mardi 16 septembre 2008 08:08
Un minimorceau de super Godard
Guest star. Le cinéaste réalise la bande-annonce du festival de cinéma de Vienne.
par Olivier Séguret
tags : bande-annonce , cinéphilie , festival
Images de la bande-annonce - DR
Le festival de cinéma de Vienne, en Autriche, mieux connu sous son sobriquet de Viennale, peut être fier de son joli coup : il vient de s’offrir les services de Jean-Luc Godard pour réaliser la bande-annonce de sa prochaine édition, qui aura lieu du 17 au 29 octobre. Ce microfilm, baptisé Une catastrophe, suture sans effets mais avec précaution quelques images dérobées au Potemkine d’Eisenstein et à People on Sunday (Siodmak, 1930), le couplet d’une chanson d’amour allemande du XVIIIe siècle et quelques mesures de piano de Robert Schumann. D’autres bribes audio (match de tennis) ou visuelles (éclats de guerre) viennent jeter leurs taches, façon Jackson Pollock, sur ce tissu de cinéma déjà moiré. Mais tous ces éléments s’unissent sous la scansion du message glissé dans le film et qui vient s’écrire par fragments intermittents sur l’écran : « La catastrophe… C’est la première strophe… D’un poème… D’amour ». En une minute à peine, le cinéaste offre une réduction presque jivaro de son grand art du rapprochement : à la fois Jean-Luc-The-Dripper et Godard-Cisorhands, il persiste et signe dans la veine métaphorique de la juxtaposition dont il a formalisé les cadres avec ses Histoire(s) du cinéma. Malgré sa brièveté et en dépit de sa nature sibylline, ce film-télégramme ressemble terriblement à son auteur. Une catastrophe est animé par ce double mouvement si caractéristique et contradictoire : le geste poétique à la fois primitif et savant, spontané et stratégique. Il en sourd quelque chose d’un spleen jupitérien, entre grondement d’orage et roulements de tambour, ce qui, après tout, forme une réponse adéquate à la commande d’un lever de rideau de festival. La Viennale n’en est pas à son coup d’essai : avant Godard, des animaux cinématographiques aussi curieux que Stan Brakhage, Leos Carax, Jonas Mekas ou Agnès Varda se sont laissé convaincre par le directeur Hans Hurch de réaliser eux aussi le trailer du festival. Dans une interview au magazine autrichien Profil, Hurch indique qu’il s’efforçait « d’obtenir le concours de Godard depuis dix ans ». « Un rêve se réalise, poursuit-il, même si je considère aussi ce merveilleux travail comme une marque d’estime et un symbole de l’importance gagnée par la Viennale auprès de l’industrie du film. » Afin de promouvoir le festival, Une catastrophe sera projeté à partir du 18 septembre dans une centaine de cinémas autrichiens. Même très court, c’est le premier film de cinéma signé JLG qu’il nous ait été donné de voir depuis son dernier long, Notre Musique, en 2004 (et exception faite de Vrai-faux passeport, conçu dans le cadre de sa propre expo à Beaubourg). Une catastrophe est visible sur le site du festival : www.viennale.at/de Paru dans Libération du 16 septembre 2008
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