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mercredi 30 novembre 2011 10:58

  • télévision

Une inflation de programmes low-cost

par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos

tags : télé-réalité , TNT

Un blockbuster réchauffé, du foot féminin, un débat politique, un doublage moisi et un magazine de faits divers : joies de la TNT.

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TNT, chaînes en chaleur

La télé analogique de papa nous a définitivement quittés la nuit dernière, remplacée par le tout-numérique. Bilan : une inflation de programmes low-cost.

Des sports grillés et des blockbusters réchauffés

 

En haut, tout en haut du palmarès de la TNT, du foot. Oui, mais du foot de filles. Et juste derrière, un blockbuster. Oui, mais un blockbuster de 1995. Soit, respectivement la finale de la Coupe du monde de foot féminin France-États-Unis diffusée sur Direct 8 (2,3 millions de téléspectateurs) et Die Hard With a Vengeance sur W9 (2,1 millions).

Les dix programmes les plus vus sur les chaînes de la TNT, c’est-à-dire au-dessus de 1,8 million de téléspectateurs, sont tous et exclusivement de la même eau, alternant succès du cinéma remâchés et sports délaissés. Ainsi le basket, qui n’a jamais droit de cité sur les grandes antennes, a permis à France 4, à l’occasion de la finale de l’Euro 2011, de récolter sa meilleure audience (1,8 million de téléspectateurs). De même, les tout récents Masters de tennis à Londres n’intéressaient personne jusqu’à ce que Jo-Wilfried Tsonga se retrouve en finale dimanche soir et zou, près de 2 millions de téléspectateurs pour l’opportuniste W9 qui a décroché les droits de diffusion au débotté.

Du côté du cinéma, la TNT, c’est un peu la maison de retraite des vieux héros donc, une programmation oldies but goodies où le marcel de Bruce Willis dans Die Hard suffit à rafler la mise quand un film de plus de cinq ans d’âge n’a plus sa place sur TF1, France 2 et M6.

 

Des chaînes d’info à chaud

 

On se moque mais, avec la TNT, nos concitoyens ont pu avoir accès à un privilège jusqu’alors dévolu aux offres de télévision payante : l’info en continu. Avec non pas une, mais carrément deux chaînes, i-Télé et BFM TV.

La première, née en 1999 (si, souvenez-vous, les petites camionnettes), se tirait la bourre avec LCI sur le câble et le satellite. En 2005, elle bascule sur la TNT gratuite et se tire la bourre avec la seconde, BFM TV, tout juste créée par Alain Weill. La rivalité tourne vite et même très vite à l’avantage de cette dernière qui, dès 2006, supplante i-Télé. Comment ? Par une série de « coups » : exclu de la diffusion des débats pour la primaire du PS en 2006, BFM TV chipe le signal et zou, balance la sauce sur son antenne. Ou diffuse, au nez et à la barbe d’i-Télé, une confrontation entre Ségolène Royal et François Bayrou juste avant le second tour de la présidentielle de 2007. La chaîne info de Canal + ne s’en est jamais remise et tente, en vain, depuis, de refaire son retard.

Mais les deux rivales en ont en fait une troisième, un peu baroque : la Chaîne parlementaire, scindée entre Public Sénat et LCP-Assemblée nationale. Doucement, la chaîne délaisse son image vermoulue de « télé mon député-mon sénateur » pour s’ébrouer et (co)produire ses propres documentaires. Mais très doucement.

 

De la télé-réalité recuite

 

La TNT, c’est la grande machine à recycler. Difficile de regarder TMC ou NT1 sans se dire qu’on est un peu devant TF1, leur maison mère, mais un TF1 d’il y a cinq, dix voire quinze ou vingt ans. On y retrouve les séries américaines Monk, New York police judiciaire, Sept à la maison… Mais aussi leurs homologues bleu-blanc-rouge à succès variable : ainsi, la tentative avortée de feuilleton français d’après-midi, Seconde Chance a échoué sur NT1, tandis que les vieilleries de l’ex-usine à daube en barre de chez AB, les Filles d’à côté, voire, soyons fous, les Nouvelles Filles d’à côté, font de très bons programmes de nuit.

