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jeudi 28 avril 2011 15:30

  • cinéma

Une idée derrière latex

par Bruno Icher

tags : sexe , gore

L’incroyable Carrie Ng - Photo La Fabrique 2

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«Faire un cinéma de références sans tomber dans le pastiche»

Interview Julien Carbon et Laurent Courtiaud, réalisateurs des «Nuits…».

Les Nuits rouges du bourreau de Jade, de Julien Carbon et Laurent Courtiaud avec Carrie Ng, Frédérique Bel… 1 h 38.

Avec son titre qui rappelle les riches heures des cinémas des Grands Boulevards, les Nuits rouges du bourreau de jade forment un territoire familier - énième tentative de résurrection d’un cinéma de genre - mais, pour une fois, lesté d’agréables surprises. Le film est avant tout une généreuse collection de fantasmes, de pellicule ou simplement sexuels, dans laquelle les femmes sont fatales et référencées au panthéon des légendes de l’écran tandis que les hommes en sont réduits au statut de brutes qu’il s’agit de contourner, à coups de flingues s’il le faut.

 

Outre l’histoire alambiquée pour pas grand-chose, c’est surtout la jubilation de Carbon et Courtiaud à mettre en scène les cruelles performances de la belle Carrie Ng qui constitue le charme le plus contagieux du film. Et ce dès la scène inaugurale, où une pauvre fille passe un sale quart d’heure dans une machine infernale qui la transforme en statue de latex avant que Carrie ne s’occupe de son cas. A l’évidence, les deux cinéastes aiment éperdument cette folle sadique dont l’imagination et la dextérité à manier des griffes de métal feraient passer Jack l’éventreur pour un charcutier humaniste.

Photo La Fabrique 2

Elle campe une richissime excentrique de Hongkong qui aime le dry martini, l’opéra cantonais et trancher en rondelles des prostituées nubiles. Surtout, elle poursuit un rêve érotique ultime : se procurer un poison mythique qui décuple les sensations de celui ou celle qui l’absorbe. Le plaisir ou la douleur aboutissent à la mort, dans un orgasme de calibre feu d’artifice ou dans d’indicibles souffrances. De toute manière, ce n’est pas la fin qui importe mais bien le raffinement fétichiste pour y parvenir. C’est ici la parabole de tout l’univers des réalisateurs. La belle Carrie, génie du mal forcément solitaire, déambulant sur ses talons de quinze dans un Hongkong déserté (une des plus belles idées du film), traquée dans une maison coloniale à l’abandon pour un finale à la Johnnie To ou écrasant une larme en écoutant un air d’opéra sont des scènes qui suffisent largement à former un film.

Paru dans Libération du 27/04/2011


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