Ecrans, un site de Libération.fr

Dixit

Je rejette le terme “piratage”. Ce sont des gens qui écoutent de la musique et la partagent avec d’autres personnes.

Steve Albini, pilier du rock indépendant américain depuis 1982

  • Home
  • Internet
  • Télévision
  • Cinéma
  • Dvd
  • Jeux
  • Téléphone
  • Forums
  • Rss

lundi 18 mai 2009 16:25

  • cinéma

Une envie de faire hippie

« Taking Woodstock » revient sur les origines rurales du festival.

par Bruno Icher

tag : Cannes 2009

Sélection officielle.
Taking Woodstock d’Ang Lee
Avec Demetri Martin, Emile Hirsch… 2 heures.
Sortie française le 9 septembre.

Dans sa conférence de presse, Ang Lee a décrit son film comme une « comédie sans cynisme ». Le cinéaste taïwanais voulait sans doute dire que son film ne s’aventure jamais sur les rives un peu marécageuses de la moquerie entourant habituellement les hippies. En cela, il dit vrai. Son parti pris est de raconter l’incroyable épopée du plus grand festival de rock de l’histoire à travers un candide dont la maladresse et un brin d’inconscience rendent tout cela possible. C’est le nerf de cette comédie, c’est drôle et cela tient tout le film.

En revanche, Ang Lee n’a pas renoncé à glisser d’explicites piques sur un mouvement qui, à la veille de son apogée, était déjà la proie d’un système mercantile parfaitement au point qui allait précipiter son effondrement. Ainsi, quand les organisateurs du concert débarquent pour la première fois sur le futur site du festival, ils sont bien attifés en pattes d’eph’ et gilets en cuir, mais ils sont accompagnés d’une noria d’avocats et de financiers en costards sombres. Ce n’est pas un détail. Wood­stock est et restera à tout jamais le miraculeux moment où la crème de la musique ­contestataire américaine rencontre près de 500 000 jeunes gens pour « trois jours de paix et de musique » sans qu’aucun incident n’en vienne rompre le charme. Mais il annonce en même temps le début d’une méchante descente.

Quatre mois plus tard, le festival d’Altamont, qui devait être l’équivalent de Woodstock sur la côte Ouest, s’achèvera en multiples bagarres et avec la mort d’un jeune homme poignardé par le service d’ordre des Hell’s Angels, après avoir brandi une arme pendant la prestation des Stones. L’épisode, visible dans Gimme Shelter (documentaire de 1970), a sonné le glas des espoirs d’une génération.

Quand le film démarre, nous n’en sommes pas là. Ang Lee s’intéresse à Woodstock par le petit bout de la lorgnette, à savoir une petite famille fauchée des Catskills, région rurale à 150 kilomètres de New York, qui vivote en exploitant un motel délabré où personne ne vient. C’est le fils de la famille, Elliott (Demetri Martin), coincé dans ce trou perdu parce qu’il ne veut pas abandonner ses parents, qui, sans comprendre ce qu’il fait, déclenche la fiesta. En tant que président de l’importante chambre de commerce locale (forte de huit membres), il propose aux organisateurs d’accueillir le festival qui vient d’essuyer un refus du patelin où il devait originellement se tenir (Wallkill). C’est le coup d’envoi du grand chambardement où tout devient possible  : le père qui fait un coup de jeunisme, la mère (Imelda Staunton en juive névrosée, une trouvaille), le fils qui enfin, roule une pelle à un beau garçon de passage.

La grande intelligence du film consiste à rester soigneusement à la lisière de l’événement, dans le cocon poussiéreux de cette famille. Ang Lee ne montre jamais la marée humaine autour de la scène, sauf une fois, mais à travers les yeux du personnage principal gravement sous acide. Plus malin encore, il a tourné des séquences à la Woodstock, le documentaire de Michael Wadleigh qui fit le bonheur du Dejazet et des séances de minuit des salles art et essai, en y éparpillant ses personnages. Ils y sont et, du coup, on y est aussi un petit peu.

Paru dans Libération du 18 mai 2009


Il y a 1 réaction à cet article.

Lire les réactions.
Réagir à cet article.

Partager cet article

Partager Tweet


Twitter Ecrans Facebook Ecrans

Sur les mêmes thèmes:

Cannes 2009 - L’enfance du mal

article précédent
Pris homo
article suivant
Dallas dans les ordinateurs


 

Loading

Outils

  • imprimer
  • écrire à Bruno Icher
  • réactions (1)
  • Tweet
  • Partager

Actualit

  • Ça déchire
  • « Entre le 15 mai et le 15 décembre 2011, aucun film français n’a été téléchargé sur le Web »
  • Législatives : les boulettes du vote par Internet
  • Lekiosque.fr se presse à l’étranger
  • Pierre Lescure, des intérêts en question

Lib.fr

  • En direct - Visite surprise de Hollande en Afghanistan
  • Pour Chérèque, mieux vaut aider tous les salaires que hausser le Smic
  • Géménos : Montebourg à la rencontre des Fralib
  • Egypte : les Frères musulmans se disent en tête au premier tour
  • Ceux qui divisent seront responsables en cas de défaite, prévient Dati
publicité

C’est joli, on aime

img75
Ça déchire

Une feuille de papier, une photocopieuse, des milliards de possibilités.


Chronophage

Wake up the Box 4

On ne se contente plus d’assembler les pièces de bois à notre disposition pour construire une machine à réveiller la boîte. Il faut désormais les dessiner soi-même.


Inutile donc inutile

img75
Un coup de Moog

Jouer du Daft Punk avec le doodle Moog de Google ? Yes he can.


Ecouter / Voir

img75
Un clip dans ses petits papiers

« Østersøen » fera moins consensus sur son style musical que ses charmants décors en papier et carton.


Hum, bizarre...

img75
Dans le secret des lieux

L’un des gouvernements les plus zélés sur Google Earth est celui des Pays-Bas, qui a recouvert d’esthétiques polygones des centaines de sites stratégiques (palais royaux, dépôts de fuel, bases militaires...)


Vidéo box

img75
Meilleurs souvenirs du net

Marco Cadioli se livre à des dérives existentielles autour du globe avec Google Earth.




accueil | internet | télévision | cinéma | DVD | jeux | téléphone
contacts | licence | mentions légales | données personnelles | charte d’édition
engine SPIP | powered by carburant
© Libération- un site de Libération Network - 2006 - 2008