lundi 17 novembre 2008 12:45
«Une expertise apolitique»
Entretien avec Stéphane Mahon de i&e Décision
par Véronique Soulé
tag : politique
Stéphane Mahon dirige la société i&e Décision qui, depuis deux ans, assure la «veille de l’opinion» pour les ministères de l’Education et de l’Enseignement supérieur. Il explique à Libération le sens de son travail et dément toute connotation policière. En quoi consiste cette «veille»?
Sur un sujet comme l’éducation, il y a énormément de choses, plus ou moins intéressantes. La France détient en outre un nombre record de blogueurs. Mais il y aussi les forums, les sites d’informations, spécialisés, syndicaux, des grands médias, qui expriment des idées. Lorsqu’on veut prendre le pouls de l’opinion, c’est important d’y aller voir. C’est une forme d’attention à l’expression publique. Concrètement comment faites-vous?
En aucun cas nous ne disposons d’outils d’identification des personnes. Les blogueurs, dont beaucoup emploient des pseudonymes, ne nous intéressent pas en tant que tels. Nous cherchons plutôt les éditorialistes, les leaders d’opinion. J’insiste : nous revendiquons un socle déontologique très fort. Nous menons une activité d’expertise en langage et en sciences humaines totalement apolitique. Nous livrons des analyses de l’opinion de façon photographique. Tous les ministères sont équipés de ce type d’outils. Mais l’éducation est sans doute le thème qui mobilise le plus. J’ai travaillé pour le ministère de la Justice où il y a aussi des tensions. Pourtant c’est un thème moins débattu sur le Net. Sur combien de sources travaillez-vous?
Vous comprenez que des termes comme «repérer les lanceurs d’alerte» puissent choquer?
La clé du problème est l’opinion, savoir où elle en est à un moment donné, sur un sujet. L’Internet est un concentré du pire et du meilleur, de choses pathétiques et extrêmement puissantes.
Ma société existe depuis quinze ans. A l’époque, je découpais des articles de journaux papier. Aujourd’hui avec le Net, on doit prendre en compte une infinité de sources qui ne sont pas toutes pertinentes. Notre travail est de distinguer ce qui ressort du bruit et ce qui fait sens. Nous faisons donc une analyse du discours Internet.
Nous sommes quatre chargés d’études, sociologues, sémiologues, communicants, tous connaisseurs de ces sujets. On retient un certain nombre de thèmes –la réforme du lycée, celle des programmes du primaire, etc.– qui orientent notre recherche. Chaque semaine, on remet des rapports d’études de quatre pages. On y indique les lignes de force dans l’opinion, on décrit la situation à partir des analyses de textes, puis notre vision de l’évolution.
Sur six cents en permanence, avec une qualité extrêmement diverse sur le Net. En fait, on prend en compte l’ensemble des médias, en ligne ou traditionnels. Car il n’y a pas de sphère étanche. Les médias nationaux font un article qui, mis en ligne, est ouvert à la discussion.
Je ne vais pas dire «Il y a là un lanceur d’alerte» au cabinet de Darcos. C’est un terme sociologique qui, sorti de son contexte, a pris une connotation policière très négative. En fait le «lanceur d’alerte» est celui qui en avançant un nouvel argument va faire évoluer l’opinion. En fait c’est un leader d’opinion.
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