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lundi 22 février 2010 09:57

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Vive le vent, vive le vent, vive le Vancouver

par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos

tags : sports , France Télévisions

Des humoristes de l’équipe JO de France Télévisions. Photo France 2

« Je pleure devant les JO de Vancouver. Je pleure devant les cocardiers commentaires… » Ah mais si vous n’aimez ni Véronique Sanson ni les Jeux olympiques, on ne va plus être amis, les amis. Tels que vous nous lisez, là, on est à fond dans les JO. Tout schuss, dirait-on au service des sports de France Télévisions où l’on aime le jeu de mots. Balancera-t-on le nom de celui qui signa le calamiteux « On espère que le temps ne sera pas ici comme souvent couvert » ? Souvent. Couvert. Vancouver. Ah-ah-ah. Et encore ne seraient-ils que balourds et cocardiers, les commentateurs de France Télévisions… Mais en plus, ils sont bavards, bavards, bavards. Résultat : en une semaine à peine des JO et alors que nous souhaitions écrire un article sur les règles apparemment subtiles (du moins, Nelson n’y a rien pipé) du short-track, nous pourrions dresser un glossaire du commentaire. Alors voilà.

Antifrançais (neige). Soudain, un sportif français tombe. Incroyable. Ce surfeur faisait pourtant partie de « nos grandes chances de médailles ». Quelque KGB, MI-6 ou CIA aurait-il farté nos skis à la glu ? Plus sournois encore, révèle un consultant : « C’est la neige. » Voilà qu’une snowboardeuse subit le même funeste sort : « C’est toujours pareil avec cette neige qui chablate. » Parce que la neige, à Vancouver, elle n’est pas comme chez nous. Elle est venue par camion. Elle est iodée. Elle est mouillée, même. Selon nos informations, le cabinet d’Eric Besson travaille actuellement à une loi d’expulsion massive de la neige.

Chimène (yeux de). Nelson, forcément Nelson qui mériterait son Petit Monfort illustré recueillant ses expressions les plus fameuses. Ainsi, « le réalisateur a les yeux de Chimène pour Ohno » pour dire : ça va putain, t’as abusé à filmer ce bouffon de ricain. Mais ça, c’est pas très Nelson. Car Nelson est stylé. Du même champion de short-track, Apolo de son petit nom, Nelson déclame, tandis qu’il glisse vers la victoire : « Ohno ! La fusée Apolo ! L’homme au bouc ! Le d’Artagnan de Seattle ! »

Direct (priorité au). A France Télévisions, « direct » est un synonyme de « français ». Peu importe la compétition - généralement le Super G ou une broutille de ce style -, on la coupe pour donner la « priorité au direct » afin de voir l’athlète français manger la poudreuse dans une discipline centrale, genre snowboard ski électro-artistique à bosses (voir aussi « Houwaouaiskshhouwextra-or-di-nai-reu »).

Haute (mettre la barre très). Amis de la grammaire, de la barre qu’on met « très haute » et du « tout ça est à prendre entre parenthèses », vous êtes chez vous à Vancouver. Au pays du « finish pas très bien fini », rien ne fait peur. Ni les vannes : « La température monte ici » ou « L’ambiance de feu », de bon goût pour des sports de glace. Ni le bon sens : « Une qualification restée dans les mémoires dans les chaumières, du moins dans celles qui s’intéressent au short-track » (merci Nelson). Ni, bien sûr, la bonne vieille connerie qui tache signée Philippe Candeloro. Contemplant le couple de patineurs noirs Vanessa James et Yannick Bonheur, le consultant y est allé de son triple lutz analytique : « On les voit bien sur la glace, c’est p’têt parce qu’ils sont d’une couleur différente que la nôtre, Nelson […]. Sur la glace, ils ressortent bien. »

HOUWAOUAISKSHHOUWextra-or-di-nai-reu. On aura reconnu le cri du Patrick Montel alors qu’un athlète français remporte une médaille : « Houwaouaiskshhouwextra-or-di-nai-reu. » Peu importe le métal de la médaille car le Français est, c’est bien connu, le meilleur. Ainsi, couverte de bronze en biathlon, Marie Dorin est en réalité « la championne du monde du cœur ». Ainsi Tony Ramoin n’est-il pas, contrairement aux apparences, arrivé troisième car sa « médaille de bronze sonne comme une médaille d’or dans nos têtes ». Et puis la France a le pouvoir d’agir sur les éléments. Une trouée dans le ciel de neige ? « On a la petite éclaircie avec la Française, c’est de bon augure. » De fait, hop, une médaille d’argent. Une victoire saluée au plus haut : « Grand ciel bleu sur Cypress Mountain, c’est vraiment le cas de le dire. »

Imprononçable (Coréen au nom). Las, le ciel de Vancouver n’est pas toujours bleu. La faute à ces saletés d’étrangers qui nous volent nos médailles, telle cette skieuse d’outre-Hexagone : « En étant sur le podium, elle prend forcément la place d’une Française. » Et ces étrangers, Nelson Monfort les connaît bien. Il y a donc ce « Coréen au nom imprononçable » mais aussi « ce diable de Japonais », « un Australien tombé dans l’anonymat teinté d’un petit peu d’alcoolisme », « l’escadron de Coréennes et autres Nippones » et « la courte sur pattes Coréenne ». Les Hongrois et les Néerlandais, Nelson, il connaît pas. Les premiers sont des « magyars » et les seconds des « bataves », pardon, des « batchâââves ».

Ohohoooh (pour la victoire). Francis Lalanne ? Patrick Fiori ? nous interrogeons-nous alors que nous écorche les oreilles le somptueux générique des JO Ohohoooh pour la victoire. Mais non bande de caribous ahuris : Roch Voisine, voyons. Vancouver, Roch Voisine, eh ouais, ça mouline sévère sur le service public. Sitôt une médaille d’or française, zou, la régie balance le « Ohohoooh pour la victoire ». Et, au bout de deux (à l’heure où nous imprimons car on n’est jamais à l’abri d’une victoire en snowboard ski électro-artistique à bosses), c’est déjà trop.

Silence (un peu de). Et s’il n’y avait plus de commentaires, plus cette logorrhée de Bar des sports qui masque tout ? Il suffit de se rendre sur Eurovisionsports.tv où sont diffusées les images qui servent aux télés du monde, celles-là même que France Télévisions recouvre de ses nationaux Monfort et Montel. Regarder du ski, ou plutôt l’entendre enfin. Le bruit des planches qui tapent sur la neige, raclent la glace, le silence pendant les sauts, écouter la solitude du skieur en haut de la piste, les échos lointains de la voix du speaker, la foule étouffée, comme cotonneuse, le vent.

Paru dans Libération du 20 février 2010


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