lundi 26 janvier 2009 15:08
Vente-privee.com, le déclic du déstockage
Le site de produits à bas prix réalise plus de 500 millions d’euros de chiffre d’affaires par an.
par Julia Tissier
tag : e-commerce
Dans les locaux de Vente-privee.com, à Saint-Denis, mardi. Photo Vincent Nguyen
Un mastodonte. 100 000 m2 d’entrepôts, 35 000 colis expédiés chaque jour et 1 000 collaborateurs. S’il est une réussite dans le e-commerce, c’est Vente-privee.com. Lancé en 2001 par l’actuel PDG, Jacques-Antoine Granjon, et sept autres cofondateurs, le site a su exploiter à merveille l’audience illimitée du Net. Le concept de Vente-privee.com : des produits de marque vendus à bas prix, « en moyenne, entre 60 et 70 % de réduction », précise Xavier Court, cofondateur et directeur marketing. Cette solderie moderne propose de tout : habillement, bijoux, vins, électroménager et même des voitures. L’objectif était de « trouver une solution de déstockage pour les marques, en respectant leur image ». « J’ai transformé ce très vieux métier qu’est le commerce grâce à l’outil Internet,explique Jacques-Antoine Granjon, ancien grossiste en fins de série.Ces ventes ont toujours existé, mais on démultiplie le nombre de gens qui y ont accès. Elles n’ont en réalité de privé que le nom. » De fait, on y accède sur simple parrainage. Tous les jours, le site propose deux ou trois ventes. Annoncées quarante-huit heures à l’avance par mail aux membres, elles ouvrent à 7 heures en semaine, à 9 heures le week-end et durent deux à trois jours. En amont, les articles sont mis en scène dans un clip. Les internautes doivent s’enregistrer pour accéder à la vente. Il s’agit de conserver l’aspect « exceptionnel » de la chose car « nous sommes dans l’achat d’impulsion », explique Xavier Court. Le site attirerait « 1,5 million de visiteurs uniques par jour » et compterait « 7 millions de membres ». Difficile pour le commerce traditionnel de rivaliser. Ce géant du commerce en ligne a installé ses 15 000 mètres carrés de bureaux au nord de Paris, dans le quartier de la Plaine, à Saint-Denis. A l’intérieur, activité maximum. Ici, pas question d’externaliser. De l’achat des stocks de marchandises à la mise en scène des ventes sur le site en passant par les photos, les clips d’ambiance et le repassage des vêtements avant les shootings, tout est fait maison. Même les musiques des vidéos. Les acheteurs s’occupent de négocier le prix des marchandises avec les marques. Les responsables des ventes du site, entourés de dizaines de portants remplis de fringues, créent les fiches techniques des produits ou prévoient les séances photos. Les informaticiens et les intégrateurs complètent le tableau. Mannequins, maquilleurs, coiffeurs et photographes produisent des milliers de photos par jour, précise fièrement Xavier Court. Un carphanaüm maîtrisé. « Je veux tout contrôler de A à Z », lâche Jacques-Antoine Granjon, extrêmement soucieux de « la qualité de service ».
Peut-on tout solder sur Internet ? « On ne pensait pas que l’on arriverait à vendre des lunettes ou des chaussures », répond Xavier Court. A tort. Aujourd’hui, plus de limite. « Si demain, nous pouvions vendre une lessive, nous le ferions », renchérit le directeur marketing. Si Vente-privee.com a prouvé son fort potentiel de développement – le site est également présent en Allemagne, en Espagne, en Italie et au Royaume-Uni –, c’est que le commerce sur Internet permet de ne pas payer de stock. La commande n’est lancée qu’une fois la vente finalisée. Seules les références achetées par les internautes sont commandées. D’où des délais de livraison un peu longs – leur seul point faible, estime Franck Attia, rédacteur en chef adjoint de Que choisir, qui parle d’un site « sérieux et réglo ». D’où aussi un avantage financier majeur. Vente-privee.com affiche une croissance insolente : plus de 500 millions d’euros de chiffres d’affaires pour l’année dernière contre 2 millions d’euros fin 2003, selon ses dirigeants.
Concurrence pour le commerce traditionnel ? Xavier Court se défend : « Le seul secteur que nous concurrençons sont les soldeurs, mais pas les petits commerçants. Ce qui se vend sur le site, on ne le trouve plus chez le petit commerçant. » Mieux, selon un sondage LH2 (1), 68 % des clients du site qui n’ont pu obtenir l’article convoité auraient compensé leur frustration par des achats en boutique. (1) Réalisé en décembre 2007, auprès de 10 007 membres du site Vente-privee.com. (paru dans Libération du 26 janvier)
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