Uwe Boll : « La réalité est de mauvais goût »
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Le personnage de Ben Laden dans Postal d’Uwe Boll. © BOLL KG
C’est un authentique exploit. En un seul film, House of the Dead (2003), le réalisateur allemand Uwe Boll est passé de l’anonymat absolu au rang de metteur en scène le plus haï du Net. Du moins pour les adeptes de jeux vidéo. Car Boll, 42 ans, s’est spécialisé dans l’adaptation —ratée— de jeux vidéo au cinéma. Aucune de ses productions n’ayant hélas atteint les écrans de cinéma français, il faudra pour en profiter se tourner vers le DVD ou les chaînes thématiques. Car on tient là un rare spécimen de tâcheron persuadé d’être un génie. Incapable de supporter la critique, Boll a déjà défié des journalistes à un combat de boxe.
Malgré cette mauvaise presse, rien que cette année, il a tourné quatre films. Et le résultat est tellement mauvais qu’il en devient amusant. Surtout, ces petits chefs-d’œuvre de série Z n’ont parfois plus aucun rapport avec les jeux dont ils s’inspirent. Après avoir massacré les jeux House of the Dead, Alone in the Dark et Bloodrayne, Boll prépare les sorties des films tirés des jeux Dungeon Siege (avec Ray Liotta, Burt Reynolds…), Far Cry et Postal (le site officiel). La bande-annonce de ce dernier, qui tourne sur le Net depuis quelques mois, a été visionnée plus de 600 000 fois. Boll s’y moque du 11 Septembre, de Ben Laden, de Bush, des handicapés… Postal sort à la rentrée aux Etats-Unis…
Serez-vous là-bas quand le film sortira ?
Votre vision du cinéma est… particulière. Remonte-t-elle à votre enfance ?
Jackass , Jean-Luc Godard et Roland Emmerich : vous préférez lequel ?
La plupart de vos films sont des adaptations de jeux vidéo…
Dans Postal, un des personnages est Oussama Ben Laden… Pour choquer le public ?
Il semble que Postal contienne sa dose de mauvais goût. Vous assumez ?
Sur le Net, vous êtes une sorte de célébrité...
Vous trouvez injuste que vos films n’aient pas été sélectionnés à Cannes ?
Réaliser un jeu vidéo, après en avoir adapté, vous y songez ?
La bande-annonce américaine de Postal :
C’est mon chef-d’œuvre, et peut-être le film le plus important depuis les attentats du 11 Septembre. C’est un film vrai et politiquement incorrect. Dans Postal, un type et l’ensemble de la société moderne sont pris d’une folie meurtrière. C’est une comédie qui raconte la journée d’un loser vivant dans une caravane. Et aussi comment Ben Laden et Bush font chuter le monde. C’est le résultat de la politique après le 11 Septembre.
Absolument. Je me battrai pour que chaque salle continue à diffuser le film. Soit dit au passage, les distributeurs français sont pour l’instant des couilles molles. Ils ont peur de montrer le film à cause des islamistes. Quelle connerie ! Ça montre un vrai problème. La censure, on l’a tous dans notre tête. On dit à nos grands-parents : « Pourquoi n’avez-vous rien fait contre Hitler ? » Mais aujourd’hui, pas un distributeur français n’a les couilles de montrer le plus controversé des films.
J’aimais vraiment beaucoup les films d’aventure et les westerns, et j’ai commencé à en tourner en super-8. Aujourd’hui, mon but est que le public voit mes films. La vie est pourrie, elle passe pour tout le monde, et à la fin nous ne sommes plus que poussière.
Jackass a un bon concept. Godard a fait une poignée de très bons films et un paquet de merdes. J’ai beaucoup aimé Week End. Quant à Emmerich, c’est un réalisateur qui ne bosse qu’avec des images de synthèse. Ses personnages et ses histoires sont médiocres. En revanche, ses effets spéciaux sont bien. Le Patriote et Independance Day étaient de bons films.
C’est plus facile à vendre.
C’est un film pour la liberté d’expression, qui écrase la gueule de tous ces stupides idiots religieux. Les fondamentalistes et les chrétiens intégristes façon George Bush dirigent la planète ; ça nous inquiète, mais on ne fait rien. On ne fait rien non plus à propos des guerres vides de sens ou du réchauffement planétaire. On ne fait qu’en parler. Et pendant ce temps, les politiciens payés par les industries du pétrole et de l’armement détruisent tout.
Il n’y a pas de mauvais goût dans Postal. Le film est un miroir de la réalité. C’est la réalité qui est de mauvais goût. Si vous êtes choqué par Postal, vous êtes soit, a), stupide, soit, b), acheté par les multinationales de l’armement ou du pétrole, ou, c), un fanatique religieux.
Certains me détestent, d’autres m’aiment. C’est la vie. Ceux qui me détestent devraient craindre pour leur peau.
Postal est meilleur que tous les films présentés au Festival de Cannes cette année. Mais quelle que soit la bouse qu’ils aient tournée, ce sont toujours les mêmes réalisateurs qui sont invités.
Nous travaillons sur le jeu Tunnel Rats, basé sur le film que j’ai tourné en Afrique. Je suis producteur du jeu. Une entreprise de Hambourg le développe. Il devrait sortir sur PC et Xbox 360 en même temps que le film : au printemps ou à l’été 2008.
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