Mais depuis quelque temps, la TNT s’est spécialisée dans une nouvelle sorte de recyclage : celui de la télé-réalité. Après avoir essoré des concepts délaissés par les grandes chaînes (l’Ile de la tentation et bientôt Star Academy), NRJ 12 réutilise dix ans de candidats de télé-réalité dans de nouvelles émissions maison. Les Anges de la télé-réalité en est déjà à sa troisième fournée de has (never) been. Ou, sur la même, la Maison du bluff qui, c’est vertigineux, récupère des candidats de Dilemme, télé-réalité de W9, elle-même resucée du Loft de M6. À force, on ne sait plus où finit le recyclage et où commence le tube à essai. Ainsi, avant de les mettre sur son antenne, M6 a testé sur W9 X Factor ou une télé-réalité de danse. Mais Dechavanne qui refait, avec Chac sur TMC, Coucou c’est ciel mon mardi vaguement ripoliné au Web, ça appartient à quelle catégorie ?

 

Des faits divers et des magazines très hot

 

Ah, ça gratte hein, quand on est en manque de Faites entrer l’accusé ? Une longue semaine à attendre l’émission fait-diversière du dimanche soir sur France 2 : tss, c’était au vieux temps de l’analogique, ça. Car ça fait un bon moment déjà que la TNT se repaît d’os broyés, d’estafilades et de saucissonnages tournés au hachis. Et joie, la grande nouba du fait divers, c’est ce soir : dans Enquêtes criminelles : le magazine des faits divers, à 20 h 45 sur W9, dans Présumé innocent, présenté par l’impayable Jean-Marc Momorandini sur la non moins impayable Direct 8. Et dans 90’ enquêtes, servie façon morgue par Carole Rousseau à 20 h 45 sur TMC. Pour cette dernière, il faut noter une certaine dérive du fait divers vers le dada de TF1 (maison mère de TMC) : les flics à toutes les sauces, voire tout et n’importe quoi, des jobs d’été aux fans des années 80.

Car le magazine-de-n’importe-quoi, c’est la tendance actuelle de la TNT, qu’en gens très polis nous appellerons le magazine de société. Point commun, des titres « concernants » : Ça nous ressemble (TMC), Ma drôle de vie (TMC), Vies croisées (W9), Tous différents (NT1), Tellement vrai (NRJ 12), À chacun son histoire (Direct 8)… Autre point commun : ça finit souvent dans le trou des fesses des Français. Ainsi, jeudi, À chacun son histoire se penchait sur le douloureux problème sociétal des stars du X. Tandis que dimanche, Tellement vrai auscultait cette absence de tabou qui peut mener à tomber amoureux de sa poupée gonflable.

 

Des têtes brûlées pour doublages daubés

 

La TNT est une contrée hostile. Y rôdez-vous nuitamment que, de chaîne en chaîne, d’étranges créatures cathodiques articulant un étrange sabir vous sautent à la gorge. Ce sont les programmes-de-l’extrême-doublés-à-l’arrache et leur représentant le plus prestigieux : Bear Grylls. Mais si, voyons, le mec qui boit son pipi dans le désert et dort dans une carcasse de chameau en putréfaction.

Belle découverte que nous aura permis de faire la télévision numérique terrestre que ce Man vs Wild, diffusé à peu près tout le temps sur NT1, où cet ancien militaire nous apprend la survie en bouffant serpents et crottes d’ours…

L’autre genre star de cette catégorie, c’est, toujours en VO et doublé en français avec les pieds, le catch. Oui, c’est à la TNT que vous devez de voir la chair de votre chair revêtir un masque pour vous sauter dessus depuis le vaisselier et dépenser votre maigre salaire en cartes de Hulk Hogan. Las, le catch semble peu à peu délaisser les écrans de la TNT (hormis la fidèle NT1) mais ouf, sans pour autant que les programmes-de-l’extrême-doublés-à-l’arrache ne défaillent.

On compte ainsi toujours les Constructeurs de l’extrême (en boucle sur Direct 8) avec des chantiers de oufs ou le Convoi de l’extrême (W9) où des routiers américains nous rejouent le Salaire de la peur, ainsi que tout un wagon de télé-réalités, dont Extreme Makeover Home Edition (TMC), la déclinaison façon D & Co de l’atelier de boucherie esthétique Extreme Makeover. Sans oublier, évidemment, Cauchemar en cuisine (W9 encore), dont le doublage en français masque à peine, et c’est heureux, les brochettes de « fucking » servies par notre cher chef écossais Gordon Ramsay.

 

Paru dans Libération du 29 novembre 2011


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