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dimanche 14 septembre 2008 08:43

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Une rentrée à JT

Info. Laurence Ferrari a du mal à négocier l’après PPDA, tandis que David Pujadas résiste : la guerre des 20 heures fait rage.

par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos

DR

Hiiin- hiiiiiin contre schlababam. Homard géant contre géant homard. « Bonsoir à tous, bienvenue dans votre journal préparé par la rédaction de TF1 » contre « Bonsoir et bienvenue à tous. » Oui, vous avez deviné, fins limiers : Laurence Ferrari contre David Pujadas. Trois semaines déjà que ces deux-là se bastonnent sévère : et vas-y que je te loge un ramponneau d’enquête du 20 heures, et vas-y que je te tatanne avec mon duplex en direct. Du brutal. Et au grand jeu du numérotage des abattis, TF1 semble vaciller qui a vu jeudi soir son JT de 20 heures passer, sans concurrence particulière (1), sous la barre des 33 %. Pourquoi une telle dégringolade ? Les téléspectateurs regrettent-ils PPDA ? Pujadas pratique-t-il un journalisme d’excellence ? Et le homard géant, hein ? C’est le dossier de notre édition… Non mais n’importe quoi, voilà qu’on se prend pour Ferrari et Pujadas (« Ouais, alors moi je te préviens, je fais pas Ferrari ! - Pasque tu crois que je veux faire Pujadas ? ») Allez, balance le comparatif, coco.

T’as le look, coco
Même l’œil le moins affûté aura remarqué qu’en cette rentrée, PPDA a changé de coiffure. Ah non, en fait, c’est David Pujadas qui s’est fait couper les tifs. Sur TF1, les évolutions sont cosmétiques : une Ferrari, une caméra zoomante sitôt le générique et des titres en début de JT… Car oui, plus que l’arrivée de Laurence Ferrari, c’est bien là la révolution de TF1 : le sommaire s’inscrit en blanc sur des extraits des sujets. Mieux : ils parlent, les extraits, diffusant la phrase du jour. A part ça, c’est le même tabac : même générique et même décor. Pas de changement majeur chez France 2 sinon celui-ci, intervenu jeudi, à 20 h 23 pile : Pujadas a déroulé un nouveau sommaire, celui de la fin de son journal. Un « coming next », ça s’appelle. Pourquoi 20h23 ? Parce qu’alors, sur France 3 retentissent les premières notes du générique de Plus belle la vie, voleur marseillais de téléspectateurs des deux 20 heures.

C’est de l’info, coco
Homard géant à ma gauche, homard géant à ma droite. C’était mercredi chez Ferrari et Pujadas : l’œuvre crustacière de Jeff Koons horrifiait les visiteurs de Versailles et en même temps démontrait que, de la Une à la Deux, l’info, c’est kif-kif. Normal : l’actualité est la même pour tous. Parfois cependant, ça tourne au vice. Cette semaine, à l’occasion du cinquantenaire de la Défense, TF1 et France 2 ont fait témoigner la même habitante du quartier d’affaires (sur 20 000 résidents !) : Stéphanie Joessel (sur la Deux) ou Jössel (sur la Une le lendemain). D’un JT à l’autre, la hiérarchie de l’info est la même ou peu s’en faut. Ainsi mercredi, Ferrari ouvre sur le meurtre de cet instituteur corse, info qui viendra en troisième position chez Pujadas. Lui démarre sur la polémique Edvige qui arrive en deuxième chez Ferrari. En cette rentrée, la ressemblance s’accentue encore : la Une est allée pêcher ses innovations sur la Deux. A commencer par le long sujet de mi-journal, pratique déjà ancienne sur France 2 sous le nom du « Dossier » et destinée à casser le ronron du JT. Chez TF1, c’est « l’enquête du 20 heures ». Et souvent un pinacle du journalisme : il fallait voir l’autre jour les deux reporters de TF1, tels Woodward et Bernstein, allant, toise à la main, mesurer des Néerlandais, afin de vérifier que oui, aux Pays-Bas, on est les plus hauts du monde.

