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lundi 6 novembre 2006 17:59

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Violence en mode mineur

Alors que le débat sur les jeux vidéo en est réduit à un dialogue de sourds autour de faux problèmes, « Canis Canem Edit » et « Scarface » sortent ces jours-ci en magasins.

par Bruno Icher

tags : PS2 , xbox , buzz , violence

Canis Canem Edit - DR

Il fut un temps où la sortie de jeux comme Canis Canem Edit ou Scarface aurait provoqué en France un bon petit débat sur la violence dans les jeux vidéo. Comme toujours, l’association Familles de France serait montée au créneau, on aurait bien trouvé un député pour s’inquiéter de l’impact des jeux sur la montée de l’incivilité chez les jeunes et au moins une émission de télévision aurait diffusé un reportage alarmiste sur, par exemple, les dangers de la perte de réalité chez les joueurs compulsifs. Bien sûr, quelques spécialistes, sociologues ou psychanalystes, auraient tenté de répliquer aux attaques et, comme d’habitude, deux semaines plus tard, tout serait rentré dans l’ordre.

Tout cela est, manifestement, un temps révolu. Les deux jeux sont dans les rayons de tous les magasins, l’un et l’autre ayant fait leur moisson de notes attribuées par la presse spécialisée. Certes, Familles de France a bien essayé de créer son propre label pour dissuader les parents d’acheter des cochoncetés à leurs enfants, mais dans cette même démarche, l’association a reconnu quelques mérites au jeu vidéo en récompensant quelques titres convenables. Tout se perd, ma pauvre dame.

Ailleurs, le ton est monté nettement plus haut. Aux Etats-Unis, l’impayable avocat Jack Thompson, leader du lobby anti-jeux a fait un show si outrancier face au tribunal de Floride à qui il demandait l’interdiction totale du jeu qu’il a été menacé de radiation du barreau. En Australie, le titre a carrément été interdit. Au Royaume-Uni, la chaîne de boutiques DSG a refusé de mettre le titre en vente en dépit de son interdiction au moins de quinze ans. En France : calme plat, et il n’est pas certain qu’il faille se réjouir de cette atonie. La publication de ces deux titres est même l’occasion de mesurer, confusément, ce que le jeu vidéo a vraiment dans le ventre.

Si l’on se penche sur le cas Scarface, tout cela est assez désolant. Le choix de Vivendi d’adapter le film de de Palma n’est pas innoncent. Pacino dans son costard blanc, les yeux embrumés de rage et de coke, sont désormais de l’ordre de l’icône chez les jeunes générations. Rappeurs ou rebelles ont trouvé là un héros romanesque de première. Seulement, voila, le Scarface en jeu vidéo est bien loin de son modèle. D’abord, le scénario du jeu veut faire avaler que le bandit magnifique ait survécu au déluge de plomb qu’il reçoit dans le finale du film. Admettons. Ensuite, cette sévère expérience l’a dissuadé de consommer de la cocaïne, mais pas d’en vendre. Nous retrouvons donc notre erzatz de Pacino, fauché mais clean, à la reconquête d’un empire perdu, devant passer sur un monceau de cadavres pour tutoyer à nouveau les étoiles. En passant dans le monde du jeu, le héros n’a plus rien de l’insoumis libertaire et endosse le rôle d’un épicier de grosse envergure en quête de grosse galette. Passionnant.

Canis Canem Edit est un cas différent. Il utilise comme cadre un collège aux Etats-Unis, avec ce brin de perversité dont l’éditeur Take 2-Rockstar est coutumier. Un adolescent réfractaire à l’autorité, qui ressemble vaguement à Wayne Rooney, le teigneux avant-centre anglais, est casé par sa mère (volage) et son beau-père (beauf jusqu’à l’overdose) dans une pension qui va se charger de son éducation. Bullworth, c’est le nom de l’établissement, est un repaire de cancres et de profs sadiques où le héros devra se faire une place à coups de poing et de pactes passés avec les bandes rivales. On ne s’y ennuie pas une seconde mais on reste un poil sur sa faim. Car tout le monde sait que l’univers vaguement carcéral de l’école est fondateur : affrontements rugueux de personnalités en construction, premiers émois amoureux, premières révoltes, premières désillusions et rancunes. Or, Canis ne va pas au bout de son propos. Tout ou presque est traité sur un mode léger. Comme s’il s’agissait avant tout d’échapper aux foudres des associations de consommateurs.

