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mercredi 26 août 2009 18:07

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«Un prophète», maison d’arrêt sur images

Le cinéaste a su s’entourer de conseillers pour préparer minutieusement son film. Témoignages de deux intervenants.

par Marwan Chahine

tag : prison

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« Un prophète » : Prison à vif

Plongée angoissante dans l’univers carcéral, avec « Un prophète » de Jacques Audiard.

Jacques Audiard : « Mon film parle de gens qu’on ne connaît pas »

En pleine promotion de son film, Jacques Audiard est plus nerveux que fatigué.

Fiction fiévreuse, Un prophète est aussi le résultat d’un intense travail de documentation sur le quotidien carcéral.

Erick Aouchar

conseiller technique et directeur du service insertion et de probation pénitentiaire (Spip)

«Lorsqu’un ami m’a proposé de travailler sur le projet, j’ignorais qu’il s’agissait d’un film de Jacques Audiard. J’avais déjà conseillé des réalisateurs, essentiellement pour des documentaires beaucoup plus confidentiels. J’ai présenté un topo à l’équipe du film afin de leur faire part de ma vision et de mon expérience de la prison. Dans ce domaine, assumer sa subjectivité est nécessaire. J’ai ensuite participé à la relecture des scénarios successifs afin d’apporter mon avis technique, mais aussi personnel sur la vraisemblance du film. Jacques Audiard a pris en compte certaines observations, notamment sur le fonctionnement interne des prisons ou le déroulement des fouilles, par exemple. Il a également choisi de prendre certaines distances car, malgré un souci de crédibilité et une rigueur impressionnante, le film n’en reste pas moins une fiction. L’organisation de la prison en clans - malfrats corses d’un côté, islamistes de l’autre - correspond, à mon sens, à une exagération de la réalité dans la mesure où les responsables pénitentiaires évitent autant que possible une telle concentration. Pour autant, on ne peut pas reprocher à Jacques Audiard de déformer le réel car son but n’est pas de reproduire à l’identique l’univers carcéral mais d’offrir un cadre crédible à sa fiction. C’est au spectateur de savoir distinguer fiction et réalité ! J’ai beaucoup apprécié l’absence de jugement moral et de manichéisme. Tous les protagonistes sont des êtres complexes, du détenu au surveillant. On sort de la mythologie du criminel par nature. Le film n’hésite d’ailleurs pas à aller à contre-courant de l’idée selon laquelle la prison n’est que l’école du crime. Rentré illettré, Malik, le personnage central, y apprend à lire et à écrire, rappelant que la prison peut aussi être une école tout court.»

Jean-Pierre

figurant sur le film, 68 ans, dont trente-huit en prison

«J’ai été contacté par Jean-Michel Correia, assistant réalisateur et conseiller technique de Jacques Audiard. Je n’avais jamais participé à un film auparavant. La grande majorité des figurants d’Un prophète sont d’anciens détenus, mais je suis un des seuls à avoir été incarcéré en centrale. Jacques Audiard souhaitait des gens qui connaissaient le milieu carcéral, même s’ils n’avaient pas un grand rôle, car l’attitude et la gestuelle sont spécifiques dans une prison. On ne nous a d’ailleurs pas demandé de jouer mais de prendre des poses naturelles. J’ai été étonné par l’ambiance particulièrement simple et cordiale sur le tournage. Lorsqu’ils ont appris que j’étais un ancien détenu, les acteurs et le réalisateur sont venus me parler. La vraisemblance des décors, réalisés par Michel Barthélemy, m’a particulièrement bluffé. La saleté des cellules reconstituées dans le film est plus proche de celle des maisons d’arrêt que de ce qu’on trouve en centrale. L’histoire de ce jeune amené à se battre pour se faire respecter est très représentative de ce qu’ont vécu et continuent à vivre beaucoup de détenus. La présence de clans très soudés que montre le film correspond également à ce que j’ai pu voir. Bien sûr, il n’y a pas de guerre ouverte entre les groupes, mais la tension est latente. En définitive, j’ai trouvé le film profondément réaliste au point que ce n’est presque plus du cinéma. S’il faut émettre une petite critique, je pourrais dire qu’en presque quarante ans de prison, j’ai rarement vu quelqu’un se faire tuer sans que les assassins ne soient attrapés.»


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