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lundi 26 septembre 2011 12:37

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Un pixel dans la tombe

par Bruno Icher

DR

Et si, au lieu de se taper les rituels embouteillages de la Toussaint et l’acquisition d’un hideux et dispendieux pot de chrysanthèmes, chacun pouvait honorer la mémoire de son arrière-grand-mère depuis l’écran confortable de son ordinateur ? C’est probablement ce genre de réflexion qui a conduit une société de la Silicon Valley, I-Postmortem Limited, à se lancer dans le marché du réseau social funéraire. Il s’agit de vendre à des particuliers une I-Tomb, espace virtuel dans lequel les héritiers de la mémé en question peuvent agglomérer des contenus ayant trait à la défunte. Photos, enregistrements audio, films ou tout autre document démontrant à quel point elle était une sainte femme.

Dans cet espace, tous ceux qui souhaitent se recueillir peuvent, d’un clic, déposer un bouquet de fleurs (du moins un dessin de bouquet), faire brûler de l’encens ou allumer une ravissante petite bougie virtuelle qui scintillera pour l’éternité sans craindre le coup de vent sournois dont novembre est si coutumier.

Evidemment, ce cimetière virtuel mondial n’est pas gratuit. Le Père Lachaise non plus, si on va par là. Il en coûtera 50 dollars par an pour maintenir l’I-Tomb en activité, ce qui peut sembler cher compte tenu du faible coût du foncier sur la Toile. Mais le site, consultable en seize langues, réserve une belle surprise. Chaque visiteur peut vérifier si une personne décédée lui a laissé un message posthume. Comme le résume la plaquette publicitaire de l’I-Tomb, « recevoir des messages de l’au-delà : c’est enfin possible ».

Ce n’est pas la première initiative qui s’attaque à la question de la mémoire et des traces que chacun laisse sur la Toile avant de quitter ce triste monde. D’une manière nettement moins marchande, le collectif suisse etoy.corporation avait ainsi lancé un projet artistique en 2006, Mission Eternity, proposant justement d’encapsuler les fragments numériques des individus et de mettre en place des protocoles afin que ces informations continuent à traverser les siècles après la mort du sujet.

C’est peut-être ce qui a inspiré les ingénieux créateurs d’I-Postmortem, pour leur autre service : I-Mémorial. Le principe concerne cette fois les futurs morts. Il invite les clients potentiels à louer un coffre-fort virtuel dans lequel ils pourront entasser toutes les informations qu’ils jugent utiles à leur propre postérité. A la mort du client, trois proches devront confirmer l’acte de décès auprès de la société qui procédera alors à l’ouverture du coffre-fort. Ce service, plus sophistiqué, coûtera 120 dollars par an à ceux qui souhaitent laisser d’eux-mêmes une trace indélébile après leur trépas. Après tout, on n’est jamais mieux servi que par soi-même. Prudents, les créateurs du site précisent que le service ne remplace en aucun cas un testament en bonne et due forme chez un notaire.

Paru dans Libération samedi 24 septembre 2011.


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