Dans son réquisitoire contre le jeu, Jack Thompson a évoqué, avec son sens mélodramatique incomparable, les similitudes avec la tuerie de Columbine, en avril 1999. Il aurait pu citer, plus près de nous, l’atroce massacre d’enfants dans une école Amish de Pennsylvannie. Quelques jours après cette affaire, un psychologue américain tentait d’expliquer pourquoi ces meurtriers s’en prenaient, au plus profond de leur dépression, aux établissements scolaires. « Pour quelqu’un qui croit avoir un compte à régler avec la société, l’école est l’endroit idéal ».

Pas besoin d’être surdiplômé pour comprendre le processus. Bien sûr que le thème choisi par Take2 met mal à l’aise. Bien sûr qu’il pose des questions sur l’expérience initiatique, sur l’apprentissage de la violence, au moins sociale, sinon physique. Des romans, des documentaires, des films ont par dizaines, abordé ce thème. Pourquoi pas un jeu ? Avec une approche différente, peut-être plus sensible, plus troublante, plus intéressante encore.

Et donc, plus de trente ans après son avènement, voila où le débat sur les jeux vidéo en est réduit. Une sorte de dialogue de sourds autour de faux problèmes. D’un côté des éditeurs qui s’excusent d’être là et qui, avant même d’être attaqués, se défendent d’aborder réellement les sujets qui fâchent au prix d’une auto censure systématique. De l’autre, les défenseurs d’un puritanisme d’un autre âge qui continuent, envers et contre tout, à exclure l’industrie du jeu vidéo de la sphère culturelle. La question n’est plus, depuis longtemps, de savoir si le jeu rend violent ou pas. Elle revient désormais à se demander quand le jeu vidéo aura enfin quelque chose à dire.


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  • Violence en mode mineur

    6 février 2007 23:33, par Coin

    Il fut un temps, non négligeable surtout celui là, où les editeurs de jeux faisaient attention à ce qu’ils produisaient. La violence dans les jeux a toujours existé, de space invaders à commando en passant par des jeux comme dogs of war sur amiga, barbarian, etc, on ne va pas refaire ici l’historique des jeux video, le graphisme a évolué, les jeux se sont affinés, la société étant ce qu’elle est, elle a tendance à regarder dans les mirroirs videoludiques dans l’espoir d’appercevoir sa propre image, mais ne peut supporter l’eventualité que ce qu’elle observe alors n’est que le reflet de ce qu’elle est. Depuis que les jeux existent, sur ordis et sur consoles, nous avons trucidé des quintaux d’aliens, des brouettes d’humains, de monstres hybrides, etc etc . . . combien d’entre nous sont devenus des serials killers en puissance ?

    Quand je dis qu’il y a un temps où les studios faisaient (pas tous je vous l’accorde) attention à ce qu’ils produisaient, je fais avant tout référence à la qualité. Celle ci est souvent decevante (d’autant plus que sur certains jeux, les attentes sont grandes). Reservoir Dogs est raté, Scarface est encore plus moche qu’un mod pour Quake 3 (qu’on ne se trompe pas, Quake 3 est une reference pour moi, vu que j’y joue encore avec plaisir), Made Man fait penser à un freeware pas fini, j’en passe et des meilleurs. Autant que Famille De France ne leur fasse pas de pub, ils tomberont dans l’oubli bien assez vite. Je me rappelle le souk que la sortie du premier GTA avait engendrée, c’était enorme. Maintenant on s’habitue à tout.

    Ce qui dessert les jeux, ce n’est pas la violence qu’ils contiennent, on ne va pas revenir là dessus, mais plutôt cette desagreable impression d’être pris pour des vaches à lait, tout est tellement convenu et basique.

