lundi 22 décembre 2008 15:09
Un pack de crocs pour la télé
Le phénomène vampires fait un retour en force au cinéma comme en librairie. Le petit écran se met au diapason.
par Bruno Icher
tags : séries , livre , vampire
True Blood. DR
Si le propre des grands mythes est de ne jamais mourir , il y a quand même de bonnes raisons de penser que celui des vampires avait été sucé jusqu’à la dernière goutte. Que peut-on raisonnablement espérer d’un cliché aussi vermoulu que celui de ces créatures de la nuit dont l’effrayante puissance érotique a été déclinée sur tous les tons, de Murnau à Buffy ? Manifestement, pas mal de choses. En cette fin de décennie 2000, une floraison sanglante met le vampire à toutes les sauces : livres, films ou séries télé, dont True Blood, qui démarre demain sur Orange. C’est d’abord en librairie que les vampires ont une cote d’enfer. A commencer par les aventures de Sookie Stackhouse qui, avant de devenir la source d’inspiration de True Blood, ont surtout été une série de romans, médiocres mais très populaires, signés Charlaine Harris. La romancière sudiste revisite les légendes de nature à faire frissonner les âmes sensibles, depuis le vampire jusqu’au loup-garou, en passant par les envoûtements vaudou. Et elle n’est pas la seule. L’extravagant succès de Twilight, la saga de Stephenie Meyer a donné naissance à un film dont la sortie en France aura lieu début janvier dans une atmosphère de liesse adolescente. Il y est question d’une idylle impossible entre une jeune vierge ensorcelée et un beau et gentil vampire qui, par amour pour sa belle, devient végétarien. Bel effort. Plus malin, Fangland (« la terre des crocs ») de John Marks, a été un des best-sellers de 2007 aux Etats-Unis. Construit de manière épistolaire en hommage évident au fondateur Dracula de Bram Stocker, le roman est une suite de lettres, de journaux intimes et, modernité oblige, d’e-mails. Le tout va aussi donner lieu à une adaptation au cinéma, avec Hilary Swank. C’est évidemment sur grand écran que la créature est la mieux servie. Parfois, c’est assez raté, comme le navrant diptyque des Underworld de Len Wiseman, irregardable, ou, à un degré moindre, le paresseux Je suis une légende de Francis Lawrence, d’après Richard Matheson. C’est quelques fois nettement plus réussi, comme 30 Jours de nuit, de David Slade, qui ose un postulat à la limite du ridicule mais parvient à mettre le trouillomètre à zéro. Ici, Josh Hartnett est le shérif d’une bourgade d’Alaska qui doit affronter à partir du solstice d’hiver un bon mois de nuit totale. Cette vulnérabilité annuelle conduit une brochette de vampires affamés à faire souche dans le patelin, histoire de vider méthodiquement chaque habitant de sa substance vitale. Le vampire connaît aussi un revival sous d’autres latitudes. Le plus grand succès de tous les temps du cinéma russe a été obtenu par Timur Bekmambetov, réalisateur de Night Watch (2004) puis Day Watch (2006), en attendant le dernier volet, adaptation de la trilogie des best-sellers de Sergei Lukyanenko. Infiniment plus sobre et intéressant, Morse débarque en France en février. Cet admirable petit film suédois signé Tomas Alfredson mêle adroitement drame psychologique et fantastique à travers la connivence d’un jeune garçon solitaire et de sa petite voisine pâlichonne qui, entre autres talents singuliers, sait grimper aux façades d’immeuble. Bref, il était temps que la télévision se mette au diapason . La figure tutélaire de Buffy, héroïne des années 90 qui, comme toutes les jeunes filles pubères, a peur du sang, est désormais bien loin. Mais son cas est révélateur de la mécanique en place chez les auteurs. Dans tous les cas de figure, le retour du vampire relève du recyclage de vieilleries à une sauce moderne. L’astuce consiste souvent à prendre à contre-pied les codes qu’on pouvait penser immuables. Ici, les vampires ne craignent pas l’ail et ils sont sympas . Ailleurs, ils sont méchants comme des teignes, mais ne meurent pas quand on leur plante un pieu dans le cœur. On peut continuer longtemps, même si, de temps à autre, on atteint des sommets du n’importe quoi. Exemple baroque avec la série canadienne Blood Ties. Sa créatrice, Tanya Huff, a écrit en 2007 les aventures d’une jeune détective privée de Toronto qui, dans le cadre de ses enquêtes, reçoit l’aide providentielle d’un vampire de 480 ans nommé Henry Fitzroy. Il n’est autre que le fils bâtard du roi Henry VIII et il est en colère. Paru dans Libération du 22 décembre 2008
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