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mardi 18 mars 2008 10:35

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Via, bain electro

Gros plan sur l’exposition « Immersion », dans le cadre de la manifestation basée à Maubeuge et Mons.

par Marie Lechner

tags : festival , Art , art numérique

Kronos Projector, d’Alvaro Cassinelli. DR

Festival Via à Maubeuge et Mons, jusqu’au 23 mars. Puis « Exit », à Créteil à partir du 28 mars. http://www.lemanege.com

Dmitry ­Gelfand convie l’audience à une mystérieuse cérémonie, la guidant à tâtons dans une chambre noire. Plongés dans les ténèbres pendant cinq minutes, le temps d’accoutumer la rétine, les spectateurs se serrent autour d’un bocal transparent rempli de liquide. L’artiste russe y diffuse des ultrasons, excitant les micro­bulles de gaz qui implosent en émettant de la lumière.

Camera Lucida exploite le phénomène de sonoluminescence qui transforme les ondes sonores en lumière : le spectacle de ces étincelles fragiles qui traversent le liquide sombre, créant des formes changeantes, fascine et hypnotise. L’installation de Dmitry Gelfand et Evelina Domnitch, créée en collaboration avec des laboratoires japonais, russes, belges et allemands, rappelle l’époque où les dernières trouvailles scientifiques étaient exhibées au public sous la forme de théâtre mystérieux.

Le côté cabinet de curiosités, spectaculaire et magique, est plus que jamais présent à l’exposition « Immersion », présentée en ce moment à l’espace Sculfort de Maubeuge, dans le cadre du festival Via (et à partir du 28 à Créteil) consacré aux théâtre, danse, musique et arts électroniques. Version high-tech d’un primitif « cinéma des attractions », les installations distrayantes immergent le public dans des créations tour à tour oppressantes ou ludiques, le tout dans une cacophonie de fête foraine.

On s’enfonce dans l’image de Kronos Projector, navigant dans l’espace-temps par simple pression sur l’écran souple en lycra. On se laisse aller à ses penchants voyeuristes avec les longues vues de Kurt d’Haeseleer, qui invite à naviguer dans d’étranges saynètes nocturnes. Paul Friedlander, « sculpteur de lumière », convie le public à pénétrer sa cosmologie abstraite et à s’étourdir devant ses astres tournoyants. Passionné de science, fasciné par la théorie de Julian ­Barbour, physicien anglais, selon laquelle le temps n’existe pas, Friedlander tente de donner une représentation poétique à cette hypothèse controversée dans Timeless Universe. De mystérieuses équations mathématiques, des images ­dévorées par des algorithmes jusqu’à l’abstraction, habillent ses sculptures cinétiques, toupies aux formes cylindriques ­incurvées.

L’auditeur peut faire l’expérience physique du son spatialisé, dans la sculpture sonore Audio kinematics de Jost Muxfeldt, ou encore s’engouffrer dans la boîte noire Equalize me ! qui pulse au rythme obsédant des compositions de François-Eudes Chanfrault. Les fréquences de cette musique électronique binaire, répétitive, sont projetées au sol et sur les murs où elle progresse telle une armée en ­marche.

Stephan Crasneanscki, initiateur des Soundwalk, balades audio dans la ville à télécharger sur son Ipod, invite à découvrir New York différemment. A partir d’enregistrements accumulés durant huit ans, il propose un collage qui nous baigne dans les différentes ambiances de la Grosse pomme, du World Trade Center qui s’écroule aux coups de fouet des clubs SM. Une bande-son interprétée visuellement par le peintre RoStarr, qui traduit parfaitement l’énergie de la ville  : dripping sur les murs, calligraphie au feutre sur transparent, peinture fluorescente, le spectateur observe l’artiste à l’œuvre, filmé durant ce marathon de vingt-cinq heures de peinture. Avec la même intensité sans doute, que ce robot-chat assis face à un écran plat, reluquant un poisson mécanique qui fait des allers-retours dans l’écran-aquarium en se lissant les moustaches.

Do robotic cats dream of electric fish, de France Cadet donne corps à la vision de K. Dick (Do androids dream of electric sheep). Les animaux, devenus une denrée rare, sont progressivement remplacés par des robots de compagnie. France Cadet questionne les relations homme-animal, humain-non humain, via les robots jouets ­I-Cybie qu’elle traficote et reprogramme. On se souvient de ses robots-chiens transgéniques atteints de la maladie de la vache folle et de la tremblote du mouton destinés à interpeller le public sur les dérives liées à la manipulation du vivant. Dans sa nouvelle installation, France Cadet évoque l’exploitation de l’animal par l’homme en exhibant des trophées de chasse. Au lieu des têtes empaillées, elle aligne onze bustes de robots représentant des cervidés ou des félins, abattus pour servir d’objet de décoration. Lion, phacochère, rhinocéros, antilope, lynx grognent quand on leur passe sous le nez. Plus on s’approche, plus ils deviennent agressifs.

Animaux de compagnie qui se robotisent et humains qui se virtualisent dans les univers en ligne tel Second life. Eva et Franco Mattes présentent une série de portraits d’avatars, une projection fantasmée de soi, « un portrait non pas de ce que je suis, mais de ce que je voudrais être ». Le constat est décevant, en guise d’identités alternatives originales, on ne trouve que des stéréotypes d’imagerie manga.


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