jeudi 4 février 2010 09:35
Un style Net et un précis
par Marie Lechner
tags : livre , culture Internet
Digital Folklore, to Computer Users, With Love and Respect
Ed. Merz&Solitude
Digital Folklore explore les artefacts de cette culture amateur et ses multiples déclinaisons. En voici quelques exemples. « Sur Internet, personne ne sait que vous êtes un chien », selon l’adage en vogue au début du Web. « Mais tout le monde sait à quoi ressemble votre chat », complète Judy Heim, dans son livre Internet for Cat. « Le Web 1.0 a été inventé pour permettre aux physiciens de partager leurs articles de recherche. Le Web 2.0 a été créé pour permettre aux gens de partager leurs images de chats mignons », confirme le blogueur Ethan Zuckerman. Les chats sont sans conteste les superstars du Web, son espèce la plus prolifique. On remercie donc Helene Dams pour cette étude éthologique du phénomène LOL Cats. Les LOL (Laughing Out Loud en anglais, équivalent du MDR, mort de rire, français) Cats sont des images drôles de chats mignons assorties d’une légende rédigée en général dans un anglais écorché, le kitty pidgin (dialecte de chat). Ces images annotées circulent à toute vitesse via les sites de partage d’images et les forums, déclinées à l’infini, amendées, manipulées, revisitées. Il est d’usage de les poster le samedi, dit caturday (ou « chamedi » en français). Apparus dès le début du Net, c’est le chat joufflu Happycat et son célèbre « I can has cheezburger ? » qui aurait propulsé les LOL Cats sous les projecteurs en 2007. Depuis, l’espèce a dégénéré, enfantant un nombre infini de mutants (ceiling cat, longcat, Ascii cats, bonsaï kitten), une généalogie enfin disponible sur cet indispensable poster fourni avec le livre.
Dans un article intitulé « A Vernacular Web », Olia Lialina s’applique à étudier le Web primitif, ou « barbare » et tout ce qui est devenu sujet de moquerie à la fin du XXe siècle, lorsque les webdesigners professionnels ont débarqué : les panneaux « en construction », les boutons 3D, les fichiers Midi qui s’enclenchaient en fond sonore permanent, les ascenseurs, les collections de GIF animés, ou les conviviaux « Bienvenue sur ma homepage ». L’un des éléments de cette époque héroïque était le fond d’écran de l’espace, également connu sous le nom de starry night (nuit étoilée). Toile de fond qui traduisait alors l’espoir engendré par ce nouveau médium. « Internet était le futur, il nous propulsait dans de nouvelles dimensions. Ces papiers peints de l’espace donnaient alors un look spécial au Net, c’était à l’évidence un endroit avec une mission que d’autres médias ne pourraient jamais accomplir », écrit Olia Lialina. Les nuits étoilées ont quasi disparu et le futur avec elles… remplacé par les paillettes figées, ou « glitter », en vogue sur les blogs d’ados. Quand les gens parlent des ordinateurs, ils recourent souvent aux métaphores. Par exemple, pour détruire un fichier, on le jette à la poubelle. D’après Dragan Espenschied, ces idiomes sont souvent erronés et promeuvent une vision conservatrice qui ignore les propriétés de l’ordinateur. « Les ordinateurs sont expliqués à l’aide d’analogies avec les voitures, les réseaux avec des autoroutes, les moteurs de recherche avec le cerveau humain, le mail avec la poste. » Il propose d’inverser le processus, en utilisant des métaphores de l’ordinateur pour évoquer le monde réel. Exemple : « J’ai défraggé toute la matinée » pour prétendre travailler, ou : « Lis mon blog ! » pour couper court à une conversation.
C’est un sujet qui fâche. Lorsque les graphistes ont migré du papier sur le Web dans les années 90, écrit Dragan Espenschied, ils ont dû faire face à cette sinistre réalité. Leurs polices de caractère favorites ne pourraient plus être utilisées. Les seules compatibles étaient Arial, Comic Sans MS ou Times New Roman. L’horreur pour les esthètes des caractères ! Quinze ans plus tard, la situation n’a guère changé et, chaque année, les communautés du design remettent la question sur le tapis : quand sera-t-il possible d’utiliser de vraies typographies professionnelles sur le Web ? Le Comic Sans a été créé en 1994 et imite la lettre écrite à la main qu’on trouve dans les comics. Son apparence gauche et informelle en a fait une icône de la culture populaire. Les profanes aiment le « Comic Sans » presque autant que les graphistes professionnels le détestent, allant jusqu’à initier de virulentes campagnes pour réclamer son éradication. Paru dans Libération du 3 février 2010LOL Cats
Glitter, GIF et Midi
Computer Idioms
Comic Sans
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