samedi 22 décembre 2007 08:01
Vider la poubelle
par Pierre Marcelle
DR
Dans les mémoires considérables des modernes engins, que va-t-il se nicher de courriels en instance sur des voies de garage ? Trop de communication nuit à la communication ; en ce trafic intense et dévoreur de temps essentiel, mille mails s’accumulent, dont chacun relativise la pertinence du précédent, et, partant, l’urgence de son traitement. L’illusion d’un rangement incite à la procrastination. Si la visibilité de la pile physique du courrier papier accumulé en ses bannettes aléatoires (urgent, urgentissime, aurait dû être fait le mois dernier…) chatouille au moins une mauvaise conscience, rien de tel dans la boîte numérique, où le penser-classer est un leurre, et l’invisibilité, le lot commun des propos inutiles. Ces destins suspendus, comment s’en débarrasser ? Le grand ménage ponctuel constitue une solution de facilité convenue et admise, selon ce principe que si l’objet n’est pas traité instantanément, il ne le sera jamais. Mais on sait des radicaux de l’éradication si réactifs aux options « détruire l’historique » ou « effacer de la mémoire » que, de leurs propres envois, ils effacent la souvenance. Prenons B. Sans pourtant être pédophile, il est de ceux-là, dont, sur le Mac, le vidage de l’icône Poubelle est compulsif. Des duplications de ses instants de vie, il traque toute trace enfouie jusque dans les arcanes d’un disque dur qui « sécurise » ses documents. B. me fait ainsi songer à ce fameux judoka nippon qui, aux jours de compétition et pour se mettre en état de mourir sur le tatami, faisait dans sa chambre d’hôtel un ménage maniaque. Ces temps sont révolus. Mieux qu’un corps physique, les machines sont bourrées d’ADN enfoui. Pour ne pas y laisser un signe, il faudrait que B. n’eût pas de poubelle, et, partant, pas de machines. Ce qui ne se conçoit pas. (Retour des Moderneries le 12 janvier.)
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