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mercredi 12 novembre 2008 14:16

  • cinéma

«Une conséquence du nazisme»

par Nathalie Versieux

tags : politique , interview , Allemagne

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Eichinger manque Baader

RAF. Le producteur allemand s’attaque à un sujet pour lequel il n’a pas forcément les épaules.

Martin Jander, historien dans la Dépendance berlinoise de l’Université de New York, a notamment collaboré à l’ouvrage RAF et terrorisme de gauche de Wolfgang Kraushaar.

On présente souvent la RAF comme un “dérapage” du mouvement de libération de la fin des années 60... C’est la théorie que semble reprendre Eichinger...
Je suis un grand fan d’un livre contesté en Allemagne et publié en 1978 par la Britannique Julian Becker, Hitler’s Children... Elle estime que la RAF est une conséquence du nazisme, du fait que nombre de jeunes de cette génération n’ont pas supporté l’idée d’être enfants de bourreaux. Au final, ils reproduisent le même schéma... Si on relit le manifeste de la fondation du groupe Baader-Meinhof on est frappé par l’antiaméricanisme, l’antisionisme, voire l’antisémitisme du texte... Bien sûr, les anciens membres du groupe contestent violement cette théorie...

Le film n’explique pas vraiment pourquoi ni comment les principaux protagonistes sont entrés dans la violence
Ulrike Meinhof est une intellectuelle, certainement lassée de commenter ce qui la révolte: la guerre du Vietnam, le soutien de la République Fédérale aux Etats-Unis... Elle veut enfin agir, plutôt qu’écrire... Même chose pour Horst Mahler, l’avocat de Baader [aujourd’hui dignitaire de l’extrême droite allemande, ndlr] sans qui la RAF ne serait sans doute pas née. C’est lui qui va retrouver Ensslin et Baader en cavale en Italie pour leur proposer son projet d’un groupe armé. Mahler comme Meinhof sont fascinés par Baader, qui n’est rien d’autre qu’un petit criminel, parce qu’il est «capable de voler une voiture sans avoir mauvaise conscience», comme le dira Mahler. Cela semble banal, mais je crois que ça a été aussi banal que ça. Baader prend un peu de poids, sur le plan intellectuel, avec son séjour en prison. Il a lu un nombre incroyable de livres pendant cette période. Quant à Gudrun Ensslin, fille de pasteur très rigide, la lutte armée a été pour elle la conséquence d’une crise existentielle. Elle a tout laissé derrière elle, jusqu’à son fils, pour la cause. Elle deviendra un peu la propagandiste de la bande. C’est elle qui va propager la théorie de la «lutte armée en Europe» et de la «guérilla urbaine» de la RAF, le mythe de «la République Fédérale, pays fasciste».

Les conditions de détention des membres de la RAF ont donné lieu à un vaste mouvement de protestation.
Il y a eu un véritable débat à ce sujet, largement orchestré par les avocats des détenus. Jean-Paul Sartre s’est même rendu à Stammheim, en signe de protestation, pour rencontrer Baader en prison... Et les critiques ont certainement conduit à une amélioration des conditions de détention. Au début, les prisonniers étaient isolés dans des cellules éclairées nuit et jour, nourris de force en cas de grève de la faim, comme Holger Meinz, privés de soins médicaux... Sur les conditions de détention de ces premières années, on peut vraiment parler de torture. Mais les conditions de détention sont assez vite devenues plus «humaines».

La Fraction armée rouge a fasciné un temps la gauche allemande, ce que le film montre peu... Quand l’opinion a-t-elle rompu avec la Bande à Baader?
A gauche, on n’osait pas trop critiquer la RAF, aux débuts du mouvement. Je crois que c’était un peu ce complexe du «eux au moins ils agissent, nous on ne fait rien...» C’est un point important. Le cercle de ceux qui ont un jour soutenu la RAF est beaucoup plus large que ce que les soixante-huitards veulent bien avouer aujourd’hui. La vraie césure avec l’opinion publique remonte à mai 1972, avec tous ces morts... Peu après, la plupart des protagonistes de la première génération ont été arrêtés. Et contrairement à ce qu’on montre dans le film, leur arrestation n’est pas le fruit d’une brillante opération de la police, mais d’une trahison. Ils ont été trahis par ceux qui les avaient jusqu’alors cachés, ceux qui pendant des années avaient permis la cavale du groupe en acceptant de cacher Baader lorsqu’il sonnait à l’improviste pour passer la nuit quelque part.

Paru dans Libération du 12 novembre 2008


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