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jeudi 10 juin 2010 11:46

  • cinéma

Une belle Partie de « mains en l’air »

par Gilles Renault

DR

Les Mains en l’air de Romain Goupil
avec Valeria Bruni-Tedeschi, Linda Doudaeva, Jules Ritmanic…
1 h 30.

On ne va pas le nier : dans les Mains en l’air, il y a d’abord quelque chose d’éminemment revigorant et salutaire à voir l’actuelle belle-sœur de Sarkozy emplafonner la politique gouvernementale française en entrant en résistance à travers un rôle de maman qui décide d’héberger une fillette tchétchène menacée d’expulsion avec sa famille. On lui objecte la bonne conscience qu’elle chercherait à se donner, et Valeria Bruni-Tedeschi rétorque : « Je demande juste qu’on respecte le droit et la justice. » Certes, il s’agit là d’un rôle de composition, mais sa plaidoirie pour la dignité et l’insubordination mérite de ne pas passer inaperçue. Ça tombe bien : construit sur une trame Club des cinq où des marmots jouent à cache-cache avec les autorités pour sauver leur copine, les Mains… entend faire école — buissonnière.

Cinéaste engagé s’il en est (Mourir à 30 ans, À mort, la mort !), Romain Goupil a choisi le ton volontiers espiègle d’une comédie animée par des enfants — mention pour la mini Louna Klanit, débordante de naturel — pour aborder un sujet d’actualité truffé de références avérées (une femme asiatique qui se tue accidentellement alors que les policiers venaient l’arrêter, la citation du nom de Daniel Vaillant, le maire du XVIIIe arrondissement de Paris). Cette approche explicite ne fait bien sûr que renforcer la virulence d’un propos où la crainte d’être repéré par des gendarmes, dans la rue ou à la campagne, renvoie explicitement aux affres de l’Occupation ; et où l’on constate, sans ambiguïté possible, que derrière chaque statistique se cache une trajectoire individuelle qui mérite en général plus la solidarité et la compassion que l’intransigeance procédurière.

Ancré dans le présent, les Mains en l’air repose toutefois sur une pirouette qui situe le début et la fin de l’action en 2067. Où le personnage central dit : « Je ne me souviens plus qui était président de la République en 2009. »

Paru dans Libération du 9 juin 2010

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