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samedi 20 décembre 2008 17:26

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Virtual Regatta, le jeu en ligne qui met les voiles

par Erwan Cario

tags : sports , jeux en ligne

108 000e, c’est pas gagné... - DR

Entendu dans un restaurant du 10e arrondissement, à Paris : « Sérieusement, il ne faut pas trop que je tarde, je dois m’occuper de mon bateau ». Silence interloqué à la table. « Vous ne vous rendez pas compte, mais je fais le Vendée Globe, quand même ! » Le jeune homme, qui n’est pas vraiment du genre à porter le ciré jaune, fait partie des 250 000 joueurs de Virtual Regatta version Vendée Globe, un jeu en ligne qui permet de se mesurer aux autres participants (et aux vrais marins) en manœuvrant un bateau virtuel sur son écran. A Libération, on compte tout de même une dizaine de participants. Et certains gardent toute la journée le jeu ouvert sur un écran pour pouvoir faire en temps réel les ajustements nécessaires.

L’interface est très sobre. On commence par choisir le nom de son bateau, et ses couleurs. Et c’est tout. Un clic plus tard, on se retrouve projeté au cœur de la course (environ en milieu de classement). Restent à choisir le type de voile et la direction à prendre en fonction de la direction du vent. Mais pas besoin de trop s’y connaître, le jeu indique très clairement la vitesse obtenue (en kilomètres ou en miles par heure) avec les paramètres choisis. Après quelques essais, on trouve bien vite la combinaison idéale. Dernier détail à régler : inscrire le nom du bateau des amis engagés dans la course pour se mesurer à eux. Cette simplicité, c’est la raison du succès pour Philippe Guigné, ancien « voileux » (il a participé au Tour de France à la voile) et directeur de Many Players, le studio responsable de Virtual Regatta. « La force de notre jeu, explique-t-il, c’est qu’il est conçu pour être accessible à tous, et pas seulement aux gens qui jouent aux jeux vidéo. Il n’y a aucune barrière, ni technologique, vu que ça fonctionne sur à peu près tous les ordinateurs, ni de difficulté, ni même de langage, parce qu’on a essayé de ne pas trop utiliser le jargon marin, ce qui aurait fait fuir les gens qui n’ont jamais mis le pied sur un bateau. »

Virtual Regatta n’est pas une création spécifique au Vendée Globe. En ce moment, on peut même y jouer pour participer à l’autre grande course, le Volvo Ocean Race. La première apparition du jeu date de la Route du Rhum 2006, où il avait réuni un peu plus de 50 000 joueurs. En 2008, il a été adapté pour la Transat AG2R et la Solitaire du Figaro. « Avec le Vendée Globe, continue Philippe Guigné, on se doutait que ça allait faire un carton. Mais franchement, pas à ce point-là ! Encore aujourd’hui, on a 5000 nouveaux inscrits par jour. Je crois qu’on est arrivé à un stade où c’est devenu un “buzz” et tout le monde a commencé à en parler. »

A la deuxième place de cette gigantesque armada virtuelle, on trouve David Lancry, ingénieur en bâtiment freelance et ancien régatier. Lorsqu’on l’appelle, on tombe un peu au mauvais moment : « J’avais enfin réussi à me mettre à bosser, et là, c’est un peu foutu ! » Oups, désolé. « J’ai un mal fou à me mettre au boulot, en ce moment, c’est dingue, rigole-t-il. Bon, en fait, je n’arrive pas à décrocher, c’est tout. Et je suis un peu sur les nerfs, je crois que j’y pense un peu trop. » Il a commencé a joué à Virtual Regatta lors de la transat AG2R, puis remis ça pour la Solitaire du Figaro. « A l’époque, je considérais que je jouais dans une classe à part : celle des gens qui ont un boulot et une famille. Du coup, je n’ai jamais été dans les premiers, mais j’y passais quand même du temps. » Quelques semaines avant le départ du Vendée Globe, il a pris sa décision : « Je savais qu’il ne fallait pas que je m’inscrive, que j’allais y passer ma vie. Et puis bon, mon frère s’y est mis, alors bon... ».

Il commence plutôt tranquillement, sans objectif précis. Et puis voilà, début décembre, un peu avant le passage de la première bouée : « J’ai trouvé une ouverture. J’ai pris plein sud, c’était le bon choix et je me suis retrouvé premier. C’était dingue ! C’était comme si j’avais gagné trois fois le Vendée Globe ! Et puis, là, je me suis pris un gros coup de stress : j’avais quand même 200 000 gars derrière moi. » Depuis, c’est devenu une véritable obsession. Un réglage toutes les trois heures, et surtout énormément de réflexions sur la stratégie, d’observations de ses concurrents directs, et de discussions avec les autres participants. « Je dois y passer 12 heures par jour, c’est une vraie drogue », se désole-t-il presque.

David Lancry en deuxième position - DR

Au bout de la course, il y a pour le vainqueur un prix de 10 000 euros. Mais ce n’est pas vraiment la principale motivation pour Lancry : « Je fais ça pour la compétition, essayer d’être meilleur que les autres. Et c’est loin d’être évident. Même aujourd’hui, je pense que mes chances de gagner sont assez infimes. Même si c’est quand même devenu clairement mon objectif. » Et tant qu’on y est, un petit conseil pour un débutant aux environs de la 108 000e place ? « Il n’y a pas de miracle, il faut être tout le temps présent. Il faut aussi réviser ses maths et la trigonométrie, s’intéresser à la météo, et tout régler au pixel près. » Ah oui quand même...

Aujourd’hui, Philippe Guigné a la satisfaction du prosélyte : « Je suis sûr que parmi les joueurs, beaucoup ne connaissaient pas du tout la voile avant de s’y mettre. Certains, parmi eux, finiront bien par monter sur un vrai bateau. Avec le jeu, on passe de simple spectateur à acteur. A la fin de l’événement, 300 000 personnes pourront dire : “J’ai fait le Vendée Globe”. » Et ceux qui le font vraiment, le Vendée Globe, ils en pense quoi ? Roland Jourdain sur Veolia a son avis sur la question : « Je reçois des tas de messages de la part de joueurs, c’est assez incroyable, le nombre de gens sur ce truc. Ce qui serait vraiment sympa, ce serait de pouvoir téléporter les gens sur le bateau pour 24 heures. On pourrait créer des forfaits. Juste pour qu’ils voient ce que ça fait vraiment. »


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