mercredi 24 juin 2009 17:07
Very Bad Titres
Traductions étranges, clins d’oeils lourdingues, lifting opportunistes... les titres des films étrangers peuvent être bien charcutés pour leur sortie française.
tag : traduction
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En l’espace de quelques semaines, deux sympathiques comédies anglo-saxonnes sont sorties sur les écrans français. La rock et britannique Good Morning England d’abord, suivie aujourd’hui par l’imbibée Very Bad Trip. Au delà de leur efficacité comique, ces deux films ont un point commun : un retitrage pour leur sortie française. Et en anglais, qui plus est. Nommées respectivement dans leurs pays d’origine The Boat that Rocked (Le bateau qui rockait) et The Hangover (La Gueule de Bois), les deux comédies ont connu le sort de bien des films avant eux : un retitrage référentiel pour appâter le public en lui rappelant un autre film plus ou moins similaire. Pour Good Morning England, une histoire de radio rock pirate dans les mers anglaises, l’inspiration vient clairement du Good Morning Vietnam, de Barry Levinson, où la radio tenait également un rôle central dans l’intrigue. Un rapport mince, certes, mais suffisant aux yeux des distributeurs pour qui le coup est double : de la com’ à pas cher en évoquant aux spectateurs le carton culte avec Robin Williams tout en se débarrassant d’un titre original pas évident à prononcer pour Mme Michu. Un désavantage linguistique qu’on ne pouvait guère reprocher à The Hangover, pourtant rebaptisé Very Bad Trip dans l’hexagone afin d’évoquer le Very Bad Things de Peter Berg. Sortie il y a dix ans, cette comédie acide partage avec The Hangover un pitch extrêmement proche, à savoir un enterrement de vie de garçon à Las Vegas qui tourne mal. Pour le coup, la ressemblance est tellement frappante – et reconnaissons au titre français une certaine efficacité- que plus d’un spectateurs se sont interrogés sur un éventuel lien entre les deux films. Dans le cas des deux exemples récents cités précédemment, on reconnaîtra aux distributeurs le sens du clin d’œil, qui plus est à des films pas tout récents. D’autres sont clairement moins inspirés et font preuve d’un opportunisme assez navrant pour attirer un public pré-pubère. C’est le cas de Bandslam, comédie US teenage basée sur un cocktail de musique, d’ados in love, et de Vanessa Hudgens, l’idole des petites sœurs révélée par la trilogie mielleuse High School Musical. Ni une, ni deux, le distributeur SND a rebaptisé la chose High School Rock Stars pour la sortie estivale de la chose, prévue en août prochain.
Les retitrages français les plus bidons sont ceux misant sur une formule déclinable et si possible bien putassière, toujours dans l’idée d’attirer un maximum de spectateurs. En 1998, le succès du thriller Wild Things, de John McNaughton, rebaptisée Sexcrimes, ouvre la voie à un tombereau de retitrages « sexués » qui virent à l’aberration. Un an plus tard, Cruel Intentions, la relecture pop des Liaisons Dangereuses, devient ainsi Sexe Intentions (c’est moche, ça ne veut rien dire, mais ça fait vendre). Body Shots troque son titre contre Sexe Attitudes, Tangled se mue en Sex Trouble, Not another teen movie se change en Sex Academy, Step it up en Sexy Dance, etc. Les exemples sont nombreux et de plus en plus fréquents : pour un peu, s’il avait été un moins sombre, on aurait presque pu s’attendre à ce que le Gran Torino d’Eastwood devienne Sexy Car sur le territoire frenchy... Pire encore – oui, c’est possible- que le domaine des films sortis en salles, l’univers du direct-to-video est le paradis du titre à deux sous. Dans les années 80, le magazine Mad Movies tenait même une rubrique totalement culte, Tonton Mad vs the flying jaquettes, où étaient disséquées les douteuses pratiques de certains éditeurs. Comme celle de la « flying jaquette », donc, consistant à « garnir des films de visuels et de titres plus ou moins fantaisistes qui rendent parfois problématique l’identification à coup sûr du contenu d’une VHS ou d’un DVD », comme le rappelle Nanarland. Moins trompeur mais tout aussi roublard, certaines sociétés de production américaines comme The Asylum continuent de produire à la chaîne des copies cheap de blockbusters en choisissant soigneusement les titres : Snakes on a train, The Terminators, Transmorphers... Pas besoin de citer les originaux, on a compris. Il arrive parfois que la sortie DVD soit le moyen de « rectifier le tir » en redonnant au film son titre original...ou en le retitrant à nouveau, ceci expliquant la ribambelle de noms différents que certains long-métrages se traînent. L’ultime exemple de grand n’importe quoi titresque est incontestablement le film parodique Meet the Spartans, devenu en salles Spartatouille, titre le plus débile vu depuis un bail, mais plutôt couillu dans son absurdité revendiquée (pas comme le film, d’une crasse médiocrité). Visiblement peu satisfait de la trouvaille, l’éditeur DVD a modifié à son tour le titre en un définitivement affligeant Orgie Movie. Le film a beau être tout moisi, il n’en méritait pas tant.
Tout n’est pourtant pas à jeter dans les retitrages français, et certains réalisateurs américains ont déjà eu l’occasion de vanter les trouvailles de certains distributeurs. On sait par exemple que Spielberg a toujours préféré Les Dents de la mer à Jaws, et que Tarantino est raide dingue du Boulevard de la Mort (Death Proof). Pas sûr par contre qu’il soit fan du Commando des Bâtards, titre choisi par nos cousins québécois, spécialistes du titre ultra-francisé. Danny Boyle a ainsi cartonné à Montréal avec son Pouilleux millionnaire, Pixar y fera sans doute un malheur avec Histoire de Jouets 3, et Sofia Coppola avait épaté tout le monde avec sa bien-nommée Traduction infidèle...
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