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mardi 9 février 2010 09:28

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Une bonne rasade de disquette

par Marie Lechner

tag : hacktivisme

Floppy Trip invite à transformer la disquette en boisson psychotrope. Photo DR

La clé USB et, avant elle, le CD-Rom ont fini par avoir sa peau. La disquette avait révolutionné le stockage et le transport des données dans les années 70, avant de disparaître à la fin de la décennie 90, victime de ses capacités dérisoires (moins de trois mégas pour les plus sophistiquées) et de l’iMac, premier ordinateur personnel dépourvu de lecteur.

Exit, le petit disque magnétique souple (floppy disk en anglais) logé dans un mince boîtier de plastique noir. C’est pourtant cette relique qu’a choisie Florian Cramer, théoricien et artiste comme support de ses Floppy films. Il a commencé par faire de courtes vidéos compatibles avec les capacités limitées du médium lo-fi, comme cette version cut-up du Festin nu de Cronenberg. Puis il a sorti les films nominés aux oscars 2009 sous forme de fichiers de 1,44 Mo, les écrasant pour les faire tenir dans une disquette standard. Slumdog Millionaire, Milk, ou encore Benjamin Button, films de plus de deux heures, sont réduits à leur plus simple expression, celle d’un gif animé totalement abstrait fait de variations de couleurs. « Cette interprétation permet de rendre visible la couleur dominante du film. Pour Slumdog, la dominance de rouge, jaune, brun, une couleur ’curry’, révèle la touche exotique du film. Milk utilise un pastel - laiteux -, tandis que les couleurs sépia prédominent dans The Reader qui se déroule dans un décor des années 40-50. Enfin, la combinaison de vert olive et de violet donne le ton white trash de The Wrestler. Etant donné que tout a l’air assez prévisible, je n’ai pas pris la peine de regarder des versions en plus haute résolution de ces films », écrit ironiquement Cramer, dans la liste de diffusion Nettime.

Face à l’obsolescence planifiée et à l’update permanent, réactiver ces médias morts tient quasi du geste politique. « Les disques durs vieillissent, les claviers perdent leurs touches, les modems tombent en panne, les VHS n’ont plus de lecteurs, les câbles de prises et les écrans tombent en miettes », constate le collectif italien Iocose. Plutôt que de laisser les disquettes pourrir dans de vieux cartons, les hacktivistes se demandent « comment exploiter leur potentiel, leurs qualités cachées et propriétés inconnues ». La solution : recycler ! Et d’une manière plutôt inédite. Avec Floppy Trip, Iocose suggère d’exploiter les propriétés psychotropes de la disquette. « Cette nouvelle drogue devrait satisfaire tout le monde, des plus jeunes qui n’ont jamais vu une disquette de leur vie aux nerds vieillissants nostalgiques du design des années 80. » La recette est des plus simples : extraire délicatement le disque du boîtier, le faire cuire à l’eau bouillante jusqu’à obtention d’un liquide bien noir. Filtrer, rajouter une rasade de gin et deux cuillerées de sucre de canne. Consommer chaud. « Floppy Trip est facile à préparer, bon marché et le plus important, FloppyTrip est légal », disent les auteurs. A vos risques et périls.

Paru dans Libération du 6 février 2010


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