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jeudi 26 juin 2008 10:26

  • télévision

Un financement bancal

Les différentes taxes prévues ne compensent pas les pertes que devrait subir le service public.

par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos

tags : politique , économie , France Télévisions , Télé sans pub

Photo Vincent Nguyen

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France Sarkovision

Le chef de l’Etat veut pouvoir nommer lui-même le président de France Télévisions et annonce la fin de la publicité après 20 heures dès janvier 2009.

Et si Bruxelles mettait son veto

L’UE est hostile à toute nouvelle taxe et veut limiter la place de l’audiovisuel public sur le Web.

«Le versement de cette taxe est discriminatoire»

Yves Le Mouël représente les opérateurs télécoms et Web :

«La commission a fait des calculs inexacts»

Betrand Méheut préside l’association des chaînes privées :

Il aura bien fallu quatre mois de commission Copé pour en arriver là : au point de départ. C’est-à-dire à la solution de financement préconisée par Nicolas Sarkozy dès le 8 janvier et l’annonce tout à trac de la suppression de la publicité sur France Télévisions. Soit un panachage entre une taxe sur les recettes pub des chaînes privées et une autre sur le chiffre d’affaires des opérateurs télécom et fournisseurs d’accès à Internet. Seul aggiornamento : la fin de la pub sera progressive. D’abord, dès le 1er janvier 2009, les réclames auront disparu après 20 heures, ce qui représente 450 millions d’euros à compenser. Et dans un deuxième temps, après 2012, les publicités seront interdites des écrans du service public, soit 650 millions d’euros de perte par an.

Le gros des 450 millions d’euros devra donc venir, a décidé Nicolas Sarkozy, d’une taxe de 0,9 % sur les télécoms et Internet. Le faramineux pactole de ce secteur - 43 milliards d’euros - permettra de rapporter près de 380 millions d’euros chaque année. Le reste, soit quelque 80 millions d’euros, doit provenir des chaînes privées. Problème : ni les uns ni les autres ne sont prêts à mettre la main à la poche. Ils pourraient d’ailleurs bien se trouver un allié de choix avec la Commission européenne, particulièrement regardante avec les nouvelles taxes. Et quand bien même les taxes passeraient comme lettre à la poste, elles n’assureront pas un financement stable à France Télévisions, dont la bourse dépendra des performances des télécoms et de ses concurrentes privées.

Et puis, avec les 450 à 460 millions d’euros récoltés avec ces deux taxes, Nicolas Sarkozy commet un oubli de taille. La somme ne correspond en effet qu’à la seule compensation de la suppression de la pub . Et le financement des programmes qui vont remplacer les pubs, alors ? France Télévisions avait évalué ce coût de production supplémentaire à 400 millions d’euros par an, qui n’apparaissent nulle part dans les comptes présidentiels.

Enfin, la commission Copé - et son président l’a rappelé hier - tenait mordicus à ce que soit assuré le développement de France Télévisions et prévoyait en ce sens un plan de financement à 200 millions d’euros. Sauf que Sarkozy, en repoussant une partie des préconisations de la commission, notamment la taxe sur les fréquences radioélectriques (300 millions d’euros à terme) et les 60 millions récupérés du budget de RFI qui passe dans l’audiovisuel extérieur, prive France Télévision d’une grosse partie de ses revenus à venir. En effet, pour 2012, lorsque la pub sera totalement supprimée, rien n’est prévu : Nicolas Sarkozy prévoit-il d’augmenter encore la taxe sur ses amies les chaînes privées et les télécoms ? Il n’en a rien dit.

Insuffisant. On résume : un financement bancal, pas pérenne, même pas sûr juridiquement et de toute façon insuffisant : voilà le cadeau de Sarkozy à France Télévisions.

En clair, comme l’euphémisait Hervé Chabalier, patron de l’agence de presse télé Capa et membre de la commission Copé, la semaine dernière dans Libération, « le service public restera sous-financé ». S’il n’y reste pas tout court.

Sur le même sujet :
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- Et si Bruxelles mettait son veto
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