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mardi 4 décembre 2007 11:39

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Vivendi se voit en roi des manettes

La firme française s’unit à l’éditeur américain de jeux vidéo Activision. Un mariage qui devrait assurer de solides profits aux actionnaires.

par Bruno Icher

tag : économie

World of Warcraft et Guitar Hero 3 - DR

A l’été 2002, alors que Jean-Marie Messier était déjà parti repriser ses chaussettes, son successeur à la tête de Vivendi, Jean-René Fourtou, était sommé par les actionnaires de faire rentrer de l’argent frais en vendant des actifs du groupe. Comme souvent dans ce genre de cas, les Anglo-Saxons ont la bonne formule. Ils parlent de « fire sales », autrement dit vendre vite quand il y a le feu dans la maison. A cette même époque, le Wall Street Journal, peu connu pour le caractère fantaisiste de ses informations, affirmait que Vivendi cherchait, mais en vain, un acheteur pour sa branche jeux vidéo en dépit des succès de son studio Blizzard. Les temps changent.

Cinq ans plus tard, le même Vivendi annonce qu’il devient l’un des acteurs majeurs de l’industrie du divertissement grâce à son rapprochement avec l’éditeur américain Activision, afin de créer Activision Blizzard, nom de baptême de la nouvelle entité dont Vivendi sera l’actionnaire majoritaire. Et pour ceux qui douteraient de la nature de ce rapprochement, Vivendi dissipe les doutes dès les premières phrases de son communiqué, évoquant la société de jeux vidéo « la plus profitable du monde », tandis que Jean-Bernard Lévy, l’actuel président du directoire de Vivendi, en remet une couche  : « En rapprochant les activités de Vivendi Games et celles d’Activision, nous créons un leader mondial dans un secteur en très forte expansion. […] Nous sommes confiants que cette opération va créer de la valeur pour les actionnaires d’Activision Blizzard et de Vivendi. » De fait, ce rapprochement laisse augurer de solides profits. Il suffit pour s’en convaincre, de jeter un coup d’œil à la corbeille de mariage.

L’américain Activision apporte quelques francs succès dans le domaine des jeux de console. Notamment sa série de simulations de skate-board personnifiée par l’ancien champion de la spécialité Tony Hawk  ; de même pour la saga guerrière à succès Call of Duty qui, au moins une fois par an, plonge les joueurs au cœur d’épisodes fameux de la Seconde Guerre mondiale ou d’autres conflits  ; idem pour sa série Spider-Man qui a su s’affranchir des succès cinématographiques du héros Marvel. Sans oublier le carton mondial de cette année, Guitar Hero, simulation musicale qui propose au joueur une sorte de karaoké instrumental, avec fausse guitare et gros catalogue de standards du rock.

Vivendi, de son côté, possède la référence du jeu en ligne avec les as du studio américain de Blizzard. Ce sont eux qui ont créé World of Warcraft, l’univers persistant écrasant la concurrence. Pour l’instant, nul n’a su égaler l’excellence de cet univers fantastique médiéval bourré de monstres, de chevaliers, de sorciers ou de créatures magiques disséminés dans une immensité de paysages somptueux qui ont attirés 9,3 millions d’abonnés. Accessoirement, ce même Blizzard est également abonné aux jeux PC à succès, comme entre autres Diablo ou Starcraft.

Cette association d’un des ténors des jeux de console, d’un des gros calibres du jeu PC doublé du maître intouchable du jeu en ligne a effectivement quelque chose de vertigineux. Dans la foulée de l’annonce du rapprochement, plusieurs annonces ont eu lieu informant les fans que les projets de Call of Duty V, Guitar Hero IV étaient en chantier de même qu’un James Bond, de jeux des studios DreamWorks, de nouveaux titres Marvel sans oublier un jeu de course développé par le studio Bizarre, récente acquisition d’Activision, et une des références de ce genre avec son Project Gotham Racing. Et, bien entendu, un nouveau Tony Hawk pour la route.

Cette affaire illustre en tout cas la tendance lourde de cette industrie à se regrouper en une poignée de groupes puissants. Activision Blizzard paraît, d’emblée, bien armé pour affronter les Electronic Arts, leader mondial avec ses hits de simulations sportives et les Sims, ou Ubisoft, éditeur français dont la cote monte depuis quelques années grâce aux succès de Splinter Cell, les Lapins crétins, King Kong ou encore Prince of Persia. A ce propos, les deux éditeurs, dont les relations sont un peu tendues depuis qu’Electronic Arts s’est invité dans le conseil d’administration d’Ubisoft à hauteur de 20 % en 2005, n’ont pas souhaité commenter ce rapprochement.

Pour l’instant, il serait un peu hâtif de considérer Vivendi comme le nouveau roi de l’industrie du jeu vidéo. Depuis son acquisition de Blizzard, Vivendi a observé une politique de partenaire sage, laissant le studio prendre les décisions stratégiques de son développement. Pourquoi, en effet, risquer de perturber la poule aux œufs d’or. Il n’y a aucune raison pour qu’il n’en fasse pas de même avec Activision qui a largement fait les preuves de son aptitude à gérer sa croissance. Et puis, Vivendi l’a dit lui-même, ce rapprochement est avant tout une bonne nouvelle pour ses actionnaires.


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