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samedi 3 juin 2006 17:21

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Une mine de new-wave

De Clash à Marquis de Sade, un photographe belge propose gratuitement en ligne 20 000 portraits d’artistes punk-rock.

par Bruno Masi

tags : musique , photo

Le regard tendu et la bouche sèche, Joe Strummer, leader de The Clash, pris en photo lors d’un concert explosif le 11 août 1977 à Bilzen en Belgique, trône désormais sur le Net. Plus précisément, il figure parmi les 20 000 portraits captés par le photographe Philippe Carly dans les années 80. Une somme documentaire quasi anthropologique, une décennie de musique live à jamais gravée dans le silence photographique. Tous ceux que Joy Division ou Marquis de Sade n’ont pas laissés indemnes devraient, avec Newwavephotos.com, le site qui rassemble ces clichés et les rend visibles gratuitement, replonger tête la première dans cette fournaise rock où la bière, la cigarette, la sueur et le vacarme faisaient bon ménage.

« J’ai eu envie de partager ces photos pour que les négatifs ne dorment pas au fond d’une boîte. J’étais loin d’imaginer le succès que ce site rencontrerait. Je pensais intéresser deux ou trois nostalgiques de mon âge. J’étais loin de la vérité. » Avec plus d’un millier de connexions par jour, le site de Philippe Carly est devenu une petite référence. Aux quadragénaires mélancoliques qui passent des heures à détailler les images des concerts de Talking Heads, Bauhaus, Television ou XTC s’ajoutent des centaines de jeunes mélomanes pour qui le Net est devenu une manière de compléter des connaissances balbutiantes. Ces photos illustrent désormais bon nombre de magazines et de livres dédiés à l’histoire du rock, comme par exemple ceux de Camion Blanc, une petite maison d’édition établie à Nancy.

Les prises de vue rassemblées sur le site Newwavephotos.com courent pour l’essentiel de 1977 à 1984. Entre fanatisme et méticulosité, Carly s’est éreinté à capturer les artistes les plus flamboyants de ces années. Siouxie and The Banshees, Nick Cave, Pere Ubu, The Cure, Depeche Mode, Cabaret Voltaire... A l’époque, ce Bruxellois issu d’une famille d’enseignants n’a que 25 ans et travaille dans un bureau d’étude comme ingénieur civil. Le jeune homme, initié à la photographie par son père, découvre le rock par l’intermédiaire d’un ami « qui bossait dans un petit journal. Ils cherchaient un photographe et j’ai été engagé. J’y ai vite pris goût. Quelques mois plus tard, j’ai rencontré un graphiste qui m’a initié aux règles élémentaires du cadre. J’ai alors réalisé que ma voie n’était pas l’ingénierie, mais bien la photo ».

Au même moment, le punk débarque en Belgique : « Comme tout le monde, j’étais fasciné par cette nouvelle énergie musicale. Je sentais confusément que les arts du spectacle n’étaient pas une activité mineure, même si à l’époque je n’arrivais pas vraiment à mettre des mots sur ce que je ressentais. La musique, c’était juste super cool. Faire ce journal avec des copains était une aventure géniale et assister à tous ces concerts devenait le moyen de rencontrer de façon plus authentique les musiciens qui me passionnaient. »

Sur son site, Philippe Carly a classé ses clichés par date. Un rangement d’entomologiste pour des images en plans serrés : « Tous les soirs, je traversais le pays pour aller voir des groupes peu connus dans des lieux improbables : salles des fêtes, salles des sports, cafés minuscules dans des villages flamands dont j’ignorais jusqu’à l’existence la semaine précédente. Dans un portrait, l’important c’est le regard. J’essayais souvent de faire ressortir les yeux. »

Aujourd’hui encore, le photographe garde ses groupes fétiches et quelques prestations à jamais inscrits dans sa mémoire : « Le concert le plus chaud, c’était Siouxie and The Banshees à Leeds en Angleterre, lors du festival Futurama. Au total, j’ai vu ce groupe plus de quarante fois sur scène. Ce soir-là, je me trouvais sur une petite estrade ouverte aux cameramen et aux photographes. La foule était en furie. Elle est montée sur notre promontoire, qui s’est effondré. J’étais coincé entre deux couches de punks déchaînés hurlant à la mort, au bord de l’étouffement, incapable de bouger. Pour me libérer, j’ai dû mordre tout ce qui passait devant moi. »

www.newwavephotos.com


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