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lundi 16 février 2009 11:25

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L’Ile de la tentation : Une plage se tourne

Rupture. Dans un sursaut de morale, mais surtout accablée de procès, TF1 jette son « Ile de la tentation » aux oubliettes de la télé-réalité. Devoir de mémoire. 

par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos

tag : télé-réalité

L’Ile de la tentation saison 7 - DR

Ce serait comme apprendre un 24 décembre que le père Noël est un nazi pédophile fan d’André Rieu  : TF1 a choisi la Saint-Valentin pour annoncer la mort de l’Ile de la tentation. Ouch. Ainsi, la sourde pulsion du désir interdit ne viendra-t-elle plus titiller nos maillots de bain panthère. Ainsi, la techno moite du générique –  Carmina Burana de Carl Orff remixé par DJ Vitriol – ne viendra-t-elle plus pilonner nos reins en feu. Ainsi nos pupilles ne s’agrandiront-elles plus au spectacle de jeunes tentateurs et -trices vêtus de tissus astringents et à la plastique, heu, en plastique. Après sept ans de ce régime, la désintox va être sévère. Mais voilà, TF1 trouve que le « produit » n’est plus assez « frais » et aurait le don de faire tourner de l’œil le grand patron de la Une, Nonce Paolini. N’en déplaise au chaste PDG, il fallait organiser des funérailles pour l’Ile de la tentation. Barry White en fond sonore, cercueil mi-lamé, mi-zèbre et Perec  : je me souviens d’un lupanar cathodique.

Je me souviens d’Etienne Mougeotte

C’était un an pile après le terrible courroux de Patrick Le Lay dénonçant les « sous-produits pornographiques » de M6 (comprendre  : ces petits pourris nous ont barboté Loft Story). En 2002, son complice de vingt ans, Etienne Mougeotte, présente un « aimable marivaudage » (désolés, mais on ne s’en lasse pas), l’Ile de la tentation. « Lol », s’écrierait aujourd’hui Marivaux au vu du concept  : des couples, séparés pendant 12 jours, éprouvent la force de leur amour au contact de jeunes gens bien faits de leur personne. Aimable marivaudage, donc. Mais au cas où des esprits chagrins y verraient une sacrée dégueulasserie, Mougeotte fixe les règles  : les couples ne doivent pas être mariés ni avoir d’enfants. Sept ans plus tard et la paire Le Lay-Mougeotte en moins, c’est encore la morale qu’invoque TF1 pour supprimer l’émission  : « On a envie d’apporter de la fraîcheur et des produits différents dans notre grille, l’Ile de la tentation a des valeurs morales éloignées de ce que veut Nonce Paolini. » Déjà, parler de produits pas frais, c’est pas gentil pour les morues et les cabillauds qui se sont décarcassés pendant sept ans. Ensuite, attendons de voir ce que TF1 diffusera à la place pour vérifier si l’amorale est sauve.

Je me souviens des prud’hommes

Faites entrer l’accusé  : Jérémie Assous, 31 ans, avocat. Et assassin de l’Ile de la tentation. Lui qui, dès 2003, a prémédité le meurtre. Il a alors pour client, sur une autre affaire, Anthony, participant à la deuxième saison de l’Ile de la tentation. Lequel lui montre les ­contrats qui le lient à l’émission. Et là, l’avocat se gratte la tête  : le contrat est pour le moins original, prévoyant que le candidat touche 1 525 euros, une somme considérée comme un à-valoir sur des produits dérivés de l’émission qui ne verront jamais le jour. L’avocat fourbit ses armes, son but  : requalifier ce contrat baroque en contrat de travail devant le tribunal des prud’hommes. Ironie et condescendance du côté de TF1  : quoi  ? Lutiner au soleil, un travail  ? Mais point par point Jérémie Assous démontre que oui, délivrant au passage dans ses conclusions des petits bijoux tel que « le fait de ne rien faire n’est pas nécessairement antinomique avec le travail » à graver au frontispice de toutes les DRH.

En 2005, c’est gagné et le contrat d’Anthony est requalifiés en CDI. Glem, la boîte de production, filiale de TF1 fait appel et mal lui en prend  : en 2008, non seulement le jugement est confirmé mais, gling gling, elle doit débourser en plus les heures sup, congés payés, indemnités de licenciement, de rupture de contrat, et pour le travail dissimulé. En tout, c’est 27 000 euros que touche Anthony, ainsi que deux autres candidats qui l’ont rejoint. Et tous les cobayes de la télé-réalité qu’on a vu défiler depuis son irruption en 2001 s’y mettent  : Star Ac, Koh Lanta, Popstars… Aujourd’hui, 150 affaires sont en cours d’instruction, dont une centaine venue des rives sulfureuses de l’Ile de la tentation, tandis que TF1 s’est pourvu en cassation sur l’affaire originelle, celle d’Anthony. Audience fixée le 29 avril, résultat courant mai.

Je me souviens, pas TF1

Et c’est bien le calendrier de la Cour de cassation qui explique, selon Jérémie Assous, le brutal coïtus interruptus que la Une nous inflige aujourd’hui  : « TF1 était face à un dilemme  : soit continuer l’émission sans contrat de travail, donc dans l’illégalité, maisl’Ile de la tentation se tourne en mars. Or, si la Cour de cassation nous donne raison en mai, je pouvais demander l’interdiction de diffusion. Soit TF1 faisait des contrats, mais alors ils admettaient avoir perdu avant même la Cour de cassation. » Officiellement, la Une dément tout lien avec la croisade d’Assous, en coulisses on le glisse  : « Il ne faut pas qu’on donne le sentiment qu’on a perdu judiciairement. » Mais ce n’est pas pour autant la fin des mâles aux biscoteaux huilés et de la donzelle saucissonnée dans un string ficelle. Car, selon Assous, Endemol, à qui le concept avait mystérieusement échappé, a racheté l’émission et compte la refourguer au plus offrant. « Et Endemol fera des ­contrats de travail », précise l’avocat. Ce sera enfin prouvé  : la télé-réalité est une mauvaise fiction jouée par de mauvais acteurs.

Je me souviens de Franswô

Concept qui pue, démélés judiciaires en pagaille, l’Ile de la tentation, c’est aussi une magnifique arnaque télévisuelle  : ralenti, noir et blanc, infrarouge, dialogues coupés à l’arrache, images montées n’importe comment du moment qu’elles font croire à Cindy (c’est un exemple) que son ­Kevin (c’est un exemple) est en train de grimper Ursula (c’est un exemple). Lesquels couples d’ailleurs sont plus ou moins authentiques mais plutôt moins, généralement venus lancer ici une carrière artistique qui s’épanouira au mieux dans un miteux Macumba, au pire dans un banlieusard Sexodrome. Derrière tout ça, une production épuisant son cheptel à coups de divers expédients afin que, bon sang de bonsoir, Kevin grimpe Ursula sous les yeux révulsés de Cindy. Et ce pendant que le téléspectateur, très fidèle, lui, (jusqu’à 4,7 millions de personnes en deuxième partie de soirée), se marre. Faut dire que bonjour les phénomènes de foire que nous a fait défiler TF1 en sept ans. Les demoiselles oscillent entre victimes congénitales et poissonnières fuckeuses. Les damoiseaux sont eux aussi dans un entre-deux  : soit le rustaud rien dans la tronche tout dans le slip de bain (rouge), soit la lavette pleurant Maman derrière un cocotier.

Au firmament de l’Ile resteront Brandon et Diana. Fâché de voir Diana se frotter le silicone contre un certain Ugo, Brandon empoigna un bâton (bleu, soyons précis) afin de décimer toute l’équipe de prod. Las, en vain. Il y eut Franswô. Ah, Franswô. Son accent ch’ti, son string et son entregent si lourdingue qu’il faillit déclencher une grève chez les tentatrices. Et Harry, oh la la, Harry. Coureur de jupons névrotique, Harry était aussi très branché MLF  : « Ça me manquera qu’elle fasse la vaisselle », soupira-t-il, nostal­gique, une fois plaqué par son officielle. Mais on reconnaîtra à TF1 d’avoir abordé à une heure de grande écoute le douloureux problème de la schizophrénie. C’était l’été dernier, Martha avait un petit ami. Thomas, qu’il s’appelait. Oui mais voilà, Thomas, c’est un genre de Gremlin de la bite ou de Hulk turgescent, c’est selon. Sitôt en contact avec des tentatrices, le gentil garçon ôte ses habits et se livre à des danses salaces. Regardant la vidéo délictueuse lors du traditionnel feu de camp où Céline Géraud confronte les candidats à l’adultère, Martha n’a pu que constater  : « Ce n’est pas Thomas. » Allons bon… « C’est Shawn. » Oui, Shawn le jumeau maléfique et strip-teaseur du gentil Thomas. En même temps, faut les comprendre à TF1, dans le foutage de gueule, ils pouvaient difficilement faire mieux.


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