs formes. Je lui donnais mon avis et nous avons toujours eu de très amicales discussions.

Votre agenda est rempli pour plusieurs années. Où en êtes-vous à cette heure  ?
Actuellement je prépare enfin la production de Bilbo le Hobbit, que réalise Guillermo Del Toro, et la postproduction du premier Tintin, tourné par Steven Spielberg, le Secret de la Licorne. Le tournage réel et les prises en motion capture sont finis, mais nous avons devant nous deux ans de travail pour tout ce qui concerne les images numériques et les effets spéciaux. Ensuite, j’envisage de réaliser moi-même un volume des aventures de Tintin. J’hésite encore  : peut-être le Temple du soleil, plus probablement les Sept boules de cristal. Quant à l’idée d’un sequel à District 9, évoqué ici où là, rien ne s’y oppose, mais il ne se fera que s’il repose sur une vraie bonne idée… Et je sais que tout le monde dit toujours ça  !

Paru dans Libération du 16 septembre 2009


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