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mercredi 24 juin 2009 17:09

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Un petit pas pour l’ébriété

«Very Bad Trip», variation autour d’une cuite. 

par Bruno Icher

tag : comédie

DR

Very Bad Trip de Todd Phillips avec Bradley Cooper, Zach Galifianakis, Ed Helms, Heather Graham… 1 h 30.

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Very Bad Titres

Traductions étranges, clins d’oeils lourdingues, lifting opportunistes... les titres des films étrangers peuvent être bien charcutés pour leur sortie française.

Comme une comédie se nourrit principalement de surprises, il est peu indiqué, voire carrément cruel, d’en dévoiler les meilleurs morceaux. Very Bad Trip, comme de nombreuses comédies, doit composer avec cette ambivalence qui consiste à fournir du biscuit au chaland histoire d’attirer du monde à la caisse sans dévoiler la totalité de ses ressorts comiques. Or, le film de Todd Philipps ne réussit qu’à moitié l’exercice, abattant un peu trop vite ses atouts majeurs, que ce soit dans une bande-annonce frôlant la perfection ou dans une mise en place qui promet énormément – sans doute trop – pour finalement laisser sur sa faim. Peu à peu, le rythme s’essouffle, les gags mollissent, le mauvais esprit se dissout. Un peu comme le titre «français», Very Bad Trip – choisi pour sa parenté avec le féroce et ambigu Very Bad Things de Peter Berg qui, en 1999 déjà, plaisantait sur une virée apocalyptique de quatre potes à Las Vegas –, constitue un petit mensonge tant ce Hangover («gueule de bois») reste dans les sentiers balisés de la comédie de situation.

Cette promesse alléchante repose sur un mécanisme pas tout neuf, mais efficace. Après une nuit supposée brûlante dont le spectateur ignore tout, les gugusses se réveillent au petit matin avec une casquette en plomb fondu et un trou de mémoire du calibre de la faille de San Andreas. Quelques indices laissent entendre que les heures précédant leur coma éthylique furent flamboyantes : des centaines de gobelets vides, des sous-vêtements, un gallinacé dans le salon, un fauteuil qui achève de se consumer, un tigre dans la salle de bains…

Alors que chacun pourrait se contenter de l’aubaine de cet oubli opportun, la disparition du futur marié oblige les trois survivants à reconstituer, station par station, le chemin de croix de la veille pour retrouver leur camarade. Ce qu’ils découvrent (des flics sadiques, un truand chinois et gay, une pute au grand cœur, Mike Tyson, bref, le tout-venant à Las Vegas) les conduit à sauver de justesse les épousailles de leur ami, mais surtout à prendre la mesure de leur immaturité crasse et de leur honte à l’assumer.

Sans faire la fine bouche sur les trouvailles poilantes qui parsèment cette affaire, c’est tout de même, de manière assez agaçante, la partie la plus bâclée du film, qui tenait là une source inépuisable de gags savoureux. Comme par hasard, c’est le personnage incarné par Ed Helms, dentiste qui se réveille avec une incisive en moins, qui fournit la meilleure prestation du film en presque quadra tellement rangé des voitures qu’il s’est choisi pour compagne la pire des emmerdeuses. Dans le registre plus convenu du geek attardé, Zach Galifianakis s’octroie la palme des questions les plus navrantes («On doit vous poser souvent la question, mais le Caesars Palace était vraiment la maison de César ?»), tandis que le troisième larron, Bradley Cooper, s’en sort avec les honneurs dans le rôle du père de famille misogyne et cynique, qui se croit encore, comme à 17 ans, le meilleur des fêtards.

Dernière recommandation : ne pas quitter la salle avant de découvrir un générique de fin qui s’autorise, in extremis, l’avalanche obscène et rafraîchissante de cette nuit inoubliable.

Publié dans Libération du 24 juin 2009


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