mardi 24 avril 2007 17:17
Une vidéo parodique supprimée « par erreur » sur Youtube
Le grand groupe médiatique américain Viacom a admis avoir fait retirer par erreur une vidéo diffusée sur Youtube.
par Astrid Girardeau
tags : vidéo , justice , droits d’auteur , YouTube
Fait assez rare, Viacom a admis avoir fait retirer par erreur une vidéo diffusée sur Youtube. L’Electronic Frontier Foundation (EFF), la puissante organisation de défense des droits numériques, et le Fair Use Project (FUP) de la Stanford Law School ont alors décidé d’abandonner les poursuites judiciaires lancées contre le géant médiatique. Cela « en réponse à sa bonne volonté de faire un pas pour protéger le droit à la liberté d’expression de ceux qui mettent en ligne des vidéos sur Youtube et les sites similaires de partage de vidéos » a expliqué l’EFF dans un communiqué daté du 23 avril. Au cœur de l’affaire, Stop the Falsiness (voir ci-dessous), une parodie de l’acteur américain Stephen Colbert, dont l’émission The Colbert Report est diffusée sur Comedy Central, l’une des chaînes télévisées détenues par Viacom. La vidéo a été réalisée et mise en ligne sur Youtube par l’éditeur indépendant Brave New Films et par MoveOn.org, une organisation américaine de défense des droits civiques. En mars 2007, la vidéo est retirée du site de vidéos de Google à la demande de Viacom, au nom de la loi américaine de protection du copyright (DMCA, Digital Millenimum Copyright Act). Or selon la loi, le genre parodique permet une utilisation légale de contenus copyrightés. Aussitôt, au nom de MoveOn.org et de Brave New Films, l’EFF — très active dans la défense d’internautes dont les clips sont tombés sous le coup du DMCA — et le FUP lancent une action en justice contre Viacom pour utilisation abusive du DMCA. S’ensuivent d’interminables échanges. Tout d’abord, Viacom nie avoir demandé le retrait de la vidéo. L’EFF publie alors le message indiquant que la vidéo a été supprimée de Youtube « suite à une plainte pour violation de copyright de Viacom International ». Finalement, Viacom reconnaît être à l’origine de la demande et admet qu’il s’agissait d’une erreur. Lors des discussions, Viacom a expliqué sa volonté de protéger les utilisations légales et la liberté d’expression, tout en ciblant les infractions à la loi du copyright. Précisant que cela ne remettait pas en cause l’utilisation de ses contenus à condition que cela soit « créatif, intéressant et différent » et « à but non commercial ». Par ailleurs, Viacom s’est engagé à ouvrir un site Internet et une hotline par email pour gérer les plaintes contre des erreurs similaires de retrait de vidéos. L’entreprise a promis de répondre à toutes les demandes en un jour ouvré et de rétablir la vidéo s’il s’avère que celle-ci a bien été ôtée par erreur. Une initiative saluée par L’EFF : « En choisissant de
respecter la réutilisation de ses contenus, et en mettant en place un processus simple pour permettre aux utilisateurs visés par erreur de récupérer leur contenu rapidement, Viacom a fait un pas important vers sa prise de responsabilités. ». Et l’organisation espère que « d’autres groupes de médias suivront la conduite de Viacom. » Pour Elis Pariser, le directeur exécutif de MoveOn.Org, il s’agit d’une victoire de David contre Goliath : « Cette nouvelle adhésion aux droits des utilisateurs d’Internet est une victoire du faible ». D’un point de vue politique, il salue le fait que des « sites en ligne comme Youtube ont révolutionné l’expression politique », et qu’ils permettent aux petites voix de toucher de très larges audiences. Mais il estime qu’un puissant groupe comme Viacom « ne devrait pas pouvoir effacer du contenu politique ou museler l’expression politique. » A voir ci-dessous Stop the Falsiness :
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