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mardi 16 mars 2010 19:11

  • télévision

« Videocracy » en pleine Silvio-réalité

par Isabelle Hanne

tags : documentaire , Canal+ , Italie

DR

Videocracy
un documentaire d’Erik Gandini
Canal +, ce soir 23 h 15.

Un jeu télévisé nocturne, dans les années 50, sur une des premières chaînes privées italiennes. En plateau, une jeune femme retire un à un ses vêtements à chaque bonne réponse de téléspectateurs, qui appellent en direct.

C’est la naissance de la velina, icône dénudée de la télévision de divertissement transalpine. Ce premier strip-tease cathodique, qui a passionné les Italiens il y a un demi-siècle, est présenté par le réalisateur de Videocracy, Erik Gandini, comme la pierre angulaire de la télévision de Silvio Berlusconi. Une véritable « révolution culturelle ».

Aujourd’hui, le Cavaliere est à la tête d’un immense empire médiatique. Et contrôle 90% de l’audiovisuel italien : il possède trois grandes chaînes privées et règne aussi sur la télé publique depuis qu’il est président du Conseil, le gouvernement ayant la charge d’en nommer les dirigeants. Les veline, elles, sont toujours là. Potiches pulpeuses des plateaux télé, interdites de parole, elles doivent danser le stacchetto en petite tenue. Une chorégraphie de trente secondes qui a pour seul but d’empêcher le téléspectateur de zapper… Ce qui n’a pas empêché l’une d’entre elles de devenir ministre de l’Egalité des chances du gouvernement Berlusconi. D’autres ont épousé de richissimes footballeurs. Du coup, tous les ans, des centaines d’Italiennes passent des auditions dans les centres commerciaux du pays pour devenir la prochaine velina.

Dans cette télévision qui surexpose les femmes en string et en même temps véhicule une image très traditionaliste de la famille se croisent de drôles de personnages. Erik Gandini, dans ce documentaire, parvient à incarner ce système médiatique dans de véritables symboles de l’ère Berlusconi. Il y a d’abord Ricky, un mécano de 26 ans qui vit toujours chez sa mère, et qui pense ne pouvoir exister qu’à travers la télé. Il se rêve en mélange de Jean-Claude Van Damme et de Ricky Martin - ça ne s’invente pas - et multiplie les auditions pour faire de la télé-réalité et trouver la gloire, la postérité et l’argent (« Ça, c’est le pouvoir de la télévision : on se souvient de toi après »). Comme beaucoup d’autres Italiens, Ricky croit dur en la maxime « je passe à la télé, donc je suis ». On rencontre ensuite Lele Mora, l’agent des starlettes de la télé le plus influent du pays, grand copain de Berlusconi et fan absolu de Mussolini - il a les hymnes du Duce dans son téléphone portable. Et Fabrizio Corona, chef d’une agence de paparazzi aux méthodes peu orthodoxes, qui s’enrichit sur le dos des célébrités du petit écran.

Film très personnel, incisif et cynique, provocateur mais pas caricatural, Videocracy est une satire sur le pouvoir de l’image en Italie. Mais le documentaire se veut aussi un portrait en creux du Cavaliere : pour le réalisateur, la télévision de Berlusconi est « le miroir de sa personnalité, de ses rêves, de ses visions », de son amour pour le luxe, pour les choses brillantes, éclatantes. Selon Gandini, la démocratie italienne est une vidéocratie : un pays où « télé et pouvoir sont indissociables ». Et dans un pays où pour 80% d’Italiens, la télé est la première source d’information, le président du Conseil a su faire du divertissement son outil d’accession au pouvoir.

Paru dans Libération du 16 mars 2010


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