Coco channel
Scoop : les deux grand-messes françaises migrent du sud vers le nord. C’est l’analyse de Serge Schick et Arnaud Dupont, de Headway International, un cabinet d’études audiovisuelles. Ils ont mené une étude sur l’information télé mondiale et distinguent trois types de JT. « L’exhaustif », d’abord, plutôt pratiqué dans les pays du sud. C’était le JT de PPDA qui alignait plus de vingt sujets. « Le sélectif », ensuite. En vogue chez les Anglo-Saxons, il est court et fait des choix drastiques. « Il y a moins de sujets, notent Schick et Dupont, mais ces JT peuvent consacrer jusqu’à un quart d’heure à deux ou trois thèmes ». Enfin, il y a « l’hybride : complet mais avec des aspérités ». C’est dans cette catégorie qu’entre le journal de France 2 et, depuis la rentrée, celui de TF1 : une quinzaine de sujets et un JT en deux parties. La seconde tire vers le magazine tandis que la première multiplie les traitements sur un même thème. Jeudi, Ferrari et Pujadas ont, au sujet du tunnel sous la Manche, déroulé un reportage sur l’incendie, un rappel des précédents incidents et des duplex. « Il s’agit, explique Hervé Brusini rédacteur en chef du 20 heures de France 2, de faire preuve de pédagogie et de montrer les différents gestes journalistiques. » L’autre innovation de TF1 et France 2, piquée aux chaînes anglo-saxonnes, c’est l’apparition des journalistes dans leurs sujets. « C’est la grande nouveauté, souligne Brusini, on montre qu’on est bien sur le terrain, on donne du sens aux images. »

Et l’audience, coco ?
« Laurence Ferrari a réussi son retour », déclarait cette semaine Jean-Claude Dassier, directeur de l’info de TF1 (2). Ça va mieux en le disant, mais c’est faux. le JT de 20 heures de la Une a perdu des téléspectateurs : du 25 août au 11 septembre, le journal de Laurence Ferrari a été suivi par 36,2 % de l’audience (7,8 millions de personnes), contre 39 % pour PPDA (8,9 millions), sur la même période de 2007. Certes, l’audience globale de TF1 a suivi exactement la même glissade, mais quand même : la baisse du JT s’est accentuée cette semaine jusqu’au funeste 32,9 % de jeudi. Sur France 2, on observe deux mouvements contraires : sur un an, l’audience globale de la chaîne est en baisse tandis que celle du JT de Pujadas est en hausse, atteignant, depuis l’arrivée de Ferrari, 20,3 % et 4,4 millions de téléspectateurs. Ce qui n’est pas bézef non plus.

Du vécu, coco
Pujadas, c’est du journalisme viril. Il parle de « choc » de « scénario catastrophe », pose des questions pour scander ses lancements. Bref, il roule des mécaniques. Ferrari, c’est tout autre chose. Jean-Claude Dassier l’a dit cette semaine : il faut désormais, au menu du 20 heures, compter avec « les sujets plus proches des gens ». Le poids des cartables, l’obésité, l’asthme mais aussi les mignons bébés pandas et okapis. A l’appui de cette opportune proximité, Ferrari use et abuse du « je » (« Je vous rappelle l’intervention de Nicolas Sarkozy »), du « vous », du « notre » (« C’est une véritable épidémie qui touche notre pays ») du « nos » (« Nos vins contiennent-ils des pesticides ? »). Ce qui n’est pas sans rappeler Estelle Denis, et 100 % Mag sur M6 qui fait aussi dans l’info concernante, voire émouvante. Loin de PPDA et sa partition de héros romantique, Ferrari, jolie, blonde, bien peignée, vêtue de simples tee-shirts unis, c’est la girl next door qui vient raconter au téléspectateur des histoires qui lui parlent de lui. En 2006, le network américain CBS virait son vieux Dan Rather, à l’audience déclinante, pour le remplacer par une jeune femme blonde, Katie Couric. Venue de la conviviale télé du matin, elle devait jouer la corde de la proximité. Deux ans plus tard, c’est un échec. On dit ça, on dit rien.

(1) En juin, le JT de TF1 était descendu à 30,8 %, mais il était opposé à Nicolas Sarkozy sur France 3.
(2) Qui a refusé de répondre à nos questions pour cet article.

Paru dans Libération du 13/09/2008


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