lundi 18 mai 2009 16:25
Une envie de faire hippie
« Taking Woodstock » revient sur les origines rurales du festival.
par Bruno Icher
tag : Cannes 2009
Sélection officielle.
Dans sa conférence de presse, Ang Lee a décrit son film comme une « comédie sans cynisme ». Le cinéaste taïwanais voulait sans doute dire que son film ne s’aventure jamais sur les rives un peu marécageuses de la moquerie entourant habituellement les hippies. En cela, il dit vrai. Son parti pris est de raconter l’incroyable épopée du plus grand festival de rock de l’histoire à travers un candide dont la maladresse et un brin d’inconscience rendent tout cela possible. C’est le nerf de cette comédie, c’est drôle et cela tient tout le film. En revanche, Ang Lee n’a pas renoncé à glisser d’explicites piques sur un mouvement qui, à la veille de son apogée, était déjà la proie d’un système mercantile parfaitement au point qui allait précipiter son effondrement. Ainsi, quand les organisateurs du concert débarquent pour la première fois sur le futur site du festival, ils sont bien attifés en pattes d’eph’ et gilets en cuir, mais ils sont accompagnés d’une noria d’avocats et de financiers en costards sombres. Ce n’est pas un détail. Woodstock est et restera à tout jamais le miraculeux moment où la crème de la musique contestataire américaine rencontre près de 500 000 jeunes gens pour « trois jours de paix et de musique » sans qu’aucun incident n’en vienne rompre le charme. Mais il annonce en même temps le début d’une méchante descente. Quatre mois plus tard, le festival d’Altamont, qui devait être l’équivalent de Woodstock sur la côte Ouest, s’achèvera en multiples bagarres et avec la mort d’un jeune homme poignardé par le service d’ordre des Hell’s Angels, après avoir brandi une arme pendant la prestation des Stones. L’épisode, visible dans Gimme Shelter (documentaire de 1970), a sonné le glas des espoirs d’une génération. Quand le film démarre, nous n’en sommes pas là. Ang Lee s’intéresse à Woodstock par le petit bout de la lorgnette, à savoir une petite famille fauchée des Catskills, région rurale à 150 kilomètres de New York, qui vivote en exploitant un motel délabré où personne ne vient. C’est le fils de la famille, Elliott (Demetri Martin), coincé dans ce trou perdu parce qu’il ne veut pas abandonner ses parents, qui, sans comprendre ce qu’il fait, déclenche la fiesta. En tant que président de l’importante chambre de commerce locale (forte de huit membres), il propose aux organisateurs d’accueillir le festival qui vient d’essuyer un refus du patelin où il devait originellement se tenir (Wallkill). C’est le coup d’envoi du grand chambardement où tout devient possible : le père qui fait un coup de jeunisme, la mère (Imelda Staunton en juive névrosée, une trouvaille), le fils qui enfin, roule une pelle à un beau garçon de passage. La grande intelligence du film consiste à rester soigneusement à la lisière de l’événement, dans le cocon poussiéreux de cette famille. Ang Lee ne montre jamais la marée humaine autour de la scène, sauf une fois, mais à travers les yeux du personnage principal gravement sous acide. Plus malin encore, il a tourné des séquences à la Woodstock, le documentaire de Michael Wadleigh qui fit le bonheur du Dejazet et des séances de minuit des salles art et essai, en y éparpillant ses personnages. Ils y sont et, du coup, on y est aussi un petit peu. Paru dans Libération du 18 mai 2009
Taking Woodstock d’Ang Lee
Avec Demetri Martin, Emile Hirsch… 2 heures.
Sortie française le 9 septembre.
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