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jeudi 11 juin 2009 14:20

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Vidéo gammes

« Filmer la musique », entre rock et cinéma, s’installe jusqu’à dimanche dans trois lieux parisiens.

par Marie Lechner

tags : musique , festival

Cuir, cuir, cuir moustache ! - DR

Filmer la musique,jusqu’au 14 juin au Point éphémère (75010), au Centquatre (75019) et MK2 Quai de Seine (75019). Rens.  : www.filmerlamusique.com

« La musique est devenue de l’eau avec le mp3, on en consomme des litres et des litres par jour. Qu’est-ce que ça veut dire aujourd’hui de filmer la musique, à l’ère du flux  ? » interroge Thomas Cazals. Lui n’a rien filmé  : la Transmigration de Donovan Lynch, projeté en ouverture du festival Filmer la musique, raconte une histoire avec des images qui ne sont pas les siennes, un montage de séquences éclatées provenant exclusivement de YouTube  : films amateur, extraits de JT, conférences, témoignages de fans, images volées prises par téléphone portable.

Des points de vue fragmentés qui convergent, faisant apparaître du fond de la Toile, une étrange créature cybernétique, fusion entre la star baba Donovan et le cinéaste David Lynch. Sorte de polar halluciné, sur fond de méditation transcendantale, la Transmigration…, « fantasme d’œuvre collective, non commerciale, non achevée », symbolise la volonté du festival, voué aux images musicales, d’échapper au formatage du genre. « On fuit les documentaires, tous semblables quel que soit le style de musique  : alternance d’archives, courtes séquences musicales entrecoupées de longues interviews de gens qui se souviennent. On privilégie le moment où la musique se fait, les images cabossées, brutes, non conventionnelles, filmées à l’arrache, comme cette plongée d’Itah dans les lieux pirates de Paris, le Cleub, Cercle Pan  !, Le Vaisseau », explique Olivier Forest, du collectif Mu, initiateur de ce festival de cinéma rock.

Au menu du jour, une spéciale « Blousons noirs », organisée avec le label parisien Born Bad Records, avec une savoureuse plongée dans les archives de l’ORTF, qui pose un regard inquiet sur ces bandes de loulous à meules 50 cc. Difficile d’évoquer « les mauvais garçons » sans se pencher sur « l’archange du twist » Vince Taylor, ressuscité via une sélection de scopitones ayant transi Bowie (qui en a tiré Ziggy Stardust) ou Morrissey. Ces ancêtres du clip précèdent le documentaire de Jean Vautrin, le Chemin de la mauvaise route (1962), romance rock pleine de bleus sur fond de guerre d’Algérie, et les Cœurs verts, film rare d’Edouard Luntz, au MK2, plongée anthropologique dans le quotidien d’une bande de blousons noirs, fils de prolos et voyous désœuvrés errant dans les banlieues bétonnées de Nanterre. Sur la scène du Point éphémère, les Magnetix assureront la conclusion de la soirée, avec leur rock garage déflagrateur.

A compléter avec le portrait déjanté de Hasil Adkins (le 13 juin), inventeur du psychobilly, Elvis dans le corps de Sid Vicious avec un soupçon de Sinatra, carburant à la vodka et à la viande crue. Le tournage secoué a dû être suspendu un an, Adkins menaçant le réalisateur de mort.

Une troisième édition rock’n’roll donc, mais pas seulement, puisqu’on naviguera entre punk de l’Est et paillettes disco, Freestyle (excellent documentaire de Kevin Fitzgerald, ce soir à 20 heures, au creux du « cypher » où s’affrontent les rois de l’impro rap) et culture club, musique concrète (avec « Les grandes répétitions » au Centquatre) et dérive lo-fi dans l’Americana de Giant Sand. Parmi les perles, le documentaire d’Andrew Horn sur Klaus Nomi (le 14 juin). L’histoire de Nomi, météore venu d’une autre planète, lutin éthéré à la voix de fausset, héros mutant d’un space opera baroque emporté par ce qu’on appelait alors « le cancer gay », raconte en creux celle de New York, période new wave, bouillonnant de créativité. « En général, on évite les films avec des interviews assis, réalisés après la bataille, mais celui-ci raconte une belle histoire », écrivent les organisateurs.

Une belle histoire aussi, pourtant, que celle de Jean-Jacques Perrey. Le joueur d’ondioline à la carrière rocambolesque a popularisé la musique électronique. Son electro « kitsch et happy » inspira une génération de musiciens comme Air ou Chazam. Le documentaire qui lui est consacré (le 12 juin), le soporifique Prélude au sommeil, ne se hisse jamais au niveau de l’inventivité du fantasque personnage. Pour des propositions plus expérimentales, privilégier le Mirror Ball, où ces formes spontanées, entre art contemporain, musique et images, se déploient sur sept écrans, ou encore la Noise Box, petite salle consacrée aux films bruyants (notamment un film sur le Japonais infernal Keiji Haino), malheureusement diffusés au casque, quand on aimerait vibrer au contact des enceintes.


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