vendredi 10 avril 2009 09:50
Viol à l’étalage
Dans le jeu vidéo, comme dans toute forme d’art : jusqu’où, pourquoi et comment représenter une chose ?
par Olivier Séguret
tag : Moi jeux
RapeLay
L’une des questions les plus belles et complexes qui se posent au jeu vidéo est exactement la même que celle qui taraude, balise et définit toutes les formes d’art : celle de la représentation. Jusqu’où, pourquoi et comment représenter une chose ? Lorsqu’il s’agit de Pikachu ou de Rez, la question offre toute la matière intellectuelle nécessaire pour s’ébattre librement et sans conséquence : on teste et on évalue la qualité des représentations de Mario faites au fil des ans par ses créateurs ; on juge des évolutions de Zelda, on tente de produire des analyses critiques autour d’Ico. Si l’on élargit le cercle à GTA, Madworld ou même les Sims, les premières frontières morales font apparaître leurs reliefs. Ces jeux conduisent à soulever des questions d’ordre éthique, social et politique. Ces questions sont nécessaires et utiles : elles permettent par exemple d’informer les publics que GTA IV est un jeu violent mais ni sadique ni morbide, qui interroge au contraire la violence du monde avec une honnêteté unique, plus proche de Gray ou Cronenberg que de Duke Nukem. Plus que les représentations du crime, ce sont les représentations du sexe et du crime sexuel qui forment aujourd’hui le continent maudit du jeu vidéo. Il n’en est pas totalement exclu, mais le commerce du jeu porno a certainement bien plus à voir avec l’industrie du porno qu’avec celle du jeu. Il prospère tranquillement sur PC et Internet et représente un marché important au Japon (très populaire catégorie des jeux eroge), qui en a aussi développé l’usage sur mobile. Rien d’étonnant, donc, à ce que ce le dernier objet du scandale en la matière provienne de l’Archipel : RapeLay, un très peu tentant « simulateur de viol », ainsi qu’il se présente, qui suscite la polémique aux Etats-Unis où des sénateurs s’apprêtent à le « bannir ». Inutile puisqu’il n‘est pas en vente outre-Atlantique et ne le sera jamais. Et vain puisqu’il sera toujours accessible gratuitement, online et sous le manteau à n’importe quel couillon entêté autour du globe. Depuis au moins D.A.F de Sade et sa manie de représenter des scènes où l’on sodomise des canards tout en égorgeant des enfants (ou l’inverse ?), la question des limites de la représentation est posée à nos consciences naturellement trop faibles pour être infaillibles. Le jeu vidéo paye son tour de l’inévitable manège et on peut parier sans risque qu’il le paiera fréquemment à l’avenir. Le bon côté des choses est qu’on ne jettera pas le jeu vidéo à la Bastille. Le mauvais c’est qu‘il reste nous reste à tous du boulot pour remettre chaque chose à sa juste place.
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