mercredi 28 février 2007 12:53
« Vice » lance sa contre-télévision sur le net
par Marie Lechner
Le magazine branché Vice, qui a exporté sa formule mêlant mode, journalisme et culture pop dans une quinzaine de pays (soirée de lancement de la version française, le 2 mars au Point Ephémère à Paris) lance sa télé sur le net, www.VBS.tv, une mise en images des reportages gonzo qui font la marque du mensuel urbain, provocateur et modeux. Le succès de leur DVD-livre Vice Guide to travel, guide du voyage de l’extrême, qui les avaient conduit dans les endroits les plus malfamés de la planète, au Paraguay dans une colonie utopique censée perpétuer l’idéal aryen, où avait trouvé refuge le nazi Joseph Mengele, à Tchernobyl à la chasse aux animaux mutants, sur les marchés noirs d’ogives nucléaires en Bulgarie, ou dans les camps de réfugiés à Beyrouth, les a encouragé à récidiver. L’ambition affichée : « aller là où les journalistes sérieux des grands médias ne vont plus », « montrer la vraie réalité ». Soucis d’authenticité louable, même si ces reportages bricolés à la première personne, rythmés par une playlist rock’n’roll, sont souvent légers du point de vue de l’information, entre trips de blancs-becs new-yorkais qui s’amusent à se faire peur et réelle prise de risque. On retrouve dans la grille de VBS, quelques extraits du DVD suscité notamment l’hallucinante expédition de l’un de leurs journalistes sur les traces du dernier dinosaure dans la jungle congolaise, qui finit en beuverie dans un village de pygmées. On s’envole pour le pays de la cocaïne, la Bolivie (les substances illicites étant avec le sexe et la violence les sujets fétiches du magazine), et on atterrit dans une cérémonie surréaliste au bord du lac Titicaca, où le président Evo Morales, débarqué en hélicoptère, remet des tracteurs rutilants gratuits à une foule bigarrée de Boliviens en délire. Les fondateurs de Vice, après avoir consacré un article à Acrassicauda, seul groupe de Heavy Metal irakien en 2003, décident d’aller tourner un sujet sur le groupe à Bagdad en 2006, la fleur au fusil, tout frémissants d’être dans l’un des endroits les plus dangereux du monde, et filmant leur épopée en six épisodes. Mais l’équipe ne néglige pas pour autant les Etats-Unis, avec des portraits haut en couleurs, dont celui d’Amy, ravissante blonde de Caroline du Nord, pianiste, chasseuse et championne de taxidermie, qui nous apprend à fourrer un renard. VBS « protège vos yeux du fléau aveuglant de la télévision », d’après leur slogan, en proposant une contre-programmation originale aux grilles sclérosées et édulcorées des grands networks américains, mix éclectique d’actualités nationales et internationales, de pop culture et de musique, avec pour directeur artistique le réalisateur-clippeur, Spike Jonze (Dans la peau de John Malkovich). Plongée dans la scène punck-rock dance-hall de Kingston, entretiens avec des stars de l’underground comme Genesis P. Orridge, Henry Rollins, séances de répétition avec des groupes comme The Rapture, Growing, saisis dans l’intimité de leur studio, zoom sur des skaters en vogue. On retrouve également une version filmée de leur rubrique phare consacrée à la mode urbaine, « Do and don’ts », qui saisissent des looks dans la rue pour soit les tourner en ridicule, stigmatisant les fautes de goût, ou les porter aux nues, dictant les nouvelles tendances...
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