jeudi 1er juillet 2010 08:59
Viens dans mon comique strip
New York, de notre correspondante Dans une ville où les billets de spectacle se vendent rarement moins de 100 dollars (81 euros), il est un genre qui fait fureur depuis une dizaine d’années : le «New Burlesque». Face à Broadway, devenu l’une des attractions touristiques les plus prisées de New York, ce burlesque nouvelle vague s’impose depuis la fin des années 90 comme une alternative plus abordable mais aussi plus authentique. Le courant artistique, qui se veut avant-gardiste, cultive paradoxalement les charmes «rétro» du burlesque - le grotesque en moins -, un humour paillard tirant à la satire sociale et un glamour provocateur. Autant dire un parfait exutoire en cette période de crise. Chacun y trouve son bonheur. La particularité du New Burlesque est la célébration du corps de la femme sous toutes ses formes : rond, gras, maigre, tatoué… Exit les canons de beauté vantés par les magazines de mode. Chaque semaine, les New-Yorkais ont le choix entre une demi-douzaine de shows, et les salles, de Manhattan à Brooklyn, ne désemplissent pas. Leur succès tient à une clique de danseuses toutes plus professionnelles les unes que les autres, la majorité d’entre elles sortant d’une école de danse classique, aux noms de scène les plus kitsch : Miss Cyclone, Melody Sweets ou Dirty Martini, mais aussi la star internationale Dita Von Teese (ex-épouse de Marilyn Manson). Leur dada : l’exhibitionnisme. Mais, de l’art du strip-tease, ces artistes aux tenues affriolantes retiennent davantage le mot «tease» (provoquer) que «strip» (se dévêtir). Plus sexy que sexuelles. Et, a contrario de toutes celles qui se dénudent moyennant salaire, les girls du New Burlesque le font par plaisir et dépensent bien plus en costumes et accessoires qu’elles ne gagnent en fin de soirée. Ce genre, qui s’inspire des cabarets parisiens des années 50 façon Folies Bergère, a vu le jour à Los Angeles en 1995, en partie grâce à Valentina Violet, de son vrai nom Michelle Carr. Fan de culture vintage et du courant des pin-up d’après-guerre, elle crée la troupe du Velvet Hammer et bouscule tous les codes de l’érotisme en ne recrutant que des femmes au profil hors «normes». L’objectif : divertir en parodiant jusqu’à la subversion les stéréotypes féminins de la société moderne. De la côte Ouest à Manhattan, le pas était vite franchi. En 1997 naît la première troupe «néo-burlesque» de New York, la Va Va Voom Room. Depuis, la ville a même son école du Burlesque. Les élèves y apprennent à séduire sans se dénuder. «Nul besoin de vous montrer nue, vous découvrirez comment séduire simplement en ôtant une boucle d’oreille», promet la directrice du programme, Jo Weldon, auteure du livre le Guide pratique du Burlesque.New York compte également deux festivals dédiés au genre : Burlesque à la plage, qui fait fureur chaque été à deux pas de la fête foraine de Coney Island, à Brooklyn, et le New York Burlesque Festival, organisé en septembre. Pour Jen Gapay, productrice du spectacle Showdown, ce courant est né en réaction et rébellion aux travaux de gentrification opérés par le maire républicain Rudolph Giuliani au milieu des années 90, particulièrement «en réaction à sa décision de fermer tous les sex-shops de Times Square» autour desquels vibrionnait en permanence une faune noctambule avide d’aventures. La ville compte aujourd’hui les spectacles néo-burlesques américains les plus populaires, même si le phénomène touche aussi Los Angeles et d’autres grandes villes américaines comme San Francisco et Las Vegas, où se tenait début juin le Burlesque Hall of Fame. La vague touche désormais l’Europe et notamment Paris, où divers collectifs œuvrent dans le même sens. On citera Juliette Dragon et son cabaret des filles de joie issues des ateliers d’effeuillage qu’elle anime depuis plusieurs années. Paru dans Libération du 30/06/2010
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