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vendredi 11 janvier 2008 10:43

  • télévision

Une question à 800 millions

Comment combler le manque à gagner de la pub ? Revue des scénarios.

par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos

tags : économie , France Télévisions , Télé sans pub

Photo Michael Zumstein - L’Oeil Public

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La télé publique perd sa pub et le moral

Le personnel de France Télévisions s’inquiète de l’annonce par Sarkozy d’une télé sans publicité qui pourrait se terminer par le démantèlement du service public.

Mercredi 31 décembre 2008, 23h59, France 2. La diffusion du « Grand cabaret sur son 31 » s’achève dans la liesse et les flonflons. Patrick Sébastien entonne un dernier « Petit bonhomme en mousse », passe l’antenne à la messe de minuit et là : drame. Impossible pour le téléspectateur d’aller faire pipi : on est le 1er janvier 2009 et il n’y a désormais plus de pub sur France Télévisions. Mardi, Sarkozy annonçait l’affaire tout à trac suscitant de nombreuses questions.

Qui va compenser la perte financière ?
Nicolas Sarkozy a emprunté, une fois n’est pas coutume, l’idée à la gauche, piochée dans le programme électoral de Ségolène Royal : le manque à gagner de 800 millions d’euros (les recettes publicitaires de France Télévisions en 2007) proviendra, a annoncé le Président mardi, d’une taxation de la pub des chaînes privées. Et aussi, a-t-il ajouté, d’une taxe « infinitésimale » prélevée sur le chiffre d’affaires des opérateurs internet et de téléphonie mobile. Lequel chiffre d’affaires est plus que grassouillet : en taxant les télécoms à 1 %, ce sont 300 millions d’euros qui iraient dans la poche de France Télévisions. Mais ça ne fait pas le compte et il faudra que TF1, M6 et Canal + mettent la main au portefeuille. Du moins si Sarkozy tient sa promesse de compenser intégralement la perte publicitaire.

La redevance va-t-elle augmenter ?
En voilà une bonne solution : avec 30 euros de plus par redevance, ce qui laisserait la taxe à 35 euros du niveau de celle pratiquée en Grande-Bretagne (lire page 4), les 800 millions d’euros sont compensés comme qui rigole. Oui mais voilà, légèrement mal à l’aise sur la question du pouvoir d’achat, Sarkozy est formellement contre toute augmentation de la redevance.

Des chaînes publiques vont-elles être privatisées ?
La ministre de la Culture et de la Communication, Christine Albanel, le jurait-crachait hier : non à la privatisation, non à la fermeture d’une quelconque chaîne de France Télévisions. Pourtant, c’est bien ce qu’on redoute au sein du service public et dans l’opposition. N’arrivant pas à réunir les 800 millions d’euros, le gouvernement se voit contraint - et on imagine avec quelle douleur - de faire des sacrifices. C’est un vieux serpent de mer de l’audiovisuel : privatiser France 2. Arnaud Lagardère, toujours en deuil de son échec de La Cinq en 1992, serait prêt à signer un chèque. De même que Vincent Bolloré qui va bien finir par se lasser de jeter son argent par les fenêtres de Direct 8 (plus de 100 millions d’euros de pertes cumulées depuis son lancement sur la TNT en mars 2005). Un « frère » du Président et son voyagiste attitré, en voilà une jolie paire de candidats pour France 2 ! Oui mais il ne faudrait pas non plus aligner un rival trop puissant face à TF1, détenue par le meilleur ami du même Président… Alors quoi ? France 3 ? C’est une autre Arlésienne de la télé : céder les stations régionales de la Trois aux groupes de presse locaux. France 3 Aquitaine à Sud-Ouest, France 3 Ouest à Ouest France, etc. Autre possibilité, cette fois clairement annoncée par le ministère de la Culture : faire des économies. De maousses économies, parmi lesquelles un plan social fait figure de très sérieuse hypothèse.

France Télévisions va-t-elle être libérée de la course à l’audimat ?
C’est le principal reproche fait depuis des lustres à la télé publique : la course à l’audimat contre TF1 en utilisant ses méthodes. Ainsi, parmi les cinq meilleures audiences de France 2 en 2007 figurent - horreur - deux séries américaines (FBI : portés disparus et Cold Case). Il suffirait donc de supprimer la pub pour, paraphrasant le vieux slogan de France Inter, voir la différence. « Mais il n’est pas question, de faire une super Arte », indique le directeur des antennes de France Télévisions, Patrice Duhamel, à Libération. Sous-entendu : des programmes élitistes regardés par une poignée de bobos. Même débarrassée du carcan de la pub, la télé publique devra continuer de prêter allégeance au dieu Audimat : « Attention, même sans publicité, il n’est pas question de perdre de vue les objectifs d’audience », prévient-on en effet au ministre de la Culture. Mais avec quels programmes ? Meilleure audience de France 2 en 2007 : un épisode de la collection de téléfilms adaptés de Maupassant, initiée par Carolis. Une réussite d’ailleurs que ces Maupassant mais ça sent tout de même furieusement son poussiéreux Lagarde et Michard. Autre récent succès de la Deux : la retransmission en direct samedi dernier des Fugueuses, la pièce de Muriel Robin et Line Renaud. « Le Président aime la culture populaire », indique-t-on à l’Elysée.

A qui profite le crime ?
En premier lieu, au fidèle ami de Nicolas Sarkozy, Martin Bouygues qui devrait récupérer une bonne part des 800 millions d’euros d’investissements publicitaires. Ensuite, aux chaînes de la TNT, où, là encore, les poteaux du Président pullulent : Arnaud Lagardère (Gulli et Virgin 17) et Vincent Bolloré (Direct 8). Mais attendez un peu : Martin Bouygues détient Bouygues Télécom qui va devoir verser son écot à France Télévisions pour aider à compenser les 800 millions. Pas gentil, ça, de racketter un ami…

Une autre version circule : les opérateurs Bouygues Télécom, Orange et SFR font des pieds et des mains pour que la quatrième licence de téléphonie mobile soit mise sur le marché le plus tard possible afin de ne pas voir un intrus venir marcher sur leurs juteuses plates-bandes. Et c’est ce que Martin Bouygues aurait obtenu de Nicolas Sarkozy moyennant une obole à la télévision publique. Avoir un bon copain, voilà c’qui y a d’meilleur au monde, oui, car, un bon copain, c’est plus fidèle qu’une blonde.


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