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jeudi 22 mai 2008 09:33

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Un site pour arrêter net la fumette

Dépendance. Le succès d’un programme allemand sur Internet intéresse les Français.

par Marie-Joëlle Gros

tags : site , santé

Photo Michael Zumstein. L’oeil public

« Quit the shit », ou comment « abandonner la fumette » grâce à un site web, aura-t-il bientôt sa version française  ? Sans être la panacée, ce programme d’accompagnement à l’arrêt du cannabis testé en Allemagne depuis 2004 séduit désormais la très sérieuse Association nationale des intervenants en toxicomanie (Anit). Au point que ces professionnels qui accueillent depuis de nombreuses années des usagers dans des structures publiques de soins (1) organisaient hier à Paris une rencontre avec les responsables du programme allemand. Objectif  : entendre d’autres façons de faire.

« Partout dans les pays occidentaux, la consommation de cannabis par un public jeune pose un problème de société », souligne Baptiste Cohen, directeur du groupement d’intérêt public Drogues, alcool, tabac info service (Datis). Pour ces intervenants, la situation peut se résumer ainsi  : « En diversifiant l’offre de soins, on peut permettre à chacun, en fonction de son parcours, de trouver la solution qui lui conviendra le mieux. » D’où l’idée d’assaisonner – peut-être – « Quit the shit » à la française. La force de ce programme, c’est de toucher à 80 % des usagers qui ne se sont jamais adressés auparavant à une structure de soins. C’est souvent ce qui fait l’attrait d’Internet  : un accès à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, anonyme et gratuit. Moyenne d’âge, entre 20 et 25 ans. Pas des adolescents donc, ce qui n’a rien de surprenant quand on sait qu’un fumeur de joints ne songe à s’arrêter qu’au bout de cinq à huit années d’une consommation régulière.

Sur le site www.drugcom.de, la page « Quit the shit » invite donc à suivre ce programme en cinquante jours (sept semaines). Première étape  : évaluer sa propre consommation, et donc son degré de dépendance. Sur les 1 300 usagers actuellement inscrits, 90 % souffrent d’une dépendance problématique. Deuxième étape  : tenir un journal en ligne, en répondant à une série de questions  : « As-tu fumé aujourd’hui ? » Si oui, « combien de grammes, et dans quel contexte  ? » Si non, « comment t’en es-tu passé, et pour quelle raison [pas envie, plus de stock, pas d’argent, etc.]  ? » Puis l’usager note la qualité de sa journée  : bonne ou mauvaise. Derrière l’écran, des psychothérapeutes formés au tchat. Pour autant, ce programme n’a rien d’une prise en charge psy  : en cinquante jours, chaque usager passe au maximum quatre heures et demie à discuter en ligne avec un thérapeute.

Peter Tossman, directeur de « Quit the shit », défend ses résultats  : 25 % des inscrits vont jusqu’au bout et se débarrassent de cette dépendance (le programme comprend un suivi tous les trois mois). 25 % sont orientés vers une structure de soutien psychologique plus classique. Et 50 % abandonnent en cours de route –  ce qui est courant en toxicomanie. Pas une formule magique, donc. C’est « un outil de plus, complémentaire », avance Jean-Pierre Couteron, président de l’Anit. L’idée serait donc d’élargir la panoplie antidépendance quand on a plutôt tendance en France à s’en remettre à ­­de vraies prises en charge par ­­des psys.

(1) En accord avec la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt).


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