    Pour un Max Payne (le 1 et le 2 resteront quoiqu’il arrive des références du genre), combien de daubes ? Jeune, tu veux de la violence, achete mon jeu super cool avec des gens qui se tapent dessus, et des musiques top hip hop metal de la mort sa maman !

    La principale auto censure, dans un jeu, c’est d’abord sa qualité.

    Et vu ce qui sort depuis quelques temps, c’est pas fameux.

  • Violence en mode mineur

    26 novembre 2006 10:29, par 3r1c

    Un certain nombre d’erreurs dans votre article : Canis Canem Edit n’est pas interdit en Australie, mais simplement déconseillé au moins de 13 ans, ce qui est pour une fois moins sévère qu’en France (-16). Ensuite, je peux vous citer au moins un reportage caricatural sur ce jeu, diffusé dans le "Papillon" du dimanche midi sur Canal. Je n’ai vraiment pas l’impression que la télé va laisser les polémiques faciles sur le jeu vidéo s’échapper aussi facilement...

    Beaucoup de bonnes choses également dans vos lignes, notamment le passage sur Jack Thompson, à faire lire à certains en France qui érigent ce guignol en modèle de vertu. L’analyse est bonne également, mais passe par l’affirmation de principes de liberté de création bien malmenés en ce moment. Sinon, Scarface est globalement une daube ;)

    • Violence en mode mineur 30 novembre 2006 15:24, par Docteur Moreau

      ça me parait normal que la télévision tape sur les jeux vidéo.

      Personnellement, j’aimerais tellement ne plus payer la redevance : ma télé ne me sert qu’à regarder des DVD et jouer aux jeux vidéo. La télévision ça fait quelques temps que ça n’est plus divertissant ni intéressant.

    • Violence en mode mineur 11 janvier 2007 18:17, par littlekiss66
      Pour ma part je pense que ces jeux vidéos sont dangereux. En effet, combien d’adolescents, enfants et même adultes voyons nous ( excusez moi du terme) disjoncter à cause de jeux vidéos trop violents ? Cela devient une obssession et cela est très dangereux. j’ai 15 ans et pourtant je pense que j’ai raison merci d’afficher cela sur votre site pour que des jeunes comme moi me lisent et me comprennent. Merci. Pauline
      • Violence en mode mineur 16 mars 2007 12:42, par jiji
        tu a raison moi aussi je pense presque la meme chose mais je pense aussi que ce n’est pas la seule raison et les ados sont beaucoup trap "aveugli" par ces choses pour s’en rendre compte 13 ans
  • Violence en mode mineur

    21 novembre 2006 11:40, par Jean Réglisse
    Un jeu avec un propos, un sujet, voilà quelque chose de toujours nouveau. Les Sim(s, city, etc.) faisaient ça, mais le genre gagnerait à se développer et à devenir plus surprenant : se faire une place à l’école, c’est un problème concret, on peut imaginer aussi de bons jeux de simulation de bureau, de tribunaux... Après quarante ans de jeux vidéo, on pourrait espérer un peu plus de jeux qui portent un regard sur le monde.
  • Violence en mode mineur

    7 novembre 2006 09:00, par p
    Un jeu (Super Columbine Massacre RPG !) avait déjà été consacré en 2005 et avec beaucoup de polémique, à ce fait divers. Au-delà de l’aspect éthique, les discussions que pose l’existence d’un tel jeu (voir leurs forums) méritent qu’on s’y attarde. La grande différence est que ce jeu est gratuit et relève donc plus de l’étude sociale et de l’expérimentation que du produit ’culturel’. Je ne connaîs pas l’intérêt du jeu, mais le commentaire le plus intéressant est celui d’une des victimes rescapée du massacre et qui a testé le jeu. On se rend aussi compte que le jeu vidéo est désormais un vecteur de communication des idées au même titre que la télévision et les journaux.
  • Violence en mode mineur

    6 novembre 2006 21:11

    "La question n’est plus, depuis longtemps, de savoir si le jeu rend violent ou pas. Elle revient désormais à se demander quand le jeu vidéo aura enfin quelque chose à dire."

    Tout est là... et cela est valable pour beaucoup d’autres choses (médias confondus) à l’heure actuelle.


 

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