jeudi 27 janvier 2011 09:16
Un tube français à la poursuite de YouTube
tags : vidéo , justice , Dailymotion
Un court métrage promotionnel, une websérie comique, des résumés d’événements sportifs, un documentaire de cinquante-deux minutes sur Arte : voilà quelques-unes des « vidéos stars » mises en avant sur la page d’accueil de Dailymotion hier. Entre les coups de pouce aux jeunes créateurs et le rattrapage de la télé de papa, beaucoup de chemin a été parcouru depuis la création du site en mars 2005, pile un mois après YouTube. L’éternel rival américain, propriété de Google, reste d’ailleurs loin devant Dailymotion en terme d’audience avec ses deux milliards de vidéos vues quotidiennement qui en font le troisième site web le plus visité au monde. Reste qu’avec ses 92 millions de visiteurs, le frenchy Dailymotion, créé par Benjamin Bejbaum et Olivier Poitrey, s’affiche au 32e rang. Pas mal pour une boîte de 120 salariés basée à Paris — les locaux de la start-up sont situés dans le XVIIIe arrondissement. Comme YouTube en son temps, Dailymotion voit le jour avec les promesses du contenu généré par les utilisateurs (UGC). De nobles intentions qui transparaissaient dans les propos de Benjamin Bejbaum recueillis par Libération en 2006 : « Ce que je voudrais, c’est pouvoir distribuer des appareils photo numériques à des créatifs partout dans le monde. Je veux que l’Africain aille filmer son truc ; que le Brésilien, qui le voit, réagisse et filme lui aussi sa vie ; que le Londonien se dise : "Tiens, ça me fait penser à ça." » Bejbaum est désormais simple membre du conseil d’administration de l’entreprise après avoir quitté toute fonction opérationnelle, tandis que Poitrey, chargé de l’innovation, planche notamment sur les applications mobiles du site. Quatre ans plus tard, le genre de dialogues interutilisateur ambiance « tout le monde il est beau », souhaité par son cofondateur, est loin d’être le gagne-pain du site, gratuit donc dépendant de la publicité. « Pour attirer les annonceurs, il faut du contenu de qualité, ce n’est pas un secret », déclare aujourd’hui Giuseppe de Martino, directeur juridique du site. Et d’ajouter : « Il a fallu montrer aux ayants droit qu’on pouvait être des relais de distribution sérieux, à grand renfort de pédagogie, mais ça n’a pas été évident. » C’est le moins que l’on puisse dire : en près de six ans d’existence, le site a été attaqué à une quinzaine de reprises, notamment par un TF1 pas très jouasse de voir ses émissions publiées sur Dailymotion. La première chaîne dispose, il est vrai, de sa propre plateforme concurrente Wat.tv, et le rapprochement avec Orange ne semble pas avoir calmé ses ardeurs. « On a un peu de mal à comprendre pourquoi TF1 s’entête dans cette posture pas très productive », déclarait hier Cédric Tournay, PDG de Dailymotion, à la conférence de presse officialisant le rapprochement avec Orange. Le nerf de la guerre tient à un statut juridique : celui d’hébergeur, chèrement défendu par le site, par opposition à celui d’éditeur. La différence est fondamentale, l’éditeur étant responsable a priori des contenus publiés sur son site (obligation de valider toutes les vidéos postées, une tâche impossible), tandis que l’hébergeur n’est responsable qu’a posteriori. La Cour de cassation devrait très prochainement rendre une décision favorable au site dans l’affaire qui l’oppose à la société de production Nord Ouest ; une procédure débutée en 2007 suite à la mise en ligne du film Joyeux Noël, produit par Nord Ouest, sur la plateforme. Depuis plusieurs années, les relations avec les ayants droit se sont pourtant détendues. Bien que plutôt symbolique, la signature en 2007 des UGC Principles, charte adoptée par cinq majors (dont Disney et Universal) et divers sites d’hébergements de vidéo (dont Myspace), a été saluée. Elle pose les bases du partage légal de vidéo en ligne. « Le regard a changé à ce moment-là en France, les professionnels se sont dit que si Hollywood nous faisait confiance, ils avaient sans doute intérêt à nous considérer autrement », poursuit le directeur juridique de la start-up. Suivront ensuite la mise en place d’un système développé par l’INA pour signaler et filtrer les contenus protégés par le droit d’auteur, la signature d’accords avec l’ensemble des sociétés d’auteurs françaises, des partenariats divers avec certains diffuseurs… Contrairement au concurrent YouTube, qui mettra plus de temps à signer de semblables accords, Dailymotion se caractérise également par sa page d’accueil évoquée plus tôt, réservée à quelque 8 000 partenaires officiels (des comptes de médias, de partis politiques, de labels…), et 35 000 « Motionmakers », ces vidéastes bénéficiant d’avantages pour exposer leurs créations (meilleure qualité d’encodage, durée permise allongée, etc.). Il n’est plus rare de voir l’appellation « vue en homepage » brandie comme une caractéristique élogieuse pour vanter une vidéo, comme autrefois « vu à la télé ». En proposant il y a quelques semaines ses vœux de bonne année sur la plateforme vidéo parallèlement à la bonne vieille retransmission sur les principales chaînes, une première en France, Nicolas Sarkozy — et ses conseillers en communication — ne s’y sont pas trompés. Paru dans Libération du 26 janvier 2011
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