jeudi 2 juillet 2009 18:48
Vidéo de Sarkozy : retour au poste
Joseph Tual, journaliste à France 3, est de nouveau convoqué par la police
par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos
tags : politique , journalisme , France Télévisions
Capture Rue 89
« J’irai à ta convoc. » Pour Joseph Tual, journaliste à France 3, l’affaire ne fait pas un pli. Celui à qui il doit d’être une nouvelle fois entendu par la police, celui qu’il tutoie parce qu’il l’a tutoyé en prems, c’est Nicolas Sarkozy, profession président de la République. Ce même Nicolas Sarkozy qu’on voyait tel qu’en lui-même, roublard et rodomont, sur une vidéo diffusée par Rue89 et enregistrée quelques minutes avant une interview donnée à France 3 le 30 juin 2008. Et c’est cette vidéo qui vaut à Joseph Tual d’être convoqué de nouveau ce matin à 10 heures à la Brigade de répression de la délinquance contre la personne. Pour l’occasion, Tual a rédigé une tribune, publiée par Rue89 et titrée donc « Nicolas, j’irai à ta convoc » : « Le mot d’ordre, écrit-il, est “vous êtes tous à ma botte, les têtes qui dépassent seront toutes coupées”, voilà le message de monsieur Sarkozy. » Cette fois, hormis ses collègues de France Télévisions en grève ce matin à l’appel de la CGT et du SNJ pour manifester leur solidarité, Tual sera seul. Le 1er avril dernier, la convocation visait une autre journaliste de France 3, ainsi que deux confrères de Rue89, Pierre Haski, directeur de la publication du site, et Augustin Scalbert, auteur de l’article, qui s’est procuré la vidéo. L’enquête policière fait suite à une plainte pour « vol, recel et contrefaçon » déposée en juillet 2008 par France 3. Lors de la première convocation, aux policiers qui leur demandaient la provenance de la vidéo, les quatre journalistes étaient restés muets : secret des sources. Des photos leur ont été montrées, issues des caméras de surveillance de France Télévisions. On y voit Augustin Scalbert et un homme que la maréchaussée identifie comme étant Joseph Tual. On y voit aussi Arlette Chabot, directrice de l’info de France 2, ou Hervé Brusini, rédacteur en chef du 20 heures de la Deux, mais c’est à Tual qu’on cherche des poux dans la tête et ce pour une vidéo anecdotique. La direction de France 3, elle, a fait fissa pour fournir à la police les vidéos censées montrer la bobine de Tual. Hier, aux syndicats, elle a redit qu’elle avait livré les enregistrements sur réquisition de la police. Et, malgré les demandes incessantes des syndicats, France 3 refuse toujours de retirer sa plainte. Mais cette histoire de vidéosurveillance ne passe pas. Et un élu du comité d’entreprise, Claude Gueneau, a déposé une plainte auprès de la Commission informatique et libertés (Cnil), laquelle s’est récemment rendue à France Télévisions pour zieuter les caméras dans les couloirs. Selon Claude Gueneau, il y a un problème : « En 1998, il y avait 68 caméras ; aujourd’hui il y a en 264, mais surtout lorsque nous en avons été informés en 2002, il n’était pas question de mettre des caméras dans la rédaction ni dans le couloir des locaux syndicaux. » Pour lui, France Télévisions attige aussi en gardant les bandes un mois avant de les détruire alors qu’il n’était question que d’une semaine. Le tout sans affichage alors que chacun doit être averti qu’un local est sous vidéosurveillance. En attendant les conclusions de la Cnil en septembre, Gueneau fulmine : « Au prétexte de protéger les biens et les personnes, à France Télévisions, la vidéosurveillance sert à poursuivre des journalistes. » Publié dans Libération du 2 juillet 